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L’amendement

Il faut le redire : depuis quelques semaines, le nombre de cas de Covid 19 est en nette augmentation. Depuis la semaine dernière, un variant, que l’on pense être plus résistant à la vaccination et possiblement plus rapide et plus contaminant, a fait son apparition en Afrique du Sud, poussant Maurice à fermer ses frontières avec ce pays. Depuis mercredi, la France a placé Maurice sur la liste rouge écarlate des pays où il demande à ses ressortissants de ne pas s’y rendre. D’autres pays ont suivi l’exemple, ce qui affecte profondément le secteur touristique, qui commençait à peine à remonter la pente de vingt mois d’inactivité. Comme l’avait déclaré Cassam Uteem, Maurice est en état d’urgence sanitaire et doit trouver d’urgence les solutions pour faire face à cette situation catastrophique. Savez-vous quelle a été, pendant cette semaine, la priorité des priorités du gouvernement MSM-ML-Transfuges ? Les amendements à l’IBA Act ! Oui, pendant que le nombre de contaminations augmente, que les frontières se ferment et que les vols, qui devaient remplir nos hôtels, sont annulés ou reportés, la priorité du gouvernement a été de faire voter les amendements pour durcir la loi sur les radios privées. Une loi qui, à peine votée, a été signée par le président de la République encore en convalescence du Covid, pour laquelle il a été soigné dans une clinique privée, pas un hôpital du service public ! Ce gouvernement et ce président de la République ont été plus pressés de faire voter et de publier l’amendement à l’IBA Act que de faire promulguer et appliquer le Children’s Bill pourtant voté… il y a plus d’une année ! La priorité de ce gouvernement n’est pas de faire appliquer et respecter les droits des enfants mauriciens, mais de pousser les auditeurs des radios privées à autocensurer leurs propos critiques sur le gouvernement et son action. Passons, charitablement, sur la performance du représentant du gouvernement, lors d’un débat radiophonique sur l’amendement, au cours duquel il a montré jusqu’où peuvent aller les nominés politiques pour défendre ceux qui les ont nommés !
Pendant que le pays s’interrogeait sur la politique sanitaire du gouvernement pour faire face au virus et à ses variants, le Premier ministre a utilisé le temps du Parlement pour essayer de démontrer la mauvaise foi de l’opposition sur l’amendement à l’IBA Act et tenter de justifier l’urgence qu’il lui accorde. Pour ce faire, il a déterré des déclarations, des conversations et même une ébauche d’un projet de loi datant… de vingt ans ! À chaque fois que l’opposition conteste un projet de loi, Pravind Jugnauth et son gouvernement lui reprochent ce qu’il a fait ou mal fait quand il était au pouvoir dans les années 2000. Ce recours systématique aux décisions prises — ou non — par ses adversaires dans un passé révolu cache l’incapacité du gouvernement du jour à justifier la pertinence de ses actions. À peine le projet de loi voté et signé, le gouvernement a tenté de donner une démonstration de la manière dont il allait s’occuper de ceux qui, en dehors du Parlement, avaient osé manifester, pacifiquement, contre l’amendement. Comme d’habitude, on a eu droit à un énième numéro de flics en délire avançant d’un pas avant de reculer de plusieurs. Pour faire suite aux rumeurs selon lesquelles la police allait — pour obéir aux instructions reçues d’en haut — arrêter tous les manifestants, certains d’entre eux se sont rendus aux Casernes centrales. Ils ont été entendus puis relâchés et il leur a été demandé de revenir le lendemain pour une inculpation. Quand leurs avocats ont demandé si leurs clients avaient été inculpés ou arrêtés, et sous quel chef, la police a été incapable de donner une réponse. Pour venir dire après qu’ils n’ont été ni interpellés ni arrêtés. Et c’est le Premier ministre, responsable de la police, qui ose parler de « mauvais cinéma » !
Ce Premier ministre susceptible ne supporte pas la contradiction, la remise en question ou le débat d’idées. Il n’aime que la reconnaissance de son génie que lui chantent à longueur de journée — ou de séances parlementaires — ses ministres et parlementaires lisant — souvent très mal — les discours truffés de compliments. Des discours rédigés par ses conseillers encore plus lyriques que les journalistes spécialistes du léchage de bottes à la MBC et sur certaines antennes. En sus des compliments, Pravind Jugnauth privilégie l’affrontement permanent avec ses adversaires pour maintenir une atmosphère de tension politique permanente dans le pays. C’est la seule manière de ne pas rendre des comptes et faire oublier les faux pas et mauvaises décisions de son gouvernement pour gérer la pandémie… et le pays ! C’est pour détourner l’attention sur cette mauvaise gestion que Pravind Jugnauth a essayé de focaliser l’attention sur l’amendement à l’IBA Act. Ses conseillers es “stratégies” devraient lui rappeler la chose suivante : si les Mauriciens ont pu survivre à la loi d’urgence, à la censure de la presse et à la mainmise du gouvernement sur la MBC, ils sauront trouver le moyen de continuer à s’exprimer sur la manière dont ce gouvernement gère le pays. Comme ils l’ont toujours fait. Ils ne se laisseront pas museler par l’amendement à l’IBA Act.

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