Fenêtres — L’impunité des violenteurs 

Ce mercredi 15 juillet 2026, à Rennes en France, une jeune femme de 29 ans a été retrouvée nue et les poings ligotés au pied de l’immeuble où elle vivait, après avoir été précipitée du troisième étage par son compagnon.

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Consciente au moment de l’arrivée des secours, elle a été transportée au CHU de Rennes. Elle a déclaré avoir été séquestrée puis jetée dans le vide par son compagnon, présent sur les lieux au moment de l’intervention. L’homme a été arrêté et le parquet de Rennes a confirmé l’ouverture d’une enquête pour tentative de féminicide.

Une femme nue. Ligotée. Jetée du troisième étage par l’homme qui partageait sa vie.

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Quelques lignes dans quelques journaux.

Avant qu’on passe à autre chose…

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La veille, le 14 juillet 2026, on a appris que le président américain Donald Trump a été contraint de verser 5,6 millions de dollars à l’autrice E. Jean Carroll après qu’un jury l’a reconnu responsable au civil de l’avoir agressée sexuellement puis diffamée.

Dans cette affaire, l’ancienne journaliste et chroniqueuse E. Jean Carroll accusait le président américain de l’avoir agressée dans une cabine d’essayage d’un grand magasin new-yorkais en 1996, alors qu’elle était âgée de 52 ans. Lorsque ces allégations avaient été rendues publiques dans un livre publié en 2019, Donald Trump avait traité son accusatrice de « tarée » ayant monté une « affaire bidon ».

Cela n’a pas empêché la cour, en mai 2023, de le déclarer coupable et de le condamner au versement de 5,6 millions de dollars à E. Jean Carroll. Condamnation que Donald Trump a contestée. Fin juin 2026 toutefois, la Cour suprême américaine a rendu ce jugement définitif en signifiant qu’elle renonçait à examiner le recours déposé par Donald Trump. En conséquence, un juge fédéral avait ordonné début juillet 2026 le versement de cette somme, qu’il a donc été contraint d’effectuer il y a quelques jours.

Dans une autre procédure pour diffamation à New York, Donald Trump a été condamné en septembre 2025 à verser la somme astronomique de 83,3 millions dollars à la journaliste. Cette condamnation a été confirmée en appel, mais son exécution reste suspendue dans l’attente de la décision de la Cour suprême sur une éventuelle saisine.

Un président des États-Unis. Condamné pour agression sexuelle dans une cabine d’essayage. Et qui continue de régner non seulement sur son pays, mais aussi d’imposer ses décisions catastrophiques au reste du monde.

Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez ces hommes ? Ces hommes qui agressent chaque jour un peu plus les femmes.

Un peu partout à travers le monde, les cas rapportés d’abus et de violences contre les femmes sont en hausse constante. De même que les féminicides. Qui ne sont rapportés que lorsqu’il est trop tard.

À Maurice, il convient de saluer l’adoption, au cours de la semaine écoulée, de la Domestic Abuse Act. Cette nouvelle loi est importante pour plusieurs raisons. D’une part parce qu’elle introduit dans notre système le terme féminicide. Désormais, le fait de tuer des femmes parce qu’elles sont des femmes sera un délit à part entière, et ne pourra plus être noyé dans le décompte des autres meurtres et assassinats.

Cette loi est aussi importante au niveau des changements qu’elle apporte concernant le maintien des femmes sous leur toit en cas d’abus. Jusqu’ici, si une femme menacée par son conjoint demandait et obtenait un Interim Protection Order (IPO), elle était dans la majorité des cas contrainte de quitter le domicile familial pour se réfugier dans un centre d’hébergement, ou aller chez des personnes (famille ou amis) prêtes à l’accueillir. La double peine, avec tous les bouleversements que cela implique pour cette femme et pour ses enfants, si elle en a. Et avec les difficultés culturelles que l’on connaît, dans ce pays où, jusqu’aujourd’hui, retourner vivre chez ses parents quand on est mariée est considéré comme une honte.

