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Les SOS de la COP26

Ils étaient des dizaines de milliers pour la cérémonie d’ouverture de la 26e Conférence mondiale sur le climat, dont plus d’une centaine de chefs d’État et de gouvernement. L’un des thèmes majeurs et récurrents de cette conférence était la réduction de l’utilisation des énergies fossiles, comme le charbon et le pétrole, pour réduire le réchauffement climatique de 2°C d’ici 2030, comme prévu dans l’Accord de Paris.

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Cet engagement, ratifié à l’unanimité, n’a pas empêché les chefs d’État et de gouvernement, et leurs cortèges, de se déplacer en avion pour se rendre à Glasgow. Selon certaines sources, quelque 400 jets privés et autres types d’avions, gros émetteurs de CO2, ont été utilisés pour transporter les délégués.

Des journalistes ont noté les embouteillages monstres créés par les cortèges de voitures officielles roulant roues contre roues et conduisant les grands de ce monde de leurs hôtels au centre de conférences. Comme le disent certains cyniques, les engagements politiques n’engagent pas ceux qui les prennent ! Bien qu’invité, le président chinois n’était pas présent à Glasgow. On ne peut pas venir ratifier l’engagement de réduire au maximum l’utilisation des énergies fossiles tout en faisant ouvrir des dizaines de mines à charbon dans son pays. Il y a des limites au cynisme.

Le Premier ministre mauricien n’a pas eu cette pudeur. Il s’est fait photographier avec les grands de ce monde et a plaidé la cause des petits États insulaires avec ses interlocuteurs. Et pourtant, une semaine avant la COP26, son gouvernement a présenté un projet de loi au Parlement — le Offshore Petroleum Bill — autorisant des forages pétroliers dans les eaux territoriales mauriciennes. Pile je plaide pour la réduction de l’utilisation des énergies fossiles, face je fais forer le sous-sol des mes eaux territoriales !

Greta Thunberg, la jeune militante qui symbolise la jeunesse du monde qui se bat pour la transition écologique, n’a pas été invitée officiellement à la COP26. Il est vrai que ses déclarations sans équivoque dans les derniers forums internationaux ont hérissé les poils des décideurs,. Mais le parterre des chefs d’État et de gouvernement n’a pas échappé aux SOS sur l’état de la planète dont ils sont responsables. Mme Mia Mottley, Première ministre de la Barbade, leur a lancé : « Quels témoignages avez-vous encore besoin d’entendre ? Quelles images avez-vous encore besoin de voir ? Sommes-nous devenus si sourds que nous n’entendons plus les cris de l’humanité ? » Elle a terminé son intervention par un SOS. « Si le thermomètre mondial monte de 2°, ce sera une sentence de mort pour mon pays. » Les dirigeants du monde, qui semblaient fascinés par les lacets de leurs chaussures, ont également eu droit à un discours fort d’Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies. « Il est temps de dire assez. Assez de brutaliser la biodiversité. Assez de nous tuer nous-mêmes avec le carbone. Assez de traiter la nature comme des toilettes. Assez de brûler et de forer, et extraire toujours plus profond. Nous creusons nos propres tombes. » Comme Maurice avec son prochain forage pétrolier ?

Greta Thunberg n’était pas invitée, mais elle a été remplacée par Elizabeth Wathusi, militante kenyane de 23 ans, qui a réclamé au parterre de dirigeants de ce monde, de plus en plus intéressés par leurs chaussures, une minute de silence pour tous ceux « dont les souffrances ne sont pas entendues. » La jeune Kenyane a questionné l’audience : « Quels mots peuvent vous faire bouger ? » Après, elle a raconté ce qui suit : « Pendant que vous êtes assis confortablement, plus de deux millions de mes compatriotes subissent la faim à cause du réchau ffement. Nos animaux et nos habitats meurent. J’ai vu de mes propres yeux trois enfants pleurer devant une rivière asséchée après avoir marché vingt kilomètres avec leur maman pour chercher de l’eau. Ouvrez vos cœurs ! »
C’était un des SOS de la COP26.

Jean-Claude Antoine

PS : Est-ce que Maurice aurait une nouvelle ministre de la Femme ? C’est en tout cas l’impression qu’on a pu avoir en suivant le long reportage de la MBC sur le discours prononcé par l’épouse du Premier ministre, Mme Kobita Jugnauth, dans un des forums de la COP 26 à Glasgow.

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