— J’ai essayé de t’appeler plusieurs fois, mais tu n’as pas répondu. Tu es mari occupée, on dirait.
— Ayo, je vois des éclairs depuis ce matin, je te dis. Ca même je n’ai pas pu prendre ton call.
— Qu’est-ce qui se passe comme ça ?
— C’est la petite qui s’est blessée avant-hier. J’ai dû l’amener voir le docteur deux fois le même jour, je te dis.
— Ne me dis pas! Comment elle a pu se faire mal ?
— La bonne a oublié de fermer la porte de derrière. Elle est sortie dehors…
— …Quoi? Mais qu’est-ce que c’est que cette bonne-là, toi!
— Tu sais, elle était occupée dans la maison. Elle faisait à manger, je crois.
— C’est pas une raison pour laisser seule un bébé , tout de même.
— Tu sais le bébé, comme elle a une occasion de sortir dehors…
— Comme ça elle est gaillarde ? Je croyais qu’elle venait juste de commencer à marcher.
— Commencer à marcher… ? Mais de qui tu es en train de parler comme ça ?
— Mais de ta dernière, ta petite fille, toi!
— Mais non. Moi je suis en train de te parler de la dernière petite chienne qu’on a eue.
— Ah bon ! Mais tu m’as parlé de la petite, alors j’ai pensé…
— C’est comme ça qu’on appelle la petite chienne à la maison : la petite. Elle est une cocacité, je te dis, mais comme elle a une occasion, elle se sauve.
— Où elle va comme ça?
— Elle va jouer avec les chiens des voisins, qui sont plus grands qu’elle. C’est comme ça même qu’elle a été blessée.
— Elle a été bien blessée même ?
— Assez toi. Elle marchait à peine et en zig zag. Elle, qui ne reste pas en place, a dormi dans son panier toute la journée avant-hier et elle a à peine mangé. C’est pourquoi je l’ai emmenée voir son docteur.
— Son docteur! Parce que ta petite chienne, elle a son docteur?
— Mais qu’est-ce que tu crois? Elle a son véto qui s’occupe d’elle depuis qu’on l’a eue. Il la suit, l’a stérilisée, veille son poids, fait ses vaccins et lui donne ses vitamines, tout ça.
— Tu veux dire que ta petite chienne est suivie par un véto, comme un enfant est suivi par un pédiatre.
— Exactement. Tu sais aujourd’hui, on ne s’occupe pas des chiens comme on le faisait avant.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Maintenant, il y a des vétos qui consultent et font des opérations dans des cliniques bien équipées. C’est là que j’ai emmené la petite consulter son véto.
— Et la petite, elle aime aller voir le docteur, son docteur?
— Pas du tout, toi, elle est pareille comme un enfant. Il faut la forcer à entrer dans la voiture, puis à sortir pour entrer dans la consultation. A la maison, elle fait son grand mari ; dans le cabinet du véto, elle est comme un capon qui se cache sous la chaise.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— A la maison, comme quelqu’un ou un chien passe devant la porte, elle jappe comme un berger allemand ; à la consultation, elle tremble comme une feuille, je te dis.
— Elle n’aime pas son véto, alors ?
— Elle comme mon bonhomme quand il doit aller voir son dentiste. Ils sont pareils, je te dis : ils aboient quand ils sont chez eux, mais ramassent leur queue quand ils sont dehors, surtout dans un cabinet médical!
— Mais pourquoi tu dis que tu as emmené la petite chienne deux fois chez son docteur ?
— La première fois, on lui a fait une piqure et donné un calmant. Mais figure toi que dès quelle a été bien, elle a essayé d’aller dehors en passant par les fils de la clôture et s’est bien griffée. C’est pour ça que je suis retournée voir le véto. J’avais peur qu’avec le fil barbelé, elle ait attrapé le tétanos.
— Et qu’est-ce que le véto a fait pour la deuxième consultation ?
— Il l’a auscultée, pansée, donné un anti douleur et lui a fait un autre vaccin.
— Mais on dirait que ça prend du temps pour avoir un chien chez soi, aujourd’hui.
— Oui, si tu le fais comme il le faut. Tu te rappelles : avant, on attachait un chien avec une corde dans un coin et on lui donnait à manger tous les restants. C’est fini tout ça. Maintenant, on cuit leur manger équilibré avec de la viande, du foie, des légumes, du riz et, surtout, pas de poissons avec piquants ou des os de poulet. Si tu n’as pas le temps de cuire, tu peux leur donner des pâtés en boîtes ou des croquettes, que tu peux trouver dans tous les supermarchés.
— Une nourriture équilibrée, un véto, des vaccins, des médicaments! Je suppose que ta petite doit aussi avoir ses produits de beauté…?
— Elle a des produits pour son bain, pour garder son poil brillant, pour ses dents et, bien sûr, pour éviter les puces et autres bêtes.
— Mais dis-moi un coup, avec tout ça, ta petite chienne doit te côuter aussi cher à élever qu’un enfant!
— Ecoute, quand on aime, on ne compte pas. Et puis, il vaut mieux avoir affaire à des chiens qu’à des gens, toi. Eux ne te trahissent pas, sont sincères et fidèles. C’est pas comme ta famille ou tes amis. C’est pour ça qu’on appelle le chien le meilleur ami de l’homme.
— Ecoute, qu’est-ce que je peux te dire…
— …ayo, excuse-moi, toi, je dois couper. J’entends la petite qui jappe dehors. J’espère qu’elle ne s’est pas, encore une fois, coincée dans les fils métalliques!