Maurice ressemble de plus en plus à une série mafieuse qui n’aurait rien à envier aux meilleures productions des sites de téléchargement. Ce qui se dit en cour dans le cadre de l’enquête judiciaire sur la mort de Soopramanien Kistnen aurait de quoi alimenter les scénarios les plus tarabiscotés de Netflix. Sans compter les révélations de certains témoins et d’hommes de loi et les «inside informations» qui commencent à fuser. Au fil des épisodes, on a ainsi appris qu’un agent très proche d’un ministre avait été retrouvé à demi-calciné dans un champ de cannes. La police aurait conclu à un suicide avant que les examens indiquent que le défunt avait avalé des somnifères et reçu un coup à la tête. Si l’on se fie au constat policier, le mort aurait avalé des somnifères, s’est donné un coup à la tête, avant de mettre le feu à ses vêtements! Puisque Maurice est désormais équipée de caméras dans le cadre du projet Safe City, on se disait qu’il allait être facile de suivre les mouvements du défunt jusqu’à ce qu’il se retrouve dans le champ de cannes fatal. A la surprise générale, le policier représentant la Safe City Control Room a déclaré qu’il n’avait pu retracer les images du défunt que jusqu’à un certain point, plus précisément jusqu’à La Louise. Après, il n’y a plus d’images. Pourquoi il n’y a plus d’images après La Louise, ont demandé les avocats? Le policier a répondu qu’il ne savait pas et qu’il fallait poser la question à Mauritius Telecom. Cette compagnie a répondu à la question par un communiqué pour dire qu’elle n’héberge aucune vidéo en provenance de Safe City et que ces données sont gérées par le ministère de la Technologie.

Coup de théâtre : le défunt retrouvé dans le champ de cannes était un proche d’un ministre qui avait menacé de dénoncer ce dernier dans une série d’affaires pas très claires de contrats traficotés et sous traités. De quel ministre est-il question? De celui qui a la responsabilité de gérer les images des cameras de Safe City. Et comment est-on au courant des menaces de dénonciations du défunt ? Parce qu’il avait confié ses problèmes à un entrepreneur qui n’est autre que le frère du ministre. Deux frères qui ne se parlent pas depuis longtemps et qui n’hésitent pas à se dénoncer mutuellement. C’est ce frère qui a rapporté les déclarations du défunt à la police. Et là, nouveau coup de théâtre. Le frère du ministre a dit en cour qu’il avait raconté tout ce qui lui avait confié le défunt à un policier. Détail surprenant : bien que la déposition ait duré plus de deux heures, le policier n’avait pas jugé bon de l’enregistrer et aurait dit au frère du ministre qu’il allait le rappeler, ce qu’il n’a jamais fait. Ce policier aurait même conseillé au frère de ne pas parler de sa conversation à qui que ce soit. A tout cela, il faut ajouter le fait que le ministre en question a déclaré que son Constituency Clerk était l’épouse du défunt. Cette dernière jure qu’elle n’a jamais obtenu une roupie du salaire du poste qu’elle était supposée occuper et dont les salaires doivent tourner autour de Rs 15 000 par mois. Avec tous ces éléments — et d’autres qui s’y ajoutent au fur et à mesure —, le ministre en question devrait être convoqué en cour pour répondre à des questions dans le cadre de l’enquête judiciaire. Est-ce que cela impliquerait que, pour suivre la règle édictée par le Premier ministre selon laquelle quand un membre du gouvernement est concerné par une enquête, celui-ci doit démissionner?

Pas du tout, puisque le Premier ministre a retrouvé l’envie de jouer à l’inspecteur de police. En 2015, avec deux autres ministres, Roshi Badhain et Ravi Yerigadoo, il avait «convoqué» deux étrangers responsables du Duty Free Shop de l’aéroport pour les «cuisiner», comme l’aurait fait une escouade de la police. L’affaire avait valu aux trois ministres avocats le surnom d’Inspecteurs gadgets. En fin de semaine, le Premier ministre a fait une déclaration qui donne l’impression qu’il a recommencé à jouer à l’Inspecteur gadget. Jeudi dernier, lors d’une fête, il a déclaré qu’il est clair que le ministre est «victime d’une cabale» et qu’il le soutenait. Comment est-il arrivé à la conclusion de l’innocence de son ministre dans une affaire actuellement en cour? Parce que le Premier ministre a mené personnellement une enquête parallèle à celle menée par la cour!

Avec tous ces éléments, et si l’on ajoute quelque part la réplique culte: «Kot mo finn foté?», ne croyez-vous pas que Netflix, Salto ou Amazon ont de quoi tourner la série télévisée de l’année?