Flic en délire ?

J’écrivais dimanche dernier que l’époque des Flics en Délire était révolue. Je me trompais, comme la multiplication des déclarations et affidavits du Commissaire de police l’ont démontré. On avait compris que M. Dip était loin d’être un fan de Bruneau Laurette, mais on ne savait pas que sa détestation du nouvel adhérent de One Mauritius pouvait atteindre de telles proportions. Déjà, le fait que ses officiers se soient systématiquement opposés à la libération sous caution de l’activiste mauricien avait suscité des interrogations. D’autant plus que l’enquête, qui devait établir sa culpabilité, ne progressait pas et que les « preuves » censées l’accabler étaient sérieusement remises en cause. Ce qui ressortait de tout ça, c’était la colère de policiers furieux d’être accusés de collusion – pour rester poli – avec des trafiquants semblant bénéficier de sérieuses protections occultes. Des policiers qui, comme dans certaines séries télé, n’hésitent pas à interpréter les règlements pour tenter de coincer des prévenus. Surtout si ces prévenus se permettent de les dénoncer publiquement. Et puis, a été prononcé le jugement disant qu’on ne pouvait garder quelqu’un en prison sous une accusation provisoire pendant des semaines et des mois et acceptant – à des conditions jamais vues – la libération de Bruneau Laurette. Que le DPP ne contesta pas.
Le CP manifesta sa colère par une déclaration suivie d’un communiqué attaquant la magistrate et le DPP. Sans doute encouragé par l’attitude du PM, qui avait entonné et répété son couplet sur les institutions du pays noyautées par la mafia, sans donner aucun nom, le CP se lâcha. Mercredi, il jura un affidavit pour demander à la Cour suprême l’autorisation de remettre en question le jugement et le fait que le DPP ne l’ait pas contesté. Le lendemain, il jura un deuxième affidavit, allant plus loin dans sa « démarche », puisqu’il demandait cette fois à la Cour suprême de casser le jugement ordonnant la libération conditionnelle de Bruneau Laurette. Le tout accompagné, sur certains réseaux sociaux – ceux dont la police de M. Dip n’arrive jamais à identifier les responsables, d’une campagne nauséabonde et communale contre le DPP. Une campagne qui rappelle étrangement les techniques utilisées pour le clip Viré mam. Sachant qu’il est impossible que le CP ait publié son communiqué et juré ses affidavits sans obtenir l’autorisation – pour ne pas dire la bénédiction – du PMO, les milieux informés commencent à se demander si le spectacle auquel nous assistons découle d’un coup de sang du CP révolté qu’on ait libéré sous caution un suspect, ou d’une stratégie pour faire le bureau du DPP rejoindre les rangs des autres institutions dont les responsables prennent leurs instructions de la kwizinn ? Cela fait un bon bout de temps que l’indépendance du bureau du DPP et ses décisions de poursuivre des dossiers dont on souhaitait qu’il les classe sans suite, énerve l’Hôtel du gouvernement. Des tentatives ont été faites pour essayer de museler cette institution, d’en faire un autre bulldog sans dents. Sans un sursaut démocratique de Xavier-Luc Duval, c’aurait été chose faite aujourd’hui.
Les sorties du PM sur la mafia qui a noyauté les institutions, le « evil precedent » du CP, accompagné de ses affidavits, autorisent à se demander si, dans tout cela, le jugement de la magistrate libérant Bruneau Laurette n’est pas l’arbre qui cache la forêt ? Le véritable objectif de la manœuvre en cours serait de décrédibiliser le DPP, au point de lui faire perdre ce qu’il a de plus précieux, en ces temps où les responsables des institutions se battent avec la MBC pour caresser dans le sens du poil le gouvernement : sa réputation d’indépendance. Effectivement, si le DPP n’inspire plus respect et confiance, nombre de grand coquins, de petites copines et autres bénéficiaires des largesses du pouvoir pourraient vaquer tranquillement à leurs… occupations. De quoi satisfaire le PM qui n’aura plus à pointer son radar sur les mafiosi qui ont, selon lui, noyauté les institutions. Et le CP dans tout ça, me demanderez- vous ? Si l’on parvient à décrédibiliser le DPP, on pourrait contester quelques unes de ses récentes décisions. Comme, par exemple, celle de remettre en question la grâce présidentielle du rejeton Dip. Auquel cas le CP ne serait pas le flic en délire que l’on croit.

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