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Lubna Dhomun, physiothérapeute : « Mon expérience professionnelle au Qatar est très positive »

Cela fait trois ans que Lubna Dhomun, physiothérapeute mauricienne, travaille au Qatar. Nous avons profité de ses vacances à Maurice pour aller à sa rencontre.

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Comment faut-il vous présenter ?

— Je suis une Mauricienne. J’ai fait mes études primaires et secondaires dans des écoles publiques, d’abord à l’école Baichoo Madhoo, puis au QEC, et me suis, depuis très jeune, intéressée au domaine de la santé. Et puis, comme mon père a beaucoup travaillé à l’étranger, notamment en Afrique, j’ai beaucoup voyagé et depuis très jeune, j’ai entendu parler de la malaria, de la fièvre jaune et des vaccins, ce qui a sans doute déterminé mon choix de carrière. Au niveau universitaire, j’ai fait une licence en physiothérapie à Édimbourg, en Écosse.

Pourquoi avez-vous choisi précisément la physiothérapie ?

— Parce que c’est un métier qui permet d’aider des personnes avec des incapacités physiques à retrouver toute ou une partie de leur mobilité.

Mais est-ce que la physiothérapie n’est pas une spécialité de la médecine sportive surtout pratiquée par des hommes ?

— Il y a beaucoup de spécialités, pas toutes très connues, en physiothérapie: ce qui fait qu’on ne s’arrête généralement qu’à l’aspect sportif et aux sports populaires comme le foot, le rugby, l’équitation, l’athlétisme, etc. Moi, je voulais travailler avec les patients accidentés ayant subi un AVC, des opérations chirurgicales nécessitant une réhabilitation. J’avais réalisé qu’il n’y avait pas beaucoup de physiothérapeutes à Maurice, ce qui a déterminé mon choix. J’ai fait quatre ans d’études pour obtenir un degree en Écosse, puis je suis allée à Londres où j’ai fait une maîtrise en cardiologie préventive pour pouvoir réduire les maladies cardio-vasculaires au sein d’une population.

Est-il possible de soigner les maladies cardio-vasculaires par la physiothérapie ?

— Il existe une branche de la physiothérapie qui traite les patients qui ont subi des opérations, des pontages et qui ont besoin d’un suivi pour leur réadaptation pour pouvoir reprendre leurs activités. Mais il y a également d’autres branches de la médecine qui s’occupent de cette réadaptation. Moi, j’ai voulu me spécialiser dans tout ce qui est prévention des maladies cardio-vasculaires de masse à travers les dépistages et l’identification de la population la plus vulnérable et à risque dans le cadre d’une prévention primaire. La prévention secondaire consiste aussi en la réadaptation du patient. J‘ai exercé cette profession pendant quatre ans et demi à Maurice dans une clinique privée, où j’ai pu acquérir une bonne expérience sur le terrain.

Est-ce un métier difficile à apprendre, à pratiquer ?

— Il y a beaucoup à apprendre, mais il faut surtout avoir de l’empathie, avoir une facilité de contact avec les patients et pouvoir combiner l’aspect physique et physiologique, et une certaine forme de psychologie pour communiquer avec le patient afin de bien le soigner. Il ne suffit pas de s’attarder sur le mal physique, mais aussi sur la compréhension de la personnalité du patient et prendre le temps nécessaire pour offrir un traitement de qualité.
Quatre ans et demi après avoir pratiqué à Maurice, vous décidez d’aller travailler au Qatar.

Qu’est-ce qui explique ce choix ?

— C’était une opportunité professionnelle. J’ai eu une proposition de travail qui tenait en ligne de compte mes compétences et mon expérience professionnelles après une évaluation très rigoureuse en plusieurs étapes. Je crois que c’était une opportunité qui s’est présentée au bon moment pour pouvoir enrichir mon expérience professionnelle. Comme je ne suis pas mariée, cela facilitait aussi les choses pour aller travailler à l’étranger.

Votre métier consiste pour une part à toucher le corps de vos malades masculins. Est-ce que cela pose un problème dans un pays comme le Qatar ?

— J’exerce un métier qui me met en contact physique avec des patients quels que soient leur sexe ou leur âge. Mon travail consiste à soulager la douleur d’un patient, à le traiter pour lui permettre de se réhabiliter et de se rééduquer, et cela se pratique dans un cadre médical strict. Que ce soit à Maurice ou au Qatar. Le Qatar est un pays riche – en gaz – qui investit dans beaucoup de secteurs, plus particulièrement dans celui de la santé. Il a besoin de ressources humaines pour cela et il la fait venir des quatre coins de la planète, ce qui fait que j’ai la chance de travailler au sein d’une équipe internationale. Le Qatar a investi dans la médecine de pointe, pas seulement au niveau sportif à cause de la prochaine Coupe du monde de football. Tout cela m’a attirée. On met à la disposition des équipes qualifiées tout ce dont elles ont besoin pour travailler. C’est un rêve pour un professionnel de santé.

Qu’est-ce qui vous a le plus surprise au là-bas ?

