Le Carnet de Camille — Des étoiles plein les yeux

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Nous avons été nombreux à suivre les événements liés à la visite du pape à Paris, à Lourdes et à Metz.

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Croyants ou pas, catholiques ou pas, nous avons été témoins de la joie qui défilait, de la ferveur qui gagnait les cœurs et de la surprise de plusieurs journalistes, sur les plateaux pendant les directs, ébahis par tant de bonheur et par l’ambiance qui se dégageait partout. Un baume au cœur pour tous. 

J’ai survolé quelques-uns des discours que le pape a prononcés et en ai extrait l’essence ; celle-là même qui ferait du bien à tout pays.

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Et si nous commencions par l’humain ?

En écoutant les différentes prises de parole du pape en France, une question n’a cessé de me poursuivre : qu’est-ce qui fait notre humanité ?

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À l’heure où l’intelligence artificielle s’invite dans nos vies, où les machines apprennent, calculent, prédisent, écrivent et peuvent même penser à notre place, la question n’est plus seulement de savoir jusqu’où la technologie peut aller. Elle est de savoir où nous voulons aller, nous, les humains.

Nous le savons, l’évolution est nécessaire. Nous savons aussi que le progrès n’est jamais neutre.

Au fil des siècles, le développement technologique a considérablement amélioré nos conditions de vie. Mais certaines avancées ont aussi révélé la face ambiguë d’outils capables de faire le bien comme le mal, selon l’usage que nous en faisons.

Au milieu de ce « paradis de machines » qui envahit et conditionne trop vite notre quotidien, il devient urgent de retrouver ce qui ne peut être programmé : la dignité inhérente à toute personne.

Le pape nous rappelle une réalité désarmante de simplicité : « La personne humaine est un être conçu et né ». Il ajoute : « Être humain, c’est d’abord être un enfant ». « Aucun d’entre nous n’a choisi de l’être. Aucun d’entre nous n’a décidé de qui, quand, ni où naître ». « Notre humanité est un don et une épreuve, une promesse et une responsabilité ».

Notre humanité est donc un don. Mais aussi une responsabilité. Ne l’oublions pas !

De plus, nous ne sommes pas seulement ce que nous produisons et ne valons pas davantage parce que nous sommes plus efficaces, plus intelligents, plus rentables ou plus performants. Et pourtant, combien de personnes sont encore regardées à travers ce seul prisme ? N’est-ce pas vers cela même que tend la société ? Combien de personnes simples, malades, pauvres ou fragiles sont rejetées parce qu’elles ne « produisent » plus ou pas assez ? 

Pensons à Marie-Garance, cette jeune fille polyhandicapée, et aux témoignages suivant sa bénédiction par le pape sur l’avenue des Champs-Élysées. Face à une vie fragile, dépendante, vulnérable, que sommes-nous capables de voir encore : une personne ou seulement une souffrance à faire disparaître ?

Ce sont précisément les plus vulnérables qui subissent les conséquences les plus graves lorsque leur humanité est oubliée, mise de côté ou exploitée.

Une science sans éthique peut perdre son sens. Une technologie sans conscience peut devenir un outil d’asservissement. Une société qui perfectionne ses machines et promeut le pouvoir tout en laissant s’abîmer la fraternité risque de gagner en puissance ce qu’elle perd en humanité. Et le pape nous a rappelé avec force une éclatante évidence : ce qui est légal n’est pas nécessairement moral.

Léon XIV parle avec raison de conversion du cœur. Tellement nécessaire par les temps qui courent. Avant de chercher à transformer le monde, acceptons de nous laisser transformer nous-mêmes. Car la corruption de la loi et de la conscience commence par la corruption du cœur.

Le respect de la vie, de la dignité et des droits de chaque personne ne peut pas être seulement une affaire de textes ou d’institutions. Il commence en chacun de nous. Dans notre manière de regarder l’autre et de traiter celui qui ne nous sert à rien. Dans notre capacité à nous arrêter devant celui qui souffre et notre choix de ne pas détourner les yeux.

Le progrès commence là où l’intelligence retrouve le cœur.

Il serait facile de nous décourager à cause des incohérences de notre monde, des violences qui se multiplient, des inégalités qui persistent, des pauvretés, des abus… Nous oublions parfois jusqu’au goût de la cordialité, de la fraternité et de la simple qualité de la vie en société.

Léon nous invite à un autre regard : ne pas nous laisser décourager par les erreurs ni même les chutes qui jalonnent l’histoire des peuples. Il nous invite aussi à avoir le courage de reconnaître nos fautes, dans l’amour de la Vérité, et la détermination de panser les blessures.

Nous avons parfois une étrange manière de vouloir changer le monde : nous dénonçons volontiers ce qui ne va pas chez les autres, tout en oubliant de regarder ce qui, en nous, demande à être transformé.

Reconnaître nos fautes. Pas juste celles des peuples et des gouvernements. Mais les nôtres aussi. Voilà peut-être le commencement d’une véritable conversion. C’est justement dans notre propre faiblesse que nous pouvons retrouver le chemin de la fraternité.

Lorsque nous nous consacrons à la protection des plus petits et des plus faibles, nous reconnaissons aussi notre propre vulnérabilité. Celle que nous préférons souvent cacher. Celle qui nous rappelle que, derrière nos réussites, nos certitudes et nos apparentes forces, nous avons tous besoin des autres.

Et, au milieu de ce monde parfois désorienté, il y a une voix qui mérite d’être entendue : celle de la jeunesse. Celle de l’espérance.

La jeunesse présente a fait preuve d’une ferveur poignante et vibrante à Paris. Une jeunesse qui, contrairement à ce que l’on dit parfois, ne manque pas d’idéal. Cette jeunesse post-Covid qui s’en est pris plein la figure à peine sortie de l’adolescence.

Elle nourrit de grandes aspirations. Elle a soif. Elle a le désir du bon et du beau. Elle s’inquiète du monde qu’on lui laisse, elle se questionne sur son avenir, mais elle est aussi prête à œuvrer avec courage et générosité pour ce qui est vrai.

Voilà où se trouve notre espérance. Non pas dans la perfection, mais dans la capacité de chacun à poser un acte bienveillant et juste.

Et que dire de la paix ? Le pape Léon XIV nous exhorte à rechercher la paix et nous affirme : « Il n’est pas vrai que celui qui se venge est plus fort que celui qui pardonne. Il n’est pas vrai que celui qui ne cède pas est plus fort que celui qui cherche la réconciliation. Il n’est pas vrai que celui qui part en claquant la porte est plus fort que celui qui affronte l’effort de marcher ensemble. »

Qu’allons-nous faire de notre humanité ?

Le progrès continuera non pas avec celui qui nous rendra plus puissants, plus rapides ou plus performants, mais plus humains.

Après le dernier week-end de douce folie, la veillée avec les jeunes au Stade de France et la procession à la lueur des bougies à Lourdes, où les personnes sont reparties avec des étoiles dans les yeux, retenons encore une phrase de l’homme en blanc :

« Dans la nuit, la lumière apparaît encore plus éclatante »

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