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Pasteur célestin Gb. Kiki, SG de la Cevaa :« Quand j’ai dit que j’allais à l’île Maurice, on me l’a déconseillé… »

Le pasteur Célestin Gb. Kiki était en visite à Maurice du 22 au 25 novembre dernier. Originaire du Bénin, le pasteur Kiki est le secrétaire général de la Cevaa depuis le 1er septembre 2009 ; il arrivera au terme de son mandat à ce poste en août 2022. Il nous livre ses impressions sur l’évolution de cette Communauté d’Églises et sur la participation de l’Église presbytérienne de Maurice (EPIM) en son sein dans le contexte du monde nouveau que nous connaissons actuellement.

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Parlez-nous de la Cevaa…

La Cevaa — Communauté d’Églises en Mission —, est une organisation protestante regroupant aujourd’hui 35 Églises et Unions d’Églises dans 24 pays. Elle est constituée essentiellement d’Églises protestantes ; des baptistes, des presbytériens, des méthodistes, des réformés, des évangéliques et des luthériens. On y retrouve principalement des Églises francophones, mais aussi des Églises anglophones et quelques Églises où on parle l’espagnol, le portugais et l’italien en Amérique latine, au Mozambique et en Italie respectivement.

La Cevaa a été créée en octobre 1971 avec l’arrêt des activités de la Société des Missions Évangéliques de Paris (SMEP) qui existait depuis 1822. Mais tout un travail avait été fait en amont, notamment à l’assemblée générale de la SMEP en 1964.

Les Églises avaient alors décidé de faire une expérience avant la création de la Cevaa à travers ce qu’on appelait les Actions apostoliques communes. Ces actions permettaient aux Églises membres d’aller évangéliser ensemble à un endroit donné avec une équipe multiculturelle et multidimensionnelle, composée de pasteurs, de théologiens, de sociologues, de médecins et d’autres laïcs. Ces actions ont été menées dans des pays tels que le Bénin, la France, la Zambie, l’Italie, la Suisse et l’Argentine, avec différents objectifs incluant l’accueil des migrants et la revalorisation identitaire des peuples à travers la formation biblique et laïque sur plusieurs années.

La vision de la Cevaa se traduit dans trois mots d’ordre. Le premier est « Tout l’Évangile à tout l’Homme » qui indique que l’Évangile ne s’occupe pas que du spirituel, mais que l’Évangile dans sa globalité s’adresse à l’homme dans toute sa globalité, à son développement holistique. Le deuxième est « Donner la Parole au peuple de Dieu », parole avec un grand ’P’ ou un petit ’p’, ce qui veut dire que la Cevaa encourage une lecture pluridimensionnelle et culturelle de la Parole de Dieu. Le troisième mot d’ordre est « La mission de partout vers partout ». La mission n’est plus seulement du nord vers le sud, mais aussi du sud au nord, du sud au sud et du nord au nord. Tout ce travail de la Cevaa est porté par le slogan « Partager pour agir », c’est-à-dire qu’il faut mettre les ressources dont nous disposons ensemble pour pourvoir mener des actions au sein de la société et cela se traduit par notre témoignage.

Il faut aussi souligner que l’animation théologique constitue le cœur de la Cevaa. Toute action, toute activité se fait par l’animation théologique qui est un outil qui permet d’aborder les textes bibliques dans toutes leurs dimensions en tenant compte du contexte et de l’auditoire. La Cevaa est aussi engagée dans l’échange de personnes, ce qui donne une visibilité et met des visages sur la Communauté. Au-delà du concept d’organisation, la Cevaa est une famille. Elle est régie par des instances telles que l’assemblée générale, le conseil exécutif, coordinations (commissions) et le secrétariat. Le siège de la Cevaa se trouve à Montpellier en France.

Aujourd’hui, une place importante est donnée à la jeunesse grâce à une stratégie élaborée depuis 2012 avec des activités autour de la formation, de projets, d’échanges de personnes et de la santé. Une place importante est aussi donnée aux femmes au sein de la Cevaa. Elles sont partie prenante des activités et de la prise de décision. Plusieurs femmes ont été élues au poste de présidente de la Communauté.

En 1999, la Communauté évangélique d’action apostolique (CEVAA) devenait “Cevaa –Communauté d’Églises en Mission”. Pourquoi ce changement d’appellation ?

C’est vrai qu’au départ, en 1971, on a appelé la Cevaa “Communauté évangélique d’action apostolique” parce qu’on voulait, dans un premier temps, éviter le mot mission qui pouvait avoir une connotation un peu négative relative au fait d’imposer un changement à l’autre. Et puis, en 1999, le Conseil a décidé de changer le nom en :”Cevaa – Communauté d’Églises en Mission” pour que la Cevaa ne soit plus un sigle, mais un nom à part entière, et aussi pour montrer que la dimension de la mission est dans le sens holistique, un tout. Montrer que c’est une communauté d’Églises qui est en mission perpétuelle avec des responsabilités partagées. Ce changement accentue aussi la notion de famille qu’est la Communauté.

