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Un exercice contraint

Le budget 2022/2023 est un exercice contraint. Pas de quoi pavoiser ni jouer au kaser paké. Il n’avait d’autre choix que de venir, enfin, soulager cette majorité de Mauriciens, petits salariés, travailleurs indépendants et classe moyenne après leur avoir infligé des mois de misère et de torture. Tous les tap latab n’altéreront pas ce fait.

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Il ne faut quand même pas oublier que la population a reçu, coup sur coup, de nombreux coups de massue depuis l’année dernière. Les augmentations successives des prix du carburant ont conduit des familles à laisser leur voiture au garage pour ne les sortir que les dimanches. Celles des produits alimentaires ont littéralement vidé les poches des consommateurs.

Le budget 2022/2023 ne pouvait être autre qu’un pansement obligé sur les grosses plaies restées béantes depuis près de deux ans. Le gouvernement a reçu suffisamment de signaux lui indiquant qu’il lui fallait agir d’urgence pour mettre un frein à la paupérisation générale.

Il ne faut pas oublier que les manifestations d’énervement et de colère de la population se sont multipliées parce qu’elle ne pouvait plus supporter que, pour toute réponse à sa soif de justice, de réparation et de solidarité, elle n’a eu droit qu’à la désinvolture d’un gouvernement bien plus préoccupé à faire la queue à l’aéroport, pour une escapade à Dubai.

Lorsque de paisibles villageois, privés d’eau potable, crient leur exaspération, lorsque des ministres doivent déguerpir à toute vitesse de leur circonscription et sous forte escorte policière, lorsqu’un maire et un PPS sont malmenés en public et que le “gopia” fuse en leur direction et que les gens descendent dans la rue pour exprimer leur mécontentement, qu’ils brûlent des pneus et saccagent ce qui représente des symboles de l’État, c’est que le message est limpide et le signal, très fort.

Le gouvernement ne pouvait plus faire mine de ne rien entendre. Sa réponse aurait, au contraire, pu venir plus tôt, comme cela s’est fait dans nombre de pays dès que la facture des commodités a connu un brusque mouvement à la hausse.

Mais vaut mieux tard que jamais, le budget est venu, un tant soit peu, éteindre les braises et permettre de souffler en attendant, ne nous y méprenons pas, que les prochains coups de massue, comme l’augmentation des tarifs du CEB, si ce n’est une nouvelle majoration des prix du carburant et des produits alimentaires, ne viennent de nouveau contrarier les consommateurs.

Le coup de pouce aux retraités, lui, était impératif. Il corrige une terrible injustice qu’ils ont dû subir depuis 2019. S’il c’est vrai que la pension a été revue à la hausse juste après les élections générales, elle est restée au point mort pendant 3 ans.

Pas un sou de compensation depuis 2019, alors que les prix, surtout ceux des produits de base et des médicaments, montaient en flèche. Ce n’est que justice rendue à nos aînés qui pourront, enfin, organiser leur fin de mois sans sueur froide ni augmentation de la tension artérielle.

Il en est de même de la taxe municipale. Elle a été abolie après 3 ans d’attente d’une promesse électorale non tenue. Tant mieux parce que c’était devenu une escroquerie. Discriminatoire avec ça ! Dans la mesure où ceux qui ne paient rien ailleurs avaient droit à des prestations bien plus relevées.

Qui est le contribuable qui est satisfait de la gestion de sa ville? À part la voirie, et encore, rien sur le plan de l’aménagement des villes, sur le plan culturel ou sportif. Il vaut mieux de pas parler des terrains en friche, de la saleté, du mauvais état des espaces publics et des routes impraticables ! Plus de taxe en ville, tant mieux, mais on peut espérer que les services ne deviennent pas plus médiocres encore.

Il y a eu beaucoup d’interrogations sur le financement de tout ce qu’a annoncé le ministre des Finances. “Waoww”, se sont exclamés ceux qui se seront laissés aller à un enthousiasme déplacé. Or, il ne faut pas se laisser impressionner d’autant que, de toute façon, il faut toujours se souvenir qu’il y a, quelque part, quelqu’un qui paie. Et celui-là, il est vous et moi, le contribuable.

Si l’on met de côté les financements hors budget, vraie manne qui peut servir à n’importe quelle extravagance pré-électoraliste, il reste tout ce qui a été engrangé comme revenus provenant de la taxe et de la contribution sociale généralisée, qui aurait dû aller en totalité dans un fonds de réserve et d’investissement judicieux, porteur et rentable pour assurer les pensions à venir.

Ainsi, avec un prix de l’essence qui a considérablement augmenté, ce sont les taxes, qui comptent pour presque moitié du prix payé à la pompe, qui prennent eux aussi l’ascenseur. Et lorsque le gouvernement affirme qu’il a maintenu les subsides sur le riz et la farine et autres commodités, sur un ton tellement emphatique que cela pourrait donner à penser que l’argent sort des poches des ministres, il faut savoir que ce sont les automobilistes eux-mêmes qui subventionnent le riz, la farine et le gaz ménager.

En terme de revenus, il a aussi été annoncé que le gouvernement cédera quelques entités qu’il avait été obligé de nationaliser après avoir organisé la mise à mort de l’ancienne BAI. Un gouffre de Rs 22 milliards que le contribuable a financé.

Vu l’état de la Maubank  et de la National Insurance Company, on a peine à croire que ces deux rescapés, qui restent en vie uniquement parce qu’ils ont été sous perfusion quasi permanente, trouveraient preneurs pour une somme supérieure ou égale à la totalité des fonds publics injectés pour les maintenir à flot. C’est plutôt une autre braderie qui est à craindre.

Quant à la sécurité alimentaire, sujet devenu encore plus urgent après la pandémie du Covid et la guerre russo-ukrainienne, pas sûr que les belles paroles prononcées mardi soient suffisantes pour booster la production locale. Il y a d’abord l’aménagement spatial à résoudre. Continuer avec le bétonnage et la conversion de vastes parcelles de terres agricoles, c’est retarder l’autosuffisance. Autant dire que tout reste à faire…

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