— Hé toi, tu as vu cette affaire-là ?

— Quelle affaire ?

— Tu te rappelles que l’autre jour on parlait du soy du Premier ministre ?

— Oui.

— On avait dit qu’il devait aller voir un bon traiteur, un Malgache de préférence, pour tirer ce mauvais soy qu’il a sur lui ?

— Oui, je me rappelle qu’on a causé de ça. Mais pourquoi est-ce que tu me parles de ça ?

— Ne me dis pas que tu n’as pas lu le journal ?

— Il y a tellement de choses dans les journaux de quelle affaire tu veux parler ?

— Comment tu as pu rater ça ? Toi qui t’intéresses tellement à cette qualité de personnes-là ?

— Cette qualité de personnes-là ? Mais de quoi tu es en train de parler, là ?

— Mais des traiteurs, toi. Ça bann ki konn guetté ek faire ban travay la, comme on dit.

— Ma chère, pour un quelqu’un qui dit ne pas croire dans ces affaires-là, on dirait que tu connais bien le vocabulaire !

— Je me suis renseignée, toi. C’est en causant à gauche et à droite avec les gens que j’ai appris les mots.

— En tout cas, je peux te dire que tu es une bonne élève ! Alors, tu as changé d’avis ? Tu crois maintenant qu’il y a des affaires qui nous dépassent et qu’il y a des personnes qui ont un don pour voir et faire certaines choses ?

— Jamais de la vie. Surtout après ce que je viens de lire dans le journal !

— Mais qu’est-ce que tu as lu comme ça dans le journal, foutour va ! Ces jours-ci, j’ai pas eu une minute à moi pour regarder le journal. Ça même je ne comprends pas de quoi tu es en train de parler.

— Je n’arrive pas à croire que tu as raté cet article-là, qu’on ne t’a pas dit ! Mais je parle du traiteur du Nord, toi.

— Le traiteur du Nord, mais lequel ? Parce que laisse-moi te dire, si tu ne le sais pas, que dans le Nord, il y a plusieurs.

— Et tout cas, moi je te parle du traiteur qui a été arrêté par l’ICAC.

— Quoi : l’ICAC a arrêté un traiteur ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Est-ce que l’ICAC ne doit pas combattre la fraude et la corruption

— Laisse-moi te dire que pour une fois que l’ICAC est en train de bien faire son job !

— Tu entends bien ce que tu es en train de dire ? Que l’ICAC fait bien son travail ! Depuis quand est-ce qu’un bureau chargé de combattre la fraude et la corruption va arrêter une personne qui a un don spirituel.

— Quand cette personne supposée avoir un don spirituel, ce traiteur couillonne des gens et vole leur argent.

— Mais qu’est-ce que tu es en train de raconter ? Comment l’ICAC sait que ce traiteur a soi-disant volé de l’argent des gens qui vont le voir ?

— Parce que des personnes qui ont été volées ont porté plainte contre le traiteur

— Est-ce que ces personnes peuvent prouver ça ou bien est-ce que ce ne sont que des allégations et des palabres ?

— D’après le journal, on a toutes les preuves contre le traiteur.

— Tu sais bien que parfois les journaux racontent n’importe quoi. C’est la parole du traiteur contre celles des personnes qui sont allées le consulter. Tu sais comment à Maurice on est capable de salir les gens et de colporter les rumeurs !

— D’après le journal, l’ICAC avait eu toutes les preuves qu’il faut pour arrêter le traiteur et sa femme.

— Sa femme ! Parce que sa femme aussi est dedans ?

— Le journal dit que sa femme était son assistante et l’aidait dans son « travail ».

— Tu es sûre de ça ?

— Écoute-moi, je te dis ce que j’ai lu dans le journal. Que le mari et la femme qui se faisaient passer pour des traiteurs, pour des guérisseurs, disaient qu’ils faisaient de la magie noire et se faisaient payer pour leurs services.

— Tout ça, il y a dans le journal ?

— Oui, toi. On dit que l’ICAC les a arrêtés parce qu’ils ont été dénoncés par un couple qui avait des problèmes de santé qu’ils devaient soi-disant soigner. Le traiteur et la femme ont pris des millions de ce couple qui avait payé par virement bancaire.

— Ah bon ? Qu’est-ce que le journal a dit encore ?

— Qu’on a trouvé chez eux un crâne, des images de divinités, des poudres, des bougies, des montres, des bijoux, un computer et des téléphones portables ! Tout a été saisi. Qu’est-ce qui t’arrive : tu n’es pas bien ?

– Euh oui non ça va. Tu dis que l’ICAC a saisi les téléphones portables ?

— Oui. Comme ça ils vont avoir la liste des clients de ces traiteurs qui disaient lire dans l’avenir pour les arrêter ! Qu’est-ce qui t’arrive : ta figure a changé un seul coup.

— Je vais te dire une affaire, mais il faut que tu gardes ça pour toi. Promis, juré ? Un quelqu’un m’avait parlé de ce traiteur du Nord.

— Tu le connais alors ?

— Non. Pas du tout. Comme je t’ai dit un quelqu’un m’a parlé de lui, j’ai eu son numéro de téléphone et j’ai appelé pour prendre un rendez-vous tu m’as dit que l’ICAC a saisi ses portables ils vont avoir mon numéro alors Ayo toi, je suis tracassée un coup-là, je te dis. Tu crois que l’ICAC va me convoquer ?

— A mon avis, il n’y a qu’une seule manière de répondre à cette question ?

— Quelle manière ?

— Va voir un autre traiteur pour qu’il regarde dans ton avenir si tu dois attendre une visite de l’ICAC !