Le Carnet de Camille — Sur le chemin de Compostelle,  des kilomètres je marcherai

Je me suis retrouvée avec de joyeux et braves compagnons sur la route menant à Saint-Jacques-de-Compostelle. Pour débuter cette aventure, nous avions choisi une partie du GR 65, du Puy-en-Velay à Conques, en France.

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Avant le départ, Compostelle était pour moi des tracés, des guides, des listes minimalistes de choses à emporter, des chaussures de sport à dompter et un sac à dos adapté. Je pensais préparer une marche, mais…

Il y a la marche.
Il y a la démarche.
Il y a ce qui se vit intérieurement.
Et il y a tout ce qui se donne à voir.

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Après des mois de préparation viennent les premiers pas. Le sac à dos repose enfin sur mes épaules avec son poids bien réel : quelques kilos de choses utiles (et inutiles) et une gourde d’eau. Très vite, une question essentielle se pose. Quel est le poids invisible des fardeaux que je trimballe sur le dos depuis des années sans même que je m’en rende compte : inquiétudes, blessures, attentes, regrets, responsabilités ?

Sur ce parcours, je vois les fleurs sauvages et multicolores qui bordent les sentiers. Des champs de blé se déploient à perte de vue. Plus loin, des villages perchés et des hameaux nichés au creux d’une vallée. Une commune, elle, se cache derrière une colline que je crois infranchissable tellement la fatigue engourdit mes orteils. Les rivières accompagnent pour un temps le marcheur qui regarde les reflets tranquilles dans l’eau. Sculptures, églises, chemins de terre, horizons qui s’ouvrent, allées bordées de verdure et de pierres se succèdent.

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La nature devient une compagne discrète. Elle enseigne sans discours et rappelle qu’il faut puiser juste ce qu’il faut pour ne pas s’épuiser.

Sur le chemin de Saint-Jacques, chaque pas semble poser une question. De quoi ai-je besoin ? De quoi puis-je me délester ? Qui suis-je ? Où en suis-je ?

La route ne répond pas avec des mots. Les réponses viennent au fil des pas, des silences, des pauses et des rencontres avec l’autre.

Les premiers kilomètres sont souvent ceux de la découverte. Découverte des paysages, bien sûr, mais aussi découverte de soi. On y rencontre ses forces et ses fragilités. Ses élans et ses limites. On sourit. On doute. On se surprend. Et on se demande parfois ce qui nous a poussés à nous lancer dans une telle aventure.

Ai-je douté de moi ? Beaucoup. Ai-je pensé abandonner ? Non. Ai-je pensé ne pas y arriver ? Certainement.

En fait, pour y arriver, il suffit de regarder le chemin devant soi et de demander la grâce de pouvoir faire le pas suivant. Un pas. Puis, un autre. Jusqu’au point d’arrivée du jour. Et il suffit parfois, aussi, d’une main tendue, d’un regard, d’un sourire. D’une orange et d’un café chaud partagés, de quelqu’un qui avance malgré la douleur ou de quelqu’un d’autre qui vous attend pour faire un bout de route ensemble.

Ce chemin n’est pas une compétition. Il oppose l’obsession de la rapidité à la prise du temps nécessaire pour avancer. Il me demande de respecter mon rythme plutôt que de forcer mon allure. Il m’invite à avouer mes vulnérabilités plutôt qu’à les cacher.

Il m’apprend le partage et la solidarité. Et, plus que tout, l’humilité.

Le premier jour de marche me conduit vers moi-même. Mes chances, mes joies et ma vie, et je me tourne intérieurement vers ceux que j’aime. J’avance dans une liberté complète ; une sorte de délivrance se vit sur la route. Le second jour est une douce claque. Dieu est partout dans sa Création (et nous en faisons tous partie). Je ne peux pas ne pas le voir. Le troisième jour, lui, me tourne discrètement vers l’importance des autres et de leur présence.

Les jours passent et tout tourne autour de ces trois éléments : moi, Dieu, les autres. Tout est à la fois distinct et intimement lié dans une profonde et respectueuse interdépendance. Plus j’avance, plus je découvre que je ne peux comprendre qui je suis sans Dieu ni sans les autres.

Cette marche est bien un pèlerinage pour moi. C’est bien plus qu’un simple voyage, c’est un déplacement de soi total : physique, psychologique et spirituel.

(la suite dans le Week-end de la semaine prochaine)

Photos : mettre les photos en bandeaux en haut après le titre

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