Trop occupé ailleurs. A l’Assemblée nationale, à “taper coma ban zako” (Pravind Jugnauth dixit) et à applaudir n’importe quelle connerie, le gouvernement a, pendant de longs jours, laissé le Wakashio, échoué sur nos côtes dans des circonstances qui ne sont pas encore établies, couler et déverser toute son huile dans le lagon d’un des plus beaux sites du Sud-Est. 

Le gouvernement était très occupé depuis la date de l’échouage du vraquier parce que ça tombait vraiment très mal: il était en pleine campagne électorale pour faire plébisciter son poulain Somduth Dulthumun à la tête de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation. Conseillers au Prime minister’s Office, ministres, PPS et députés, ils étaient tous mobilisés. 

Avec le genre de double adoubement que leur candidat avait eu, une nomination au conseil d’administration de la BDM et même la présidence du Museums Council, gages d’une confiance absolue dans le candidat, les canvasseurs avaient pensé que c’était dans la poche. Or, grosse surprise et immense déception dimanche: le candidat du MSM a été battu par un néophyte. 

Après ce revers, ils ne se sont pas rendus de toute urgence à Pointe d’Esny pour parer au plus pressé. Non, le gouvernement était toujours très pris par une tentative de gagner le nouveau président de la MSDTF à sa cause, mais aussi à préparer les meetings parlementaires du Premier ministre, comme celui qu’il a tenu mardi sur le Finance Bill, où il a immanquablement parlé de Navin Ramgoolam, son obsession permanente, on dirait. 

S’il a semblé s’en foutre comme de sa dernière chaussette du sort du Wakashio et qu’il était plus pris par cette mesquinerie qui dure depuis un mois, qui est d’organiser la motion de blâme contre Sooroojdev Phokeer en mode nocturne, ses ministres directement concernés n’ont montré aucun intérêt non plus pour le dossier, à part répéter ad nauseam, que le “protocole” — dont on ne sait rien — est suivi et que la situation est “sous contrôle”. 

Kavi Ramano, ministre de l’Environnement, et donc, responsable au premier chef du suivi de cette grave affaire, était, comme beaucoup de ses collègues, bien plus préoccupé par son allocution sur la motion de blâme contre le Speaker et à commenter l’entente de l’opposition qui semble les hanter ou les tourmenter, puisqu’ils n’ont pas vanté les grandes qualités du Speaker mais ont déployé toute leur énergie à parler des leaders des partis de l’opposition. 

Quant au ministre de la Pêche, Sudheer Maudhoo, il est bien parti pour surpasser Prem Koonjoo, avec ou sans baleine. Et ce ministre est censé piloter le dossier de l’économie océanique ? Celui qui croit être doté d’un sens de l’humour aigu dit n’importe quoi. A l’Assemblée nationale et ailleurs. 

Alors que les images de l’horreur faisaient déjà le tour du pays et même du monde depuis jeudi, des suppôts du régime utilisaient la MBC et leurs relais complaisants pour prétendre le contraire et accuser ceux qui voulaient alerter du danger imminent d’une marée noire de manipulation et de circulation de fausses nouvelles. Aucune admission de s’être lourdement et dangereusement trompés ensuite, ni des autorités ni du porte-parole de la police. 

Ce n’est que le lendemain, vendredi, que les autorités ont pris la mesure de la catastrophe qu’ils n’ont rien fait pour éviter, alors qu’ils auraient du intervenir tout de suite et rechercher l’expertise là où elle existe, ici même et ailleurs, chez nos voisins immédiats, par exemple. 

Des Mauriciens, ingénieurs et habitués de la mer, se sont exprimés depuis le début. Ils ont fait des suggestions, mais ils n’ont été ni écoutés ni entendus. D’autres ont proposé des produits et leur aide au ministre de l’Environnement, sans aucun retour. Ni même un refus poli. De quoi pousser à la colère et à l’exaspération générale. 

Et ce n’est qu’après quinze jours que le Premier ministre est venu reconnaître que ni lui ni son équipe ne maîtrisaient rien, qu’ils étaient démunis, en manque d’équipements et d’expertises pour gérer la situation. Attendre tout ce temps pour ce mea culpa est impardonnable. 

S’il dit ne pas disposer de toutes les compétences techniques, il semble quand même avoir un conseiller omniscient et omnipotent qui se croit autorisé à parler de tout. Et surtout de ce qu’il ne connaît pas. Ken Arian, qui est aussi président de AML, qui a, comme bilan, le renvoi du syndicaliste Sharvin Sunnassee et une réclamation de Rs 10 millions à un autre collègue qui appris sa défense, et qui est aussi celui qui décide au CEB, était allé défendre le budget à la radio et, hier, il pérorait même sur le Wakashio. Ceux qui sont mandatés, payés des fonds publics pour agir et s’exprimer se cachent. Dans la honte probablement. 

Et dire que c’est le pays qui a les moyens d’installer du béton et des ponts partout, à imposer le coûteux métro, dont la rentabilité reste à établir, et qui se gargarise de “smart island” et d’intelligence artificielle. Où sont nos priorités? Quel est l’état de préparation et d’impréparation du National Coast Guard? 

Après une faillite totale dans la gestion de ce drame écologique, place maintenant à la tentative de récupération. Si on peut comprendre l’absence de Bobby Hureeram, souffrant, on a quand même très peu vu sur le terrain depuis le 25 juillet les autres représentants du No 12, Mahébourg/Plaine-Magnien, que sont Stéphane Toussaint et Kavi Doolub. 

Depuis vendredi, alors que des Mauriciens s’organisent pour limiter l’expansion de l’huile lourde, des opportunistes notoires, élus du gouvernent et attachés de presse, se font voir, tout sourire au front de mer de Mahébourg comme s’ils étaient à une “photo shooting”. Aucune décence. Pas la moindre once de dignité.

Heureusement ou malheureusement que nous ne sommes pas le Liban où le peuple sait se faire entendre. Avant et surtout après une catastrophe. Lorsqu’un gouvernement se fout de la gueule de son peuple, il ne reste, en effet, plus que la rue. Au prochain 11 juillet…