Quel est l’objet de votre visite à Maurice ?

C’est ma quatrième visite à l’île Maurice. L’Église presbytérienne de Maurice (EPIM) est membre de la Cevaa, d’abord membre associé depuis 1981, puis un membre à part entière par la suite. Nous avons eu à mener des activités communes ici, notamment la formation des femmes à l’Animation d’études bibliques appliquées. Nous avons eu des envoyés de la Cevaa qui ont travaillé au sein de l’EPIM. En 2011, nous avons célébré le culte de lancement du 40e anniversaire de la Cevaa ici, entre autres activités. L’EPIM a accueilli en décembre 2014 un séminaire régional sur la gouvernance dans les Églises. Donc, en ma qualité de secrétaire général, il est normal que je vienne en visite pour partager la vie de l’EPIM et constater les défis qui s’imposent à la communauté, surtout dans le contexte particulier que nous vivons avec la pandémie de Covid-19. Cela me permet de voir comment l’EPIM maintient la flamme de l’Évangile dans ce contexte. La situation sanitaire s’aggrave un peu partout, que ce soit en Europe ou ici et, quand j’ai dit que j’allais à l’île Maurice, on me l’a déconseillé mais pour moi, c’est quand il y a des difficultés qu’il faut aller vers les Églises et faire preuve de solidarité. C’est une visite pour témoigner de la vie de la Communauté, donner des nouvelles de la dernière session de l’assemblée générale de la Cevaa, m’enquérir de la situation de l’EPIM et visiter les projets que la Cevaa soutient ici. Cette visite me permet aussi de dire ma reconnaissance à l’Église qui m’a soutenu tout au long de mon mandat et qui s’engage dans la Communauté à travers ses membres. Voilà cette reconnaissance et cette action de grâce.

Cette année, la Cevaa célèbre donc son jubilé et le thème choisi est “Cevaa, maintenons la flamme !” Quelle en est la pertinence ? Est-ce un aveu que la Cevaa passe par une période de flottement, voire de piétinement ?

À chaque étape de la vie d’une personne ou d’une institution, il est important de faire un bilan. La vision des pères fondateurs de la Cevaa était de créer une Communauté et celle-ci a connu des hauts et des bas, comme toute autre institution. Quand nous avions célébré les 40 ans, le thème était “Témoigner du Christ dans un monde en mutation” parce que, de nos jours, il y a effectivement beaucoup de mutations. Pour les 50 ans, le thème est “Cevaa : maintenons la flamme !”, selon l’Évangile de Luc 12.35 qui dit : « Ayez vos reins ceints et gardez vos lampes allumées. »

Nous vivons dans un monde en proie à beaucoup de défis, défis liés à la pandémie, mais aussi défis économiques et technologiques à l’ère de communications nouvelles. On apprend à chaque fois d’une situation difficile. De cette pandémie, les Églises ont appris à faire les cultes et à garder les liens autrement. Les pasteurs ont eu à apprendre et s’adapter aux outils digitaux. Donc, la Cevaa s’est dit que ce slogan “Maintenons la flamme !” est une exhortation appelant à la responsabilité et aussi une affirmation par rapport à tout ce que nous avons à faire. Il y a plusieurs autres textes bibliques qui parlent de cette flamme-là, que ce soit le feu du buisson ardent ou le feu de la Pentecôte. C’est une exhortation à vivre de l’espérance que nous donne le Saint Esprit.

Je ne dirai pas que c’est un aveu de flottement puisque la Cevaa continue à travailler, elle continue sa mission. On a parfois l’impression dans le monde où nous sommes qu’il y a beaucoup de choses qui nous poussent au découragement. Il y a des moments où l’on a tendance à baisser les bras, mais il faut nous rappeler à chaque fois cette espérance de la première communauté chrétienne, qui a animé la Cevaa dès ses débuts.

Comment voyez-vous la Cevaa dans les cinquante prochaines années ?
Il y a toujours des perspectives à court, moyen et long termes. Les 50 prochaines années, c’est du long terme. Qu’est-ce que nous devons faire aujourd’hui pour maintenir les objectifs de la Communauté ? Ce qui nous interpelle est la présente situation sanitaire. La Cevaa a mis sur pied en 2014-15 un projet connu comme “Projet Solidarité-Santé” pour renforcer le travail au niveau des centres de santé et des hôpitaux, les équiper et les approvisionner en médicaments et faire le renforcement des capacités. Ce projet est actif au Lesotho, en Zambie, au Rwanda, au Cameroun, au Bénin, au Togo, au Ghana et en Côte d’Ivoire. La Cevaa vise le partage et la capitalisation des expériences dans ce domaine de la santé.

