Pas étonnante la bérézina à laquelle on assiste en ce moment. Elle était écrite dans le résultat des dernières élections qui a vu s’installer un gouvernement qui ne repose que sur un peu plus d’un tiers des suffrages populaires exprimés. Dans de tels cas de figure, dès le lendemain de son installation, un gouvernement minoritaire se serait immédiatement employé à élargir sa base et à étendre son rayonnement. Non, cela ne se passe pas comme ça. Bien au contraire.

La faute à un Premier ministre qui donne l’impression d’être écrasé par la fonction, pour laquelle il s’est beaucoup battu pour l’obtenir, sans avoir jusqu’ici réussi à l’incarner. Son comportement à l’Assemblée nationale est particulièrement éloquent de ce rabaissement du statut d’un Premier ministre. Il est aidé en cela par un Speaker qui fait tout pour que le Parlement ressemble à un bazar.

La hargne avec laquelle Pravind Jugnauth a attaqué le Whip de l’opposition, Shakeel Mohamed, à l’Assemblée nationale mardi est absolument honteuse. On peut dire son désaccord, mais sur un tout autre ton que celui de l’insulte. Pas étonnant que lorsque le chef lui-même se conduit comme une petite frappe aigrie, la meute suit avec plus de vigueur. C’est le triste spectacle hebdomadaire qui nous est offert.

On ne comprend pas la grande nervosité du chef du gouvernement. C’est vrai qu’il n’est pas agréable de se retrouver sur la liste noire de l’Union européenne et de devoir, dans la panique, renforcer la loi anti-blanchiment et le financement du terrorisme, créer une Financial Crimes Division à la Cour intermédiaire et secouer la Banque de Maurice pour quelle fasse semblant d’agir, en paroles seulement, mais pas en actions fortes et en sanctions contre des banques commerciales qui accordent des prêts douteux. Mais cela suffira-t-il pour convaincre?

Au lieu de traiter d’antipatriotiques ceux qui ont mis et qui mettent en exergue les failles de la bonne gouvernance et les carences des agences de supervision, le gouvernement devrait se pencher sur sa propre responsabilité dans la détérioration de l’image du pays. Que doivent d’ailleurs penser ceux qui nous ont à l’oeil des promotions obtenues par le tandem Renganaden Padayachy/Harvesh Seegoolam ceux-là mêmes qui présidaient aux destinées de la Financial Services Commission et qui ont eux-mêmes succédé à Dev Manraj aujourd’hui chargé d’un comité qui est censé lutter contre le blanchiment? Et il vaut mieux que les observateurs internationaux ne regardent pas de plus près les organismes qui ont pour responsabilité de conduire des enquêtes. Cela ne ferait que nous enfoncer.

Les enquêtes à Maurice, c’est une vaste farce. Qu’elles soient de l’ICAC, cet organisme qui n’a aucune crédibilité tant sur le plan local qu’international, ou de celles de la police. L’ICAC, on sait déjà ce qu’elle vaut, mais la police non plus n’est pas plus performante.

Oublions un moment l’enquête sur la tractopelle qui traîne depuis une année, celle sur l’accident de Wooton et son protagoniste fantôme pourtant vêtu de noir qui perdure, concentrons-nous sur des faits qui se sont produits cette semaine même. Avec une naïveté qui les caractérise et qui, des fois, est déconcertante, des dirigeants du MMM ont déclaré avec le coeur et en choeur qu’ils faisaient confiance au nouveau commissaire de police pour élucider l’affaire des affiches illégales placardées contre leur leader.

Vraiment ? Rien depuis évidemment. Ce qui n’est pas surprenant. Khemraj Servansingh doit se dire qu’il a quelques mois pour remplir sa tâche et que, s’il se tient bien, selon les critères du Bâtiment du trésor, il pourrait, pourquoi pas, finir comme Mario Nobin et Vinod Appadaoo et trouver éventuellement une bonne sinécure et un joli petit contrat.

Les enquêtes sont sans fin et sans issue, mais, par contre, dès que le Premier ministre est concerné, la police fait preuve d’une redoutable célérité. En avril dernier, après un post partagé par l’ancienne secrétaire de la présidente de la République, Rachna Seenauth, que Pravind Jugnauth, qui n’a aucun sens de l’humour, trimballait même au Parlement, l’auteure était interpellée et incarcérée en plein confinement.

Cette semaine, Ravin Lochun a lui aussi subi le même sort, alors que l’encre de la déposition du Premier ministre ne s’était même pas séchée. Un commentaire humoristique et un peu trash a valu à l’ancien député et ambassadeur d’être arrêté avant d’être remis en liberté conditionnelle.

Lorsque “l’homme de principe” qui n’a, apparemment, rien d’autre à faire que de surveiller ce qu’on raconte sur lui sur les réseaux sociaux exige la tête d’un plaisantin, la police en se fait pas prier. Elle s’exécute au quart de tour.

Il sera intéressant de suivre l’évolution d’une autre enquête, très sensible celle-là, puisqu’elle concerne un département de la police, l’ADSU, dont la commission Lam Shang Leen avait réclamé le démantèlement et que Jugnauth père et fils ont catégoriquement refusé. Il est question d’argent et de l’implication de deux hommes de loi, dont l’un est connu pour être proche du MSM.

Il ne faut pas croire que le monde ne regarde que les lois introduites dans la précipitation pour tenter de sortir de la liste noire, il doit probablement être tout autant ébahi par un pays où c’est la famille et le clan qui passent avant tout. Et qu’aucun sursaut de dignité ne pousse le ou les auteurs à tirer les conséquences qui s’imposent une fois les faits accablants révélés.

Et on n’est pas sûr non plus qu’en regardant de plus près le fonctionnement de l’IBA, de la police, de la GRA, de la MBC, de l’embrigadement politicien du GIS, des dérives de l’Assemblée nationale, du règne des petits copains et du bonanza sur les médicaments, le monde soit encore persuadé que Maurice est toujours une démocratie transparente et juste. Tout ces jours-ci va exactement dans le sens opposé.

JOSIE LEBRASSE