Il nous avait fait le coup l’année dernière. Le 25 mai 2020, après deux mois du premier confinement, une adresse solennelle du Premier ministre était annoncée. Lasse d’être enfermée depuis si longtemps, la population s’était mise devant son téléviseur dans l’attente d’une bonne nouvelle. D’une libération.

Que nenni! C’est un chef du gouvernement, avec une carte de la région de l’océan Indien, qui est venu se féliciter que les Chagos apparaissent comme territoire mauricien sur la mappemonde des Nations unies. Et pas un seul mot, ce soir-là, sur la Covid-19, ce qui avait provoqué un mécontentement généralisé, d’autant que la carte était datée de février 2020 et qu’elle commentait deux erreurs, celles de présenter Agaléga comme «Agaléda» et Rodrigues comme «Rodriges».

Après cette expérience pas spécialement réussie, on s’attendait à ce que la communication du chef du gouvernement, qui se veut partout dans le monde très solennel lorsqu’il s’agit du sujet de la Covid, s’améliore. Non, pas du tout.

A l’heure, ce mardi 23 mars, Pravind Jugnauth est venu faire des annonces, il est vrai, mais il n’a à aucun moment explicitement déclaré que le confinement était prolongé jusqu’au 31 mars. Il y a d’ailleurs contradiction entre le communiqué, un peu plus instructif, émis ce même 23 mars par les services de l’information officielle qui parle du 30 mars comme la date de la fin des restrictions sévères et le Government Gazette publié le lendemain, le 24 mars détaillant les mesures de confinement qui restent en vigueur jusqu’au 31 mars à 20 heures et des allègements qui interviennent après.

Dire les choses est peut-être un art qui n’est pas donné à tout le monde, mais s’exprimer de manière précise sur les faits est une obligation pour quelqu’un qui s’exprime au nom de l’Etat mauricien. On parle de virus, d’inquiétude généralisée là. Pas de place à l’improvisation ou aux approximations.

Le Premier ministre a, juste après sa brève allocution, été l’objet de toutes les railleries sur la Toile, les uns faisant des blagues plus ou moins intelligentes, et les autres s’amusant à procéder à des montages astucieux pour le tourner en ridicule. Il l’aura bien cherché.

Si la forme relève de l’à-peu-près, le fond n’est pas plus rassurant. Malgré les leçons de l’année dernière, il ne semble pas qu’il y ait de progrès notable sur la pratique de l’équité face au virus. Et que tout le monde, indistinctement, est soumis au même régime draconien.

Le cas de la maternelle de Floréal, région décrétée zone rouge et, territorialement cadenassée, pour reprendre une formule du député de l’endroit, Nando Bodha, est très révélateur de cette politique dégueulasse de deux poids, deux mesures, même lorsqu’il s’agit de santé publique.

Le directeur de MT, membre éminent de Lakwizinn et prince à ses heures, a un enfant qui fréquente cette école. Lui et les siens ont été dispensés de l’embarquement dans un transport de la Sécurité sociale escorté par la police jusqu’au lieu de leur quarantaine.

Et, pire, sa quarantaine à la «famille royale» n’a duré en tout et pour tout que quatre jours selon les explications foireuses du ministre de la Santé, qui sont aussi crédibles que celles qu’il balançait lorsqu’il justifiait les achats Covid de l’année dernière.

Les autorités veulent à juste titre sanctionner le couple de la Caverne, localité où habite Sir Anerood Jugnauth, qui a omis de rapporter à la Santé qu’il avait participé à la cérémonie de Katam du 7 mars à Forest Side. Oui, toute infraction au Covid-19 Act et au Quarantine Act de 2020 doit être dénoncée et punie.

Mais quid du médecin étranger dont l’enfant fréquente la même école maternelle que celui du «prince» Sherry et qui, lui aussi, a fait fi du protocole et qui a attendu des jours avant de se faire tester pour ensuite être diagnostiqué positif.

Pourquoi aucune mention de ce cas lors des points de presse quotidiens, bien que son comportement ait été dénoncé à la police? Parce qu’il est précisément proche d’un des animateurs? Et pourquoi n’a-t-il pas subi le même sort que le pilote Hofmann, alors que c’est de santé publique qu’il s’agit ici. Et son permis de travail? Tou korek?

Le DCP Jhugroo a fait tout un tam-tam sur un incident qui avait opposé l’avocat Roshi Bhadain à la police, alors qu’il sortait de la zone rouge samedi dernier. Or, voilà que Oliver Thomas, lui, se pavane à Petite-Rivière où se déroulait, lundi, un exercice généralisé de dépistage suivant la découverte d’un foyer à proximité, à Canot.

Aucune intervention du DCP Jhugroo sur cette présence très contestée par les élus locaux, bien qu’il ait été invité à donner des explications. Lorsqu’il s’agit de Roshi Bhadain, fort de sa troupe de 13 000 policiers, il est capable de venir, matin midi et soir, commenter à n’en plus finir, mais sur le nouveau poulain du Sun trust, c’est motus et bouche cousue.

L’enseignement à tirer de cette situation est que lorsque vous êtes le dernier quidam, mais que vous bénéficiez de la protection du Sun Trust, vous avez tous les droits, mais, par contre, si vous êtes dans l’opposition et, même un élu de l’Assemblée nationale, vous avez besoin d’attendre le décret du Premier ministre pour savoir quels sont vos jours de sortie. Et dans le même temps, les conseillers de district et des municipalités se déplacent librement avec leurs WAP. Une situation, en plus, totalement justifiée par le Premier ministre.

Nous ne sommes pas au pays de Merkel où une chancelière est capable de présenter des excuses publiques pour avoir pris la mauvaise décision de renforcer le régime de restrictions à Pâques.

Akot line fote? Elle n’a pas volé, elle ne s’est pas octroyé de privilèges indus, elle n’a pas menti, elle n’a pas été prise en flagrant délit de favoritisme ou de népotisme. Elle avait juste pris une décision qui n’était pas au goût de ses concitoyens.

Non, au risque de faire mentir la très belle chanson d’Elton John, «Sorry seems to be the hardest word», l’honnêteté commande toujours à un chef, qui se respecte et qui respecte les autres, de reconnaître ses erreurs et de faire amende honorable. Belle leçon!