Ils sont hélas trop nombreux les cas où des femmes violentées ont été sommées par leurs propres parents de retourner sous le toit conjugal afin d’échapper au redouté ki dimounn pou dir ?, ce qui les a parfois condamnées à une fin tragique, à la mort sous les coups du conjoint. Cette nouvelle loi apporte un élément majeur avec l’introduction de l’exclusion order, en vertu duquel c’est désormais l’agresseur, et non plus la victime, qui peut être exclu du foyer. Ce, pour une durée maximale de douze mois, renouvelable une fois.

La Domestic Abuse Act remplace par ailleurs l’utilisation de l’apprehension of danger pour accorder ou non un Interim Protection Order. Il revenait donc au magistrat de déterminer si la victime avait des raisons objectives de craindre pour sa sécurité, voire sa vie. Le problème, c’est qu’en l’absence de traces physiques à produire concrètement en Cour, cette disposition ne laissait pas assez de place à la prise en considération de choses relevant moins du danger immédiat, mais étant quand même menaçantes, comme les violences psychologiques ou économiques. L’apprehension of danger est donc remplacée désormais par le principe de best interest, qui couvre un champ plus large et ne s’arrête pas uniquement à la probabilité de voir un danger direct se concrétiser.

Certain-es soulignent également que la nouvelle loi ouvre également la protection aux couples du même sexe/genre, ce qui implique une reconnaissance officielle de leur existence et de leurs droits.

Tout cela est extrêmement positif. Mais il reste trois points.

Le premier réside dans la nécessité et l’urgence de la formation à donner à tous les personnels, policiers et judiciaires, qui seront chargés de mettre la Domestic Abuse Act en application, et à son financement.

Le deuxième point réside, de façon tout aussi cruciale, dans le nécessaire changement des attitudes et des mentalités.

Il faut souhaiter que la nouvelle loi ne permettra plus à des officiers de police de refuser de prendre les dépositions de femmes venues rapporter des violences domestiques, sous prétexte que « abe arive sa dan enn menaz, ou pa pou fer pou misie gagn problem al dan prizon lakoz enn ti kout bate ». Mais rien ne dit que la loi suffira à faire changer les familles et l’entourage où l’on considère que, comme une tare congénitale et inévitable, le sort des femmes « qui se respectent » se résume aux trois S. Pas Sea, Sex and Sun. Mais Subir, Supporter, se Sacrifier.

Il y aura, c’est certain, tout un dispositif de conscientisation à mettre en place au niveau national. Y compris au niveau scolaire. Pour apprendre à nos enfants, dès le plus jeune âge, que non, abuser une fille/femme n’est pas un droit, amour, mariage ou pas.

Le chantier est énorme. Car à travers le monde, malgré la prise de conscience et le renforcement légal en cours, les violences faites aux femmes sont en hausse constante. Et de nombreux pays s’inquiètent de la montée d’un masculinisme qui semble se muscler et se radicaliser à mesure que les droits des femmes enfin s’étendent comme droits humains fondamentaux.

Et nous en sommes encore trop souvent réduits à punir une fois que le mal est fait. Sans arriver à se donner les connaissances et les moyens qui pourraient permettre d’empêcher, à la base, que le mal soit considéré et ultimement perpétré.

Il y aura beaucoup à faire dans un monde où un homme condamné pour agression sexuelle sur une femme peut continuer, sans l’ombre d’une vague, à occuper le poste de président d’une des plus grandes puissances mondiales, là où cette même condamnation lui aurait interdit d’exercer diverses autres professions comme celle d’enseignant, d’infirmier, d’avocat ou d’agent de contrôle, entre autres. Normal ?

SHENAZ PATEL

 

Sortie de texte 

Cette semaine, en France, une jeune femme nue, ligotée, a été poussée du 3e étage par son compagnon. À Maurice, nous avons vu l’adoption de la Domestic Abuse Act, nouvelle loi importante face à la montée chez nous aussi des violences perpétrées contre les femmes. Mais le chantier demeure immense face à des mentalités qui considèrent que le sort des femmes « qui se respectent » se résume aux trois S. Pas Sea, Sex and Sun. Mais Subir, Supporter, se Sacrifier. Et l’on mesure toutes les batailles qu’il reste à mener quand on apprend, la même semaine, qu’un homme officiellement condamné à payer $5,6 millions pour agression sexuelle sur une femme continue, sans le moindre empêchement, à exercer comme président des États-Unis… 

 

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