— Je vais te dire une affaire qui te fera mari plaisir : je suis obligée de reconnaître que j’avais tort, toi.
— Quoi, qu’est-ce que j’entends ? Tu acceptes avoir fait une erreur ? Tu ne serais pas un peu malade ?
— Ecoute-moi donc, foutour va ! Je ne voulais pas croire ce que j’ai vu à la MBC, dimanche.
— Non seulement tu reconnais avoir fait erreur, mais tu regardes la MBC maintenant ! Il faut que tu ailles regarder un docteur, toi.
— Laisse-moi causer, don. Je ne sais pas pourquoi j’ai mis la MBC que je ne regarde pas. C’est le Bon Dieu qui m’a fait allumer la télévision.
— Si tu dis que c’est Dieu qui t’a fait regarder la MBC, c’est pas un docteur généraliste que tu dois aller voir, mais un docteur la tête !
— Écoute-moi bien : si tu vas continuer à faire tes commentaires n’importe, j’arrête de te raconter.
— Manman, ça qui s’appelle que tu es susceptible ça ! Allez, raconte-moi ce que tu as vu comme ça à la MBC.
— Avant, je dois reconnaître que tu m’as dit qu’il faisait de la politique enba enba, j’ai cru que c’était des rumeurs, pire…
— Mais qu’est-ce que tu es en train de raconter ?
— Voilà que tu recommences à me couper ! Tu ne peux pas fermer ta bouche un p’tit moment même ?
— Mais je ne vois pas du tout où tu veux en venir !
— Si tu me laisses finir, sans me couper la parole tout le temps, tu vas comprendre.
— Allez cause.
— Je ne sais plus ce que j’étais en train de dire…
— Tu disais que quand je t’avais dit qu’il faisait de la politique enba enba tu me voulais pas me croire…
— Franchement te dire, j’avais cru que c’était des palabres, colportés par des politiciens jaloux de son succès et de sa popularité et qui ne pouvaient pas réunir d’aussi grandes foules que lui.
— Ah, maintenant je vois de qui.
— Tu n’as dit que tu allais me laisser parler sans me couper la parole ! ? Et puis on avait dit que soi-disant il avait fait mettre les membres de son mouvement pour défendre les créoles sur la liste électorale du MSM…
— Mais c’est pas soi-disant.
— Mais tu vas finir de me laisser dire ce que je veux dire, à la fin ! ?
— Je voulais juste te dire que
— Tu causeras quand j’aurai fini de causer ! Et on a dit qu’il avait réussi à faire élire ses candidats en faisant campagne casiette casiette, et en donnant des mots d’ordre.
— Laisse-moi te dire une affaire…
— Ferme ta bouche, et laisse-moi finir, je te dis ! Et puis il a eu la messe du Tourisme et on a dit qu’il avait publiquement critiqué l’homélie du cardinal. Là aussi je n’ai pas voulu croire.
— Il faut que je te dise …
— Ce que tu peux être minante tu avais promis de…
— La bonne femme je ne peux plus fermer ma bouche. On sait qu’il a placé ses candidats aux élections. On sait qu’il a donné des mots d’ordre. Et puis on l’a entendu à la messe du Tourisme.
— Mais à la messe du Tourisme il avait juste dit qu’avant de critiquer il fallait « met le pays zoli », toi.
— C’était une réponse mari foutan au cardinal qui avait dit une semaine avant que le pays était en souffrance ! ! !
— Franchement te dire à ce moment-là j’ai pensé que c’était une question d’interprétation. Je ne pouvais pas croire que c’était vrai. Tout comme quand on a dit qu’il faisait partie de la fameuse kwizinn où il avait ses entrées. Pour moi, c’était des palabres et des rumeurs pour salir sa réputation. Je ne pouvais pas croire qu’il pouvait bénir des affaires comme ça.
— Tu sais il donne souvent sa bénédiction. Tu sais qu’il avait autrefois béni une écurie de courses ?
— Ne me dis pas !
— Je te le dis. Et que sans faire de la politique active et sans donner des consignes de vote, il avait dit qu’il fallait voter avec son cœur à une autre élection !
— Je n’étais pas au courant de ces affaires-là, moi. Je croyais sincèrement que les gens faisaient des palabres sur lui. Tu sais comme les gens sont à Maurice !
— Mais qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis sur lui ?
— Tu sais que je suis une bonne chrétienne et que je suis comme St Thomas : pour croire, il faut voir. Et dimanche dernier sur la MBC j’ai vu, toi.
— Qu’est-ce que tu as vu comme ça  ?
— Le deuxième sujet du JT était un reportage sur la Fédération des Créoles qui avait organisé une manifestation. Il y avait deux ministres et trois députés
— Tu ne savais pas que pour que la MBC couvre une manifestation il faut qu’il y ait au moins un ministre ou un député du gouvernement ?
— Et puis il y avait la first Lady et lui, toi. Il fallait voir comme il était content de virer, virer autour d’elle, de lui parler, de lui montrer des affaires, de lui expliquer des choses. De se comporter comme un vulgaire courtisan politique, toi.
— Mais ça fait des mois qu’on te dit qu’il se comporte plus en politicien qu’en homme d’Église.
— Je ne voulais pas croire, toi. Dimanche, non seulement j’ai vu, mais j’ai entendu, toi.
— Qu’est-ce que tu as entendu, comme ça ?
— Il a dit que le gouvernement faisait de bonnes choses et que les petits entrepreneurs devaient en profiter. Exactement comme tous ces courtisans que l’on voit dans les reportages de la MBC.
— En tout, il semblerait que lui a su bien profiter des facilités du gouvernement !
— Tu sais ce qui m’a plus dégoûtée dans ce reportage dimanche dernier ?
— Dis-moi.
— Il n’y avait aucune différence entre lui et les présidents des socioculturels qui viennent à la MBC dire que le gouvernement fait bien son travail que le PM est « enn tigit pli tipti ki Bondié ! » Il est pareil comme eux, toi !