Vous savez, quand le Covid est apparu en 2019, nous pensions que cela ne concernait que la Chine et que ce serait fini en 2020, le temps d’un confinement. En France, en Europe, nous en sommes à la 5e vague. Voilà des flots, des vagues de différentes hauteurs. C’est ce défi sanitaire que nous devons relever dans l’immédiat, car les Églises protestantes croient que le Royaume de Dieu, c’est d’abord ici et maintenant. Quelles solutions apporter et comment maintenir la foi en ces temps ? En même temps, nous devons réfléchir aux défis économiques liés à la pandémie. Dans beaucoup de pays, la pauvreté et le chômage ont été accentués. Cette pandémie nous apprend à être solidaires et la Cevaa vise à renforcer cette solidarité. Par exemple, le projet local “5 pains et 2 poissons” de l’EPIM est passé d’un repas par semaine aux démunis à deux repas par jour pendant le confinement, afin de pallier les besoins de ceux qui se sont retrouvés sans emploi du jour au lendemain.
Les Églises de la Cevaa ne doivent pas perdre de vue qu’elles forment une Communauté. Dans les années à venir, il faudra continuer à renforcer les liens entre les Eglises et avoir un témoignage fort de solidarité. Les mots d’ordre qui caractérisent la Cevaa restent des défis perpétuels à relever. Les Églises ne doivent pas se replier sur elles-mêmes, mais pratiquer sans cesse l’ouverture vers les autres.

Quelle est la place de l’EPIM dans la Cevaa et comment peut-elle continuer à y apporter sa contribution ?
Comme mentionné, l’Église Presbytérienne de Maurice est devenue une Église associée de la Cevaa en 1981 pour devenir par la suite, un membre de plein droit. Pour montrer cette appartenance à la Cevaa, plusieurs collaborations ont été menées, notamment dans les domaines de la formation, de la jeunesse et des projets. Ces projets sont porteurs de vie pour l’Église mais aussi pour la société mauricienne dans laquelle elle évolue. L’EPIM a élaboré un programme missionnaire, connu sous d’autres cieux comme programme de développement stratégique, afin de témoigner de la force de l’Évangile et faire des disciples autour d’elle. Elle a accueilli plusieurs envoyés de la Cevaa, qui sont des visages de la Communauté. Les derniers en date étaient les pasteurs Alain Monnard et Tovo Ramanantsoa, respectivement de Suisse et de Madagascar.
L’EPIM participe pleinement aux instances de la Cevaa. Par le passé, mais aussi par les temps présents, elle met à disposition de la Communauté des ressources humaines telles que des membres du Conseil Exécutif, à l’instar du Pasteur Jean-France Cangy et de Mme Magda Dorise Curpanen, et aussi des formateurs. Le Pasteur Maurice Davantin, président du Conseil Synodal de l’EPIM, a été l’un des Modérateurs de la dernière assemblée générale de la Cevaa. Voilà quelques exemples de ressources, pour ne citer que celles-ci.
L’EPIM contribue aussi financièrement à la Cevaa qui vit des contributions de ses membres. Elle a toute sa place de témoin de l’Évangile au sein de la Communauté et y assume ses responsabilités. Elle est appelée à envoyer des missionnaires au sein de la Communauté et à consolider les liens entre les Églises de la région Afrique australe-océan Indien, qui comprend les Églises du Lesotho, du Mozambique, de la Zambie, de Madagascar et de La Réunion.

Une exhortation, un mot d’encouragement pour terminer…
Avec le développement des réseaux sociaux et des moyens de communications, il y a un peu de tout, de vraies informations comme de fausses informations et toutes sortes de théologie qui se développent, comme par le passé au temps des réformateurs. Par exemple, les millénaristes voient en la pandémie un signe de la fin du monde. Dans ce contexte-là, l’Église a un grand rôle à jouer pour ne pas entretenir des théologies de peur, mais pour demander une collaboration entre le temporel (l’état, la science) et le spirituel, afin de rassurer les gens, de promouvoir et de rechercher ce qui donne la vie. Il ne faut pas se fier aux vendeurs d’illusions, à ceux qui diront que le salut est ici ou là. Le salut est en Christ et Christ donne la vie. Nous mettons en lui notre foi. Dieu donne l’intelligence aux hommes, et il est important de combiner la foi et la science. Nous n’avons pas à les opposer.Exposition CEVAA au Centre Jean Le Brun
Inaugurée le 23 novembre, l’expo restera ouverte durant le mois de décembre, le mardi et le mercredi de 10h à 14h au Centre Jean Le Brun, église presbytérienne St André, Rose-Hill. Cette exposition témoigne des riches partages vécus avec la Cevaa au cours des cinquante dernières années autour de l’animation théologique, des programmes et projets missionnaires, des échanges de personnes, des formations et bourses entre autres actions.

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