Non, cela n’est certainement pas à prendre au premier degré. Un gouvernement qui n’a recueilli qu’un tiers des suffrages populaires ne peut pas être en béton. Mais c’est plutôt son goût immodéré pour ce matériau qui pose problème et qui doit interpeller ceux qui veulent que l’âme mauricienne soit préservée. Il n’y a qu’à faire le trajet entre Phœnix et Trianon, moins d’un kilomètre, pour se rendre compte que toute la région a été transformée en labyrinthe de ponts surélevés successifs qui, eux-mêmes, vont côtoyer le métro. Décongestionner c’est bien, mais lorsqu’on a fini de dépenser des milliards sur le carrefour névralgique de Pont Fer, on va vite s’apercevoir que le bouchon va se déplacer un peu plus loin et l’on sera très vite revenu à la case départ.

Dans d’autres pays, l’avènement du transport de masse a été accompagné de mesures visant à encourager les usagers d’autres modes de déplacement à opter pour le métro, non seulement pour rentabiliser les investissements lourds que requiert ce type d’infrastructure, mais aussi pour décourager les automobilistes à utiliser leurs véhicules et ainsi procéder vraiment à une décongestion routière. Ailleurs, le métro a été le prétexte ou l’occasion de repenser et de réinventer l’aménagement urbain. C’est en empruntant des zones piétonnières, des parcs, que l’on rejoint la station de métro la plus proche et, sur certaines grandes lignes, il n’est pas rare d’avoir des compartiments réservés aux utilisateurs de vélos qui peuvent les embarquer dans le métro et ainsi poursuivre leur trajet en pédalant tranquillement jusqu’à leur destination. Une approche intégrée, un tout qui est parfaitement respectueux de l’environnement.

Ici, on a décidé de faire tout en même temps. Tout cela additionné, cela fait des sommes colossales. Des dettes surtout qu’il faudra rembourser. Commet si c’était un jeu de qui veut dépenser des milliards. On met gros dans le métro, mais on construit aussi ponts et échangeurs un peu partout pour faciliter le passage des véhicules et ces nombreux autobus fumigènes, ceux de la corporation nationale de transport surtout, qui polluent l’air et qui ne semblent pas préoccuper les autorités qui se gargarisent de slogans creux sur l’environnement.

Le bétonnage tous azimuts que privilégie ce gouvernement produit également un autre massacre, celui des arbres centenaires. Pour construire des drains près de l’école Raoul Rivet à Port-Louis, les autorités n’ont pas hésité à abattre des arbres centenaires. Sur le tracé du métro, c’est à pleurer. À Quatre-Bornes, parce que les taximen ont refusé de se déplacer, ce sont les jolis jacarandas qui faisaient le charme du centre-ville qui ont été sacrifiés. À l’avenue Sivananda entre Curepipe et St-Paul, il y a des démolitions accélérées de bâtiments historiques qui ne semblent nullement émouvoir le gouvernement en béton. Avec son ministre au titre pompeux du « patrimoine culture » mais qui n’a rien à cirer, en fait, du patrimoine. Cette jolie petite construction tout en bois, une ancienne gare qui abrite le siège du Mauritius Underwater Group à Phœnix, semble être vouée à la disparition alors qu’elle ne gêne personne, si ce n’est que ce patrimoine est très agréable à regarder avant de tomber sur les mastodontes rebutants du rond-point de Jumbo.

On ne sait pas si le modèle en matière d’esthétique est cette horreur qui s’appelle le marché à l’encan de Wooton, avec son marbre vert fluo, voyant et agressif mais, si c’est comme cela que les bâtiments publics vont se décliner, on est foutu. N’y aurait-il pas une architecture mauricienne comme il y en a dans les îles voisines qui ont su garder leur âme et leur charme. Et dont raffolent ceux qui visitent ces pays qui ont su garder leur authenticité. Et qui ont de quoi vendre aux visiteurs étrangers désireux de fuir leur propre agglomération parfois étouffante pour un vécu à taille humaine et le respect de la nature.

Puisque ce gouvernement aime le béton et qu’il encourage le privé à construire n’importe quoi sur le littoral, pourtant grandement affecté par un phénomène d’érosion sans précédent, il semble qu’il ait passé aussi des contrats dans le même matériau avec le service public qu’il croit représenter son bassin électoral au même titre que les personnes âgées faciles à embobiner. Le tableau rendu public par la Mauritius Revenue Authority sur les cotisations à la Contribution sociale généralisée qui, il ne faut pas arrêter de le rappeler, ne figurait nulle part dans le programme gouvernemental de Lalians Morisien, a de quoi provoquer le salarié du privé qui va payer doublement. Une première fois pour lui-même, ce qui est normal, et, une seconde fois, pour les fonctionnaires, puisque c’est le gouvernement qui paiera à leur place, soit avec l’argent des contribuables, dont ceux du privé.

Et c’est dans le même esprit de favoriser les salariés du public que, face au tollé soulevé par les prix de la quarantaine imposés aux Mauriciens, que le gouvernement est venu avec une belle trouvaille hier. Les fonctionnaires pourront utiliser leurs « passage benefits » pour financer les frais de séjour dans les hôtels de leurs proches. Quant au citoyen lambda qui a été forcé de défoncer sa tire-lire pour financer son séjour prolongé à l’étranger en attendant que le gouvernement décide de le laisser rentrer dans son pays, il devra contracter un emprunt pour financer son retour au pays. Si ce n’est pas la discrimination, c’est quoi ? Et lorsqu’on sait que ceux qui sont restés longtemps loin de nos frontières ne sont pas certains de se faire réembaucher, on peut imaginer la détresse qui les envahit.

Et le Premier ministre qui choisit des plates-formes socioculturelles pour parler d’opportunités et qui se fait le grand chantre de l’égalité. C’est aussi crédible que la « marche » forcée qu’il va entreprendre demain et son discours sur l’unité pendant que ses disciples pétris de haine communale veulent sabrer ce que lui-même décrit comme les « zot ».

josie lebrasse