Alliance Dogberry , Alliance galimatias , Alliance bouillabaisse, Alliance préhistorique : plus assommantes les unes que les autres, les formules assassines n’ont pas manqué de fuser depuis la fameuse rencontre au sommet, samedi de la semaine dernière, entre les leaders et autres dirigeants des trois partis de l’opposition parlementaire.

Tant sur les divers supports de communication écrite que dans les conversations “amba laboutik” ou dans les salons feutrés, les propos sarcastiques autour de cette étrange rencontre qui se voulait « historique » ont vite fait de faire le tour de l’île. Si bien que, de son côté, la presse, mieux à même, de nos jours, à prendre le pouls du pays profond, n’a pas jugé utile de s’étendre longuement sur ces “koz-kozé” qui refusent, bizarrement, de dire leur nom.

Jouant, ainsi, sur la sémantique, on préfère parler d’entente, plutôt que d’alliance. Tellement celle, catastrophique, de 2014 entre le PTr et le MMM hante encore les mémoires. Le moment ultime passé, ceux qui ont le sens des détails ont, sans doute, noté comment les clichés de cette « photo opportunity » ont été vite sagement rangés quelque part dans un classeur.

C’est dire que les plus clairvoyants avaient raison d’anticiper que le courant n’allait pas passer et que la mayonnaise aurait toutes les peines à monter. Mais depuis deux décennies, quelqu’un sort régulièrement de son chapeau des formules les unes plus abracadabrantes que les autres qu’il assure toujours gagnantes et qui se révèlent, au final, de véritables « losing formulae ».

Elu depuis seulement novembre de l’année dernière avec une majorité plus que confortable, le gouvernement de Pravind Jugnauth peut, jusqu’à preuve du contraire, demeurer au pouvoir pour cinq longues années encore. Nombreux sont ceux qui se demandent, alors, à quoi peuvent bien servir des “koz-kozé” à une échéance aussi éloignée des nouvelles législatives. Les partenaires de ce mariage à trois répondent en chœur que c’est surtout au nom de la défense de la démocratie.

La coïncidence veut que cette année 2020 commémore les 50 ans de la coalition-répression coûte que coûte PTr/PMSD/CAM. Celle qui allait réunir les pères Ramgoolam, Duval et Mohamed. Un demi-siècle plus tard, on peut, légitimement, se demander si cet alibi de défense de la démocratie mis en avant par les fils de ces mêmes Ramgoolam et Duval, héritiers du leadership des mêmes PTr et PMSD, tient vraiment la route.

Depuis le retour aux affaires du MSM en 2014, ceux au pouvoir font, certes, subir à leurs adversaires des brimades et autres méchancetés détestables et condamnables. Un peu trop souvent même depuis ces derniers temps. Mais est-ce à dire, pour autant, que tout cela est en commune mesure avec tout ce que la génération des années de braise a vécu ?
De l’imposition de l’état d’urgence à la décision de censurer la presse. Du renvoi des élections générales à l’abolition des partielles. De l’arrestation et de l’emprisonnement des opposants politiques. De la suspension des élections municipales à l’interdiction des rassemblements. De l’interdiction du droit de grève et celui de manifester. Du règne des fiers-à-bras, ces fameux «tapeurs» politiquement protégés qui, carabines en main, terrorisaient les gens. Jusqu’à ce que cela culmine en un assassinat politique en plein jour à Curepipe

Si, par ailleurs, le MSM est si faible qu’on le dise, pourquoi, alors, ce besoin de se liguer à trois (en attendant d’autres partenaires) pour l’affronter lors de simples municipales à venir. Des municipales que, dans le temps, le MMM, « seul contre tous », remportait haut la main dans les cinq villes! Ce MSM que, du haut de leur suffisance, certains traitaient de quantité négligeable, mais qui est quand même parvenu à terrasser de bien belle manière le PTr, le MMM et le PMSD confondus deux fois de suite.

Comme pour se donner de la consistance, le trio de l’opposition parlementaire s’emploie à répéter que le gouvernement MSM au pouvoir n’a été élu qu’avec 37 % des voix. Feignant, en même temps, de dire qu’avec ses modestes 22 % de suffrages récoltés à ces mêmes dernières législatives, le MMM, par exemple, n’a pas eu les faveurs de huit électeurs sur dix.

Pour un parti qui, jusque tout récemment, pouvait encore compter sur le vote de presque un électeur sur deux, ses dirigeants ont tout intérêt à faire preuve de circonspection quand il s’agit d’évoquer l’arithmétique électorale. Cette arithmétique des urnes qui n’est, de toute évidence, pas une science exacte et qui, souvent, donne des résultats plus proches de la mathémagie que des mathématiques. Et qui a, ainsi, la faculté de rendre perplexes plus d’un à chaque proclamation des résultats.
L’adage nous a longtemps enseigné ce que signifiait un mariage de la carpe et du lapin. On peut alors, déjà, facilement anticiper ce que peut être un ménage à trois regroupant, outre une carpe et un lapin, un petit coq déplumé. En tout cas, ça promet !