Le dernier budget a visiblement fait pousser des ailes à tous ceux qui s’étaient effacés et et qui ont essayé de se faire oublier depuis les dernières élections générales. C’était une posture qu’imposait leur bilan d’une décennie aux affaires, marquée par des travers patents et une corruption érigée en système de gouvernement. Ils sont désormais pratiquement tous sortis du bois pour se présenter en nouveaux vierges politiques.
S’ils osent, un brin indécents, se présenter en nouveau sauveurs, c’est que le gouvernement, qui a bénéficié d’un plébiscite exceptionnel, leur a donné de bonnes raisons de croire qu’un retour est possible et que la politique à Maurice ne se résume finalement qu’à un recyclage de vieilles pièces rejetées et de casseroles trouées.
Ça s’agite dans tous les sens. Le MSM qui n’emprunte que les seuls chemins des tribunaux, de la Financial Crimes Commission (FCC) ou des Casernes Centrales depuis sa dernière humiliante débâcle électorale, organise son tout premier rassemblement à Flacq mercredi prochain 29 juillet.
Le timing de cette sortie n’est pas étonnant. Présents à la mobilisation syndicale du 11 juillet, les dirigeants du MSM ont dû jauger de l’impopularité des mesures gouvernementales et ne pas vouloir être en reste. Laisser le champ libre aux autres formations qui ont commencé à prendre les devants depuis le dernier budget et le départ de son numéro deux et de deux autres membres de la majorité serait, dans la conjoncture, tomber vraiment dans les oubliettes.
Le Sun Trust met le paquet non seulement dans cette circonscription de l’Est comme si on était à la veille d’une échéance électorale, mais aussi à travers toute l’île pour tenter de faire une démonstration de force et signer son grand retour sur la scène publique. Et comme le MSM a, malgré ses déboires politico-judiciaires et les valises saisies, des moyens considérables, il espère réunir une bonne foule.
Comme le débat sur le budget sera relancé à la faveur des deux textes volumineux circulés tard dans la soirée de vendredi et qui seront présentés la veille, le 28 juillet, par le Premier ministre et ministre des Finances, on peut parier que c’est le thème de la pension qui sera au cœur de la mobilisation orange. C’est un outil électoraliste qu’il utilise et dont il abuse d’ailleurs depuis 2014, et ce n’est pas aujourd’hui qu’il s’en privera.
Le MSM et ses dirigeants – que Navin Ramgoolam dit ne « pa pran kont », sauf lorsqu’il s’agit de rappeler, souvent avec raison, à quel point ce parti a abusé de ses pouvoirs et a vampirisé la quasi-totalité des institutions – ont, cette semaine encore, été convoqués devant soit la police, soit la FCC.
Après les interpellations de Kareena Neisius, Rajiv Servansingh, Renganaden Padayachy et Soodesh Callychurn, l’année dernière, c’était au tour de Pravind Jugnauth, Maneesh Gobin et Alan Ganoo – l’invité vedette qui a complètement plombé le rassemblement de Roshi Bhadain à La Louise, dimanche dernier – d’avoir été priés de se présenter devant la commission pour répondre des conditions dans lesquelles le Mercantile Merchant Group avait obtenu le contrat pétrolier, alors même qu’il ne figurait pas parmi les soumissionnaires initiaux et que l’offre qu’il proposait n’était, en plus, pas celle qui était la moins chère.
De son côté, l’ancien ministre Deepak Balgobin était aux Casernes Centrales pour être interrogé sur les conditions dans lesquelles l’ancien gouvernement avait fait l’acquisition d’équipements de surveillance et d’écoute extrêmement coûteux et dont les enregistrements connus comme les Moustass Leaks ont été révélés au grand public à la veille des élections. Ils ont, d’ailleurs, provoqué des dégâts politiques et sociologiques considérables.
Le MSM voit une étrange coïncidence entre l’organisation de son meeting et ces convocations en séries. Il s’insurge même contre ce qu’il considère comme des « fuites » médiatiques visant à nuire à son « image ». Mais cela n’est pas étonnant venant d’un parti qui a toujours su entretenir l’opacité sur à peu près tout et qui n’a jamais pratiqué la moindre vertu élémentaire de la transparence.
Et pour avoir usé des mêmes méthodes et avoir affiné l’art du « planting », le parti de Pravind Jugnauth doit certainement savoir de quoi il parle. Sont-ils soumis à un traitement avec leur « own medecine » ? Peut-être. Mais ce qui se passe nous rappelle que certains partis traditionnels de gouvernement au long cours fonctionnent à peu près de la même manière, succombent aux mêmes tentations, et finissent toujours par tous pourrir pareillement.
Avant le rassemblement MSM, le gouvernement veut, ce mardi, faire passer en quatrième vitesse ses deux textes volumineux que sont Le Finance Bill et le Economic and Financial Measures (Miscellaneous Provisions) Bill, deux chefs-d’œuvre de fourre-tout qui sont de vraies mesures budgétaires, dont certaines sont tout à fait inédites qui n’étaient pas dans le budget, mais aussi toute une foule de détails qui n’ont rien d’économiques, de financiers ou de monétaires.
Passer en force des textes de cette nature n’est pas très démocratique. Ce n’est pas la faute aux parlementaires si le gouvernement a mis plus d’un mois à peaufiner ses mesures controversées. S’il a attendu plusieurs semaines pour travailler sa copie, il peut, dans un esprit de fair-play et d’ouverture, accorder une semaine supplémentaire aux élus, aux syndicats, aux ONG et à la société civile pour étudier les textes, les critiquer si nécessaire, et formuler des propositions d’amendement.
On pense là à ce qu’Arvin Boolell décrivait avec justesse comme la dictature du nombre que pratiquait le gouvernement MSM. La rupture et ne serait-ce qu’un petit désir de changement devraient s’accommoder de pratiques plus équitables vis-à-vis des groupes représentés à l’Assemblée Nationale.
Les textes seront votés, c’est sûr, mais qu’est-ce que cela coûte que d’écouter les arguments bien pesés et valables de l’opposition ou des backbenchers, y compris ceux de la majorité ? Il n’est jamais trop tard pour prendre la voie de l’ouverture et de la raison.
Josie Lebrasse