— L’été qui est très chaud, malgré la climatisation, mais on finit par s’adapter, on apprend à vivre avec, car j’ai vécu notamment en Afrique, dans des pays où les températures sont très élevées. Mais cela étant, je travaille dans une équipe où je peux vraiment m’épanouir, c’est une expérience professionnelle et humaine extraordinaire. Je travaille principalement aux soins intensifs avec des gens très malades. C’est une population qui est gravement touch»e de plusieurs maladies.

Est-ce que c’est facile pour une femme d’exercer votre métier dans un pays très strict sur certaines questions ?

— Je n’ai pas eu de difficulté particulière. Je trouve, au contraire, qu’il y a au Qatar une politique qui tend à permettre au personnel local et étranger d’apprendre, d’augmenter ses connaissances pour être plus performant dans son travail, ce qui me convient parfaitement. En trois ans et demi, j’ai reçu beaucoup de formations et complété beaucoup de certifications qui m’ont permis de rafraîchir ma mémoire et d’apprendre de nouvelles choses sur les maladies, surtout les nouvelles.

Vous parlez qatari ou arabe pour communiquer avec vos patients ?

— J’ai appris l’arabe standard, celui que l’on utilise dans les journaux ou les bureaux, mais il y a aussi d’autres dialectes qui sont utilisés par les différentes populations arabes vivant au Qatar. Je connais quelques mots de qatari, mais le plus gros de la communication se fait en arabe standard ou en anglais, et dans l’exercice de mon métier, quand le besoin se fait sentir, je peux faire appel à une traductrice. Je suis comblée professionnellement en travaillant au Qatar, où les salaires sont intéressants. La seule chose qui me manque, c’est ma famille, mais on ne peut pas tout avoir en même temps, n’est-ce pas ?

Comment sont les Qataries, soumises à des restrictions comme dans les pays voisins du Qatar ?

— Pas du tout. Au Qatar, les femmes travaillent, conduisent leur voiture, occupent des postes de responsabilité dans tous les ministères. D’ailleurs, le ministre de la Santé du Qatar est une femme qui a bien géré le Covid-19.

Justement, comment a-t-on géré le Covid au Qatar ?

— Les autorités qataries ont pris le danger très au sérieux, dès le début de la pandémie, qu’on n’appelait pas encore pandémie. Elles ont été très proactives et ont pris des mesures pour protéger la population et briser la chaîne de contamination. Elles ont été très strictes sur le respect des gestes barrières, ont fermé les centres commerciaux et les écoles, interdit les rassemblements. Elles ont aussi procédé à la vaccination et encouragé le travail à distance, quand c’est possible.

Ce n’était pas compliqué ? Dans la mesure où il y a une grosse population de travailleurs étrangers qui travaillent surtout dans la construction des infrastructures pour la prochaine Coupe du monde…

— Le même protocole a été appliqué à tous ceux qui vivent et travaillent au Qatar. Des règlements très stricts ont été donnés, implémentés et surtout respectés des uns et des autres, ce qui a permis de limiter le nombre de cas positifs et surtout celui de mortalités dues au Covid. Les autorités ont agi avec beaucoup de transparence et il y avait une communication constante sur chaque phase de restriction ou d’ouverture du pays où la situation sanitaire est sous contrôle. Elles ont des prévisions pour chaque phase d’évolution de l’épidémie, ce qui permet de gérer efficacement la situation.

Il y a un fort contingent de réfugiés afghans au Qatar. Est-ce qu’ils font partie de vos patients ?

— Je n’ai pas encore eu de patient venant des réfugiés. Mais les réfugiés afghans sont soignés par d’autres confrères exactement comme on soigne tous ceux qui vivent dans le pays. Il n’y a pas de différence ou d’exception dans l’application des soins médicaux là-bas.

Quel est le regard que vous jetez sur la manière dont Maurice gère la pandémie du Covid-19 ?

— La situation à Maurice est inquiétante. Il semble que le nombre de cas est en augmentation, comme le nombre de morts. Malheureusement, on peut craindre que la situation empire dans les semaines à venir. Il est primordial de veiller que les gestes barrières soient respectés et il faut être sévère là-dessus. Le respect des différents gestes barrières ajouté à la vaccination sont des filtres contre l’épidémie quand ils sont tous rigoureusement appliqués. C’est la seule manière connue pour le moment de briser la chaîne de transmission jusqu’à ce que le traitement définitif contre le Covid soit trouvé.

Une question personnelle pour terminer. N’avez-vous pas encore rencontré un prince ou un émir qatari jusqu’à maintenant ?

— (Rires) Je n’ai pas encore rencontré la personne voulue. J’ai la chance de vivre dans une famille qui m’a poussée à m’épanouir et qui à toujours respecté mes choix de vie et de carrière. Je crois dans le destin et j’attends donc qu’il mette sur mon chemin la personne voulue.

Donc, les conditions sont réunies pour que vous restiez à tout jamais au Qatar…

— Non. Mon expérience au Qatar est très positive, mais je vais travailler encore quelque temps avant de rentrer à Maurice pour rejoindre la famille. Pour l’instant, rien ne presse.

 

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