Renganaden Padayachy est nouveau. Et comme il n’a pas encore imprimé son style ni défini une vision claire de sa politique économique, il n’a fait que crapahuter en solitaire depuis une année. La nouveauté ou la pandémie ne peuvent toutefois, à elles seules, justifier l’improvisation permanente. Ceux que cet oxymore va titiller feraient bien d’analyser le parcours de ce ministre des Finances qui, entre deux formules empruntées, se perd dans ses prévisions et ses chiffres. Même le FMI le suit avec une certaine circonspection, les chiffres qu’il brandit n’étant pas comptabilisés selon des méthodes internationalement éprouvées, avec des sommes colossales qui se perdent en dehors des canaux officiels. Pour ne pas dire délibérément dissimulées afin de ne pas alourdir le déficit et la dette déjà trop élevés.

Sur le chômage, jouant aux cassandres dans l’incertitude des lendemains de la Covid, le ministre des Finances avait brandi le chiffre terrible et anxiogène de 100 000 qui serait enregistré fin 2020. Et lors de la présentation d’un nouveau plan de relance vendredi, une sorte de nouveau mini-budget, le chiffre a été divisé par moitié avec, cette fois, l’annonce de moins de 50 000 chômeurs attendus en cette fin d’année. Sur la contraction de l’économie, inévitable en cette période de ralentissement des activités, le ministre avait prévu un chiffre se situant entre 10% et 12% pour 2020, en avançant même que des signes de reprise étaient là du fait de la hausse des recettes fiscales et la vente de voitures. Sauf que ce n’était qu’une stupide bravade visant peut-être à rassurer les plus déprimés par la situation économique.

Si une hausse des revenus fiscaux se confirme pour le second semestre de 2020, il ne sera certainement pas tributaire d’une hausse de la consommation, les ménages se montrant très prudents en cette période de difficultés et d’incertitudes, mais plutôt un ajustement tributaire de la dépréciation de la roupie qui a poussé à la hausse les prix des produits importés en dollar et aussi en euro. Même les commodités importées d’Afrique du Sud ont pris l’ascenseur, bien que le mouvement de la roupie vis-à-vis du rand soit resté plus ou moins stable. Des produits plus chers signifient une TVA plus conséquente. Voilà ce qui explique les prévisions rassurantes sur les recettes fiscales. Reste à savoir si les chiffres se confirmeront et si la baisse de la consommation ne va pas annuler les gains dégagés par les prix à la hausse. L’attente d’une augmentation des recettes de la fiscalité est d’autant plus aléatoire que le ministre a dû, vendredi, annoncer une nouvelle mesure d’amnistie partielle pour amener les tricheurs à régler leurs impôts d’ici fin décembre.

Vendredi, Renganaden Padayachy est redescendu sur terre et il a cette fois annoncé le chiffre de 14% comme étant celui du recul de l’activité pour 2020. Finie la myopie sur les berlines qui provoqueraient la reprise. Pour la croissance attendue en 2021, il y a eu, là aussi, un optimisme débordant. Si c’est vrai que l’on ne peut que mieux faire après avoir été au fond du trou, il n’y a pourtant pas de miracle possible à espérer dans les mois qui viennent, la pandémie connaissant une seconde vague dans les pays européens. Les prévisions de croissance de 9% de Renganaden Padayachy ont vite été douchées tant par la Banque de Maurice que par le FMI. C’est un 7,5% qui est prévu pour 2021— et encore — contre un 9% du ministre des Finances.

C’est avec cette toile de fond que le ministre est venu vendredi avec son nouveau plan de relance. Mais, à bien y voir, c’est plutôt un plan de relance électorale, voire électoraliste, qui a été présenté. Une somme de Rs 6 milliards pour les infrastructures. Lesquelles ? Les drains et l’asphaltage des routes dans les villages d’abord,  en raison du scrutin imminent, la réfection du pont Cavendish à Mahébourg pour faire oublier les plaies encore ouvertes du Wakashio et, ensuite, les villes défigurées qui devraient se voir offrir un lifting à la veille des municipales qui, normalement, devraient avoir lieu en juin 2021?

Voilà le plan de relance : drains, routes et eau. Sur l’eau, c’est à la limite du burlesque. Le 24/7 annoncé en grande… pompe en 2014 s’est transformé en 24/sec dans beaucoup de régions. La ponction de Rs 4 sur le litre d’essence que paie le consommateur appliquée en janvier 2015 et qui avait rapporté Rs 1,2 milliard, soit Rs 6 milliards sur cinq ans, devait être utilisée pour l’amélioration de la fourniture d’eau. Sauf que pas grand-chose n’a changé en cinq ans. Ils sont encore nombreux à toujours se plaindre d’une distribution erratique.

Renganaden Padayachy s’est fait surprendre vendredi par une question sur la nécessité d’explorer la filière du cannabis thérapeutique qui se développe à travers le monde, et à La Réunion, et qui pourrait être un secteur prometteur à côté de la culture de la canne, utilisée désormais dans la fabrication de produits cosmétiques par des marques grand marché, du thé et des produits bio. Le ministre a répondu qu’une telle éventualité ne figurait pas dans le programme gouvernemental du MSM et de son Alians Morisien. Et sa CSG ? Dans quel programme était la liquidation du fonds de pension et de la contribution ciblée selon que l’on soit salarié du public ou du privé?

Mais il va apparemment devoir s’habituer à tout et à son contraire. Sans la moindre explication. Comme cette annonce tonitruante du conseil des ministres de l’ouverture en douce du centre de soins pour les cancéreux le 23 octobre sans qu’il ne se soit passé quelque chose à cette date-là, vendredi, le Premier ministre étant probablement trop pris avec son parking à Ébène. On ne plaisante pas sur ce genre de questions et il ne sert à rien de faire semblant d’organiser quelque chose pour marquer l’octobre rose. Il vaut mieux ne rien faire que de donner de faux espoirs à des malades en attente de soins adéquats.