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Quand Pravind questionne Sherry

Responsable de je ne sais plus combien de ministères, en sus du premier d’entre eux, Pravind Jugnauth vient d’ajouter une nouvelle activité à la longue liste de celles qu’il pratique déjà. Celle de questionneur. C’est une activité qu’il ne pratique que lors des meetings MSM, pompeusement rebaptisés congrès, pas au Parlement où, pourtant, selon la Constitution, il doit rendre des comptes à la nation. Au Parlement, Pravind Jugnauth évite de répondre à certaines questions ou répond carrément – et expressément – à côté pour d’autres. C’est ainsi que quand on l’interroge sur les travaux à Agaléga, sa réponse porte sur les travaux à… Rodrigues. Quand des députés reprennent les interrogations de Shery Singh sur le sniffing, il répond qu’elles relèvent de la police à qui il a demandé l’ouverture d’une enquête. Le Premier ministre s’est longtemps réfugié derrière cette enquête policière – commencée sur des chapeaux de roues et qui semble au point mort – pour rester muet sur le sujet. Mais depuis la semaine dernière, à chacun de ses meetings, il questionne son ancien ami et conseiller principal devenu son ennemi préféré, Sherry Sing. Le tout avec la hargne – et le vocabulaire qui va avec – d’un ex-amant abandonné qui veut à tout prix détruire celui qui l’a quitté. Depuis quelques jours, Pravind interroge publiquement Sherry sur les activités d’une compagnie, dont ce dernier serait co-propriétaire avec son épouse, qui aurait fait du « business » avec une société appartenant à sa famille. Plus précisément, Pravind demande à Sherry où sa société a trouvé l’argent pour acheter une propriété vendue par Kobita, son épouse, et Sanjeev Ramdanee, son beau-frère. Pravind demande également à Sherry de révéler les comptes bancaires de cette ou ses compagnies à l’étranger. Mais ce que Pravind Jugnauth oublie de préciser, c’est que ces transactions ne datent pas de juillet 2022, mais de l’époque où Sherry était son conseiller, que leurs familles étaient plus que proches. À cette époque, Sherry et Pravind étaient des jigri dost, c’est-à-dire proches comme kanson ek simiz, en version créole. Si les questions de Pravind laissent entendre que les transactions de Sherry n’étaient pas nettes – et possiblement contre la loi – il faut lui demander pourquoi il ne les a pas dénoncées à l’époque ? Est-ce que être au courant d’un crime et ne pas le dénoncer ne fait pas de celui qui se tait un complice ?
Mais il n’y a pas que les questions que Pravind pose à Sherry pour tenter de le détruire, il y a d’autres. Comme celles posées dans le cadre des enquêtes ouvertes sur certaines décisions de l’ex-CEO de MT et les contrats qui ont été alloués durant son mandat. Pour essayer de coincer l’ex-CEO, la « nouvelle » direction de MT aurait fait appel à un cabinet d’enquête américain. En ce faisant, la nouvelle direction de MT ne fait que suivre la voie ouverte par Pravind Jugnuath. Pour enquêter sur les éventuelles attaques du réseau SAFE, il avait choisi de faire appel à de mystérieux experts indiens, en dépit du fait qu’il existe des compagnies mauriciennes tout à fait compétentes pour faire le travail. Tout comme il en existe d’autres capables de faire un audit des décisions de l’ex-CEO et dont les honoraires ne seront pas payés en dollars américains. Dans ces cas, et le Premier ministre et la nouvelle direction de MT démontrent leur manque de confiance dans les compétences locales. Par ailleurs, en ouvrant ces enquêtes, la nouvelle direction de MT oublie un élément fondamental : toutes les décisions – bonnes, mauvaises ou sujettes à caution – de l’ex-CEO ont été avalisées par l’ancienne direction. Qui, il faut le souligner, était composé du Secrétaire au Cabinet, du Secrétaire Financier et du Sollicitor General, les principaux hauts fonctionnaires du pays. Partant du principe de Bonne Gouvernance, universellement reconnu, qu’un conseil d’administration prend les décisions que le CEO de l’entreprise exécute, des surprises sont à prévoir. D’autant plus que l’on a l’impression que Sherry Singh semble avoir suivi à la lettre le conseil de Gérard Sanspeur, un autre ex-conseiller de Pravind Jugnauth : toujours garder une trace écrite ou sonore des décisions prises et des instructions reçues.
Avant de questionner Sherry, Pravind aurait dû s’assurer des réponses que ce dernier pourrait donner à toutes ses interrogations. Ainsi que celles de la nouvelle direction de MT. C’est, peut-être, à ce niveau que sera déclenché le tsunami, additionné d’un cyclone warning No 4, annoncé par l’ex-jigri dost de Pravind.

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