Quel vendredi fut ce dernier jour de juillet 2026. Il annonçait un vote à l’issue prévisible sur des mesures controversées du budget, il s’est conclu sur un non particulièrement sonore et significatif de Sydney Pierre, membre du parti majoritaire du gouvernement, le PTr, suivi de sa révocation comme Junior Minister au Tourisme, sur l’interpellation de l’époux de son ancienne collègue Véronique Leu-Govind pour trafic de drogue et sur une curieuse absence, celle du whip de l’opposition Adrien Duval, au moment crucial du décompte des voix.
Ce qui devait être un grand débat sur un des dossiers les plus brûlants de l’actualité est vite devenu un moment de gêne sur les bancs du gouvernement. Il y a, d’abord, eu le choix des intervenants choisis méticuleusement pour tenter de limiter les dégâts, trois membres du PTr, le Premier ministre lui-même, puis l’inénarrable Dhaneshwar Damry et l’inévitable Shakeel Mohamed – qui devrait, à sa retraite politique, opérer une reconversion dans le Stand Up ou au sein des Komiko, vu son penchant pour le théâtre et ses imitations approximatives censées amuser la galerie –, trois du MMM, Reza Uteem, Aadil Ameer Meea et Jyoti Jeetun, et le ministre concerné au premier chef par la pension, Ashok Subron, qui a sorti son refrain de prédilection : il devait quitter le gouvernement si…
Et c’est le résumé des débats par le PM et ministre des Finances qui aura, sans doute, le plus déçu par sa briéveté, ses répétitions et l’absence totale de nouveaux arguments susceptibles de convaincre ceux qui doutent. Le débat fut ce qu’il fut, mais c’est le vote qui devait être le point focal de l’exercice, syndicats et oppositions ayant appelé leurs représentants à l’Assemblée Nationale à rejeter une réforme appliquée de manière brutale.
Ils sont 55 membres de la majorité à avoir dit oui aux textes. Tous les MMM, sans exception, qui démontrent qu’ils ont gardé le nom du parti sans ce qui va avec et qu’ils se délectent de toutes les couleurs qui leur sont servies. Ils sont, d’ailleurs, très patients. Ils attendent toujours avec une bougie rouge le nomination de Veda Baloomoody à un poste de ministre et de Tony Apollon à la place de Joanna Bérenger.
Ils sont probablement très satisfaits des récentes nominations, comme celles de l’ancien policier qui officiait comme chauffeur du PM, à la tête de la VIPSU avec un salaire de Rs 143,000 par mois ; de Naimduth Bissessur, le beau-frère de Dhrien Dabee sur le conseil d’administration de la Competition Commission, et ils ont oublié tout ce que ce grand Gorah Alladee, ancien assistant receveur des douanes, avait dénoncé, et d’un nouveau tandem de choc au Mahatma Gandhi Institute (MGI), Harry Boolauck, un proche d’Arvin Babajee à la présidence, et Pradeep Peetumber comme directeur.
Pour ceux qui souffriraient d’amnésie, Pradeep Peetumber est ce Chairman à temps partiel de la Central Water Authority (CWA) qui a dû démissionner de son poste à la suite des révélations sur la location à Rs 29,775 par jour d’Une BMX6 pour les besoins du monsieur ! Le MMM doit probablement aussi se réjouir de l’arrivée de Raja Ramdaursingh à la direction de l’Economic Development Board (EDB) avec un salaire mensuel approchant le million de roupies.
Il n’y a pas que le MMM. Il y a aussi la « shouting brigade » du PTr, les Farhad Aumeer, Anabelle Savabady et Eshan Juman qui, malgré leurs sorties publiques tonitruantes, avaient persuadé quelques naïfs qu’ils étaient capables de « walk the talk ». En tout cas, ce n’est pas ici qu’on est dupe de leurs motivations réelles, de leur sens de l’opportunisme et du choix calculé de leurs cibles. Non, un seul de leurs collègues, Sydney Pierre, a été cohérent avec lui-même et avec ses convictions.
Il avait fait parler son cœur lors des débats sur le budget et, tout Junior Minister qu’il était, il avait exprimé le fond de sa pensée et, vendredi soir, il a été jusqu’au bout de sa logique et a voté contre les textes proposés, tout en sachant ce qui l’attendait au tournant. Ce professionnel n’a pas besoin d’un poste de Junior alors qu’il peut demain être le Senior dans n’importe quelle structure hôtelière et touristique.
Que dire des absences, pour certaines voulues et organisées ? La plus remarquée fut, sans nul doute, celle du whip de l’opposition, Adrien Duval qui, après avoir constaté que cela devenait problématique, a tardivement invoqué des « raisons personnelles ». Or, le travail d’un whip est précisément de veiller à ce que l’ensemble des troupes soit présent et surtout lorsqu’il y a un vote à prendre.
Raisons personnelles, avance Adrien Duval ? Peut-être celles qui l’ont poussé à ce célèbre accident routier qui l’ont fait atterrir au poste de Speaker du MSM. Il y a un poste de ministre et deux de Junior Ministers à pourvoir, et avec une Speaker qui effectue des walk-outs lorsque le tension augmente dans l’hémicycle, allez savoir s’il ne va pas nous resservir le même plat indigeste que celui qu’il servit à la veille des élections de 2024 !
Quant à Kushal Lobine, rien de bien surprenant lorsqu’on connaît son itinéraire. Il n’était certainement pas aux côtés de l’époux de sa collègue de parti, Véronique Leu-Govind, interpellé ce même vendredi pour trafic de drogue et dans une quelconque station de police. Lui aussi avait des « raisons personnelles » pour ne pas s’être montré à la séance tant attendue du vote des textes sur le budget. Peut-être planchait-il sur la défense de Mamy. Mais comme c’est commode et lâche, surtout, de ne voter ni oui ni non et de venir ensuite dire qu’on aurait voté non. Maintenant que le oui l’a emporté, que va-t-il faire ? Gageons que la réponse est rien, sauf quelques habituels coups de gueule radiophoniques !
Quel symbolisme que la séquence des événements de ce vendredi soir. Révocation ici, trafic de drogue, là-bas. Véronique Leu-Govind est définitivement mal entourée. Après son frère Benjamin Leu qui a purgé une peine de prison à La Réunion pour trafic de drogue, ça commence à faire un peu beaucoup. Elle aurait dû se mettre en retrait, à défaut de démissionner ou d’être révoquée. Mais à chacun son sens de l’honneur, des principes et de la rectitude !
Faits et effets — Quel vendredi !
EN CONTINU ↻


