What’s in a name ? interrogeait Shakespeare dans son célèbre Romeo and Juliet. A travers cette phrase, Juliette s’épanchait sur l’impossibilité de vivre son amour pour Roméo, non à cause d’éventuels « défauts » chez son bien-aimé, mais en raison de son nom, et de la guerre qui opposait leurs deux familles. Une rose, disait-elle, aurait le même délicieux parfum même si on l’appelait autrement que « rose ».

Depuis la parution de cette tragédie en 1597, cette interrogation littéraire est devenue une maxime cent fois reprise, tant elle cristallise des réalités humaines et sociales qui ne connaissent pas d’époque. En cette fin de 2020, plus de quatre siècles plus tard, elle pourrait bien s’appliquer à la dernière « bourde » concernant la promotion de Maurice.

On pourrait classer comme anecdotique le fait que le nom de notre pays a été «écorché » sur une bannière publicitaire affichée mercredi dernier lors du match Liverpool-Tottenham à Anfield Road. Au lieu de Mauritiusnow.com, c’est MauriTUSnow.com qui est apparu sur les écrans. Un malheureux i qui manque à l’appel, pas de quoi fouetter un dodo, cela n’enlève rien à l’essence de notre pays, disent certains.
Une lettre manquante, ça peut donner Grat Britain au lieu de Great Britain, Rance au lieu de France, Chin au lieu de China, Beni au lieu de Benin, Kowit au lieu de Koweit, Malaise au lieu de Malaisie. Rien d’aussi grave dans le cas de MauriTUS, peut-on arguer.

Personne n’est à l’abri d’une faute d’écriture, dans une lettre, dans un mail, dans les journaux, sur un panneau publicitaire. Sauf que là, il s’agit de représentation nationale officielle. A l’annonce de sa conclusion, il y a quelques mois, de nombreuses voix s’étaient élevées pour questionner l’opportunité (ou l’opportunisme ?) de ce contrat publicitaire passé entre la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) et Liverpool FC. Un contrat de près de Rs 400 millions, présenté en pleine crise de Covid comme une idée lumineuse pour relancer le tourisme à Maurice. Alors même que nos frontières étaient fermées depuis mars, et le resteront encore largement au moins jusqu’à la mi-février 2021… Quand en plus, Mauritius s’affiche MauriTUS, ça ne fait pas très pro. Une lettre manquante, ça peut aussi donner Susse au lieu de Suisse…

Et c’est bien là que le bât blesse. Car cette bourde survient après l’annonce tout aussi désastreuse du nouveau branding de Maurice comme « sus island ». On aura beau nous dire que c’est de la dernière modernité ou branchitude de dire sus island pour faire valoir Maurice comme une sustainable island, ou île durable, on a du mal à comprendre quel cerveau a pu faire germer, et grassement payer, un slogan qui ne fonctionne dans aucune des langues les plus usitées au cœur de nos traditionnels ou potentiels marchés touristiques. En anglais, sus est un raccourci pour suspect. Sus en français fait surgir « Sus à l’ennemi !» dans le meilleur des cas, suce ton pouce ou autre chose au pire. Et ne parlons même pas de sa connotation dégradante et vulgaire en créole…

Alors oui, ça finit par faire beaucoup cette erreur d’orthographe. Car si, en d’autres temps, elle aurait pu passer quasiment inaperçue, elle se répand comme une traînée de poudre à l’heure d’internet. Et elle révèle une « légèreté » encore plus grande.

Il ressort en effet que quelques minutes après la parution de MauriTUS now à l’écran, l’internaute Sean Kelly poste un tweet où il conseille au gouvernement mauricien d’éviter les fautes lorsqu’il décide de faire la promo de l’île. En voyant cela, un autre internaute, Eric Gaydos, habitant de Californie, va faire un tour sur MauriTUS now et remarque… que la page n’est pas enregistrée. Il prend immédiatement conscience du danger que cela représente : car cela laisse la porte ouverte à une personne mal intentionnée qui pourrait enregistrer ce site pour escroquer des gens ou y publier des contenus vulgaires ou malveillants. Il va donc, s’empresser d’enregistrer le site, et d’y mettre un texte signalant aux internautes qu’ils doivent en réalité chercher Mauritius now.com

Il ne s’agit donc pas que d’une histoire de lettre manquante. Il s’agit d’une « négligence » qui a exposé l’image du pays à des conséquences beaucoup plus graves.

Et comme si cela ne suffisait pas encore, revoilà la MTPA mise en cause deux jours plus tard avec une accusation d’infraction aux Intellectual Property Rights logée contre elle par une société internationale basée à Monaco. Vendredi, on apprenait en effet que la SARL Trust Influencer a servi une injonction formelle contre la soirée d’Influencers Awards Mauritius prévue pour hier soir au Sugar Beach de Wolmar, fruit d’un partenariat entre la MTPA et le groupe Mauriplage Beach Resorts Ltd, gérant de Maradiva Villas Resorts & Spa. La société basée à Monaco affirme en effet qu’elle détient les Intellectual Property Rights de cette manifestation, et qu’elle a été flouée par la partie mauricienne.

Question image du pays gérée par l’organisme officiel de promotion touristique, ça fait quand même un peu beaucoup…
Le problème, c’est qu’on en vient à se demander s’il s’agit là d’un à-peu-près qui relève de la négligence ou d’une volonté définie…

Cette semaine a encore amené son lot de révélations sidérantes sur la mort de Soopramanien Kistnen, remettant gravement en cause le fonctionnement de nos entités et institutions officielles. Des policiers qui se contredisent en Cour sur la disponibilité ou non d’images de caméras de surveillance ; un flou total sur l’identité de l’instance qui détient et contrôle ce système de caméras à Rs 19 milliards ; un médecin légiste qui ne bronche pas lorsque la police conclut au suicide de cet activiste fâché contre le gouvernement alors qu’il a relevé, lors de l’examen post mortem de son corps carbonisé retrouvé dans un champ de cannes, que le sang de l’homme contenait de la péthidine, et que son décès pouvait relever d’un acte malveillant ; des relevés téléphoniques qui indiquent des contacts entre les téléphones du Premier ministre et de son proche conseiller et celui du défunt ; un témoin qui vient affirmer en cour que des hommes de la MCIT, organisme policier traitant les infractions criminelles graves, lui ont « demandé » de dire que Soopramanien Kistnen était mort chez lui et qu’il était allé déposer son corps dans un champ de cannes… Et tout cela sans suites…
Qui s’occupe de quoi dans ce pays? Qui est responsable de quoi ? Qui répond de quoi ?

Cette pagaille relève-t-elle seulement d’une forme d’inexpérience ou alors d’une volonté planifiée d’embrouille ?

On ne parle pas que d’une lettre qui manque. On parle d’une cerise qui intervient au terme de la première année d’un gouvernement qui a annoncé en février, alors que la Covid s’étendait déjà rapidement autour de nous, qu’il ouvrait les frontières du pays aux étrangers en leur offrant trois litres de whisky duty free au lieu de deux, pour ensuite, d’un jour à l’autre, fermer brutalement les frontières en laissant des milliers de Mauriciens bloqués à l’étranger dans des conditions critiques ; un gouvernement qui est resté 12 jours inactif avant que la marée noire du Wakashio se répande sur nos côtes ; un gouvernement qui laisse annoncer qu’il faudra payer Rs 430 000 pour aller à Agaléga, partie de notre territoire, avant de se rétracter quelques jours plus tard « parce qu’il y a des réactions » ; un gouvernement qui entretient un flou total sur les conditions d’exploitation de cette même Agaléga consenties à l’Inde ; un gouvernement dont le Premier ministre exonère son ministre du Commerce, et lui-même, de tout lien avec la mort suspecte de leur ex-activiste Soopramanien Kistnen, en affirmant qu’il a fait « sa propre enquête », alors même que se déroule en cour une enquête judiciaire qui révèle chaque jour des choses éminemment troublantes pour dire le moins…

Il y a qu’en ce moment, vraiment, Maurisucks…