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Une affaire d’oxygène

Bien que Steve Obeegadoo affirme le contraire sur tous les tons et dans au moins deux langues, la situation sanitaire est grave et elle le sera tant que nous n’aurons pas atteint le pic du variant Delta.

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C’est le ministre de la Santé qui l’a affirmé, et ce, alors qu’il n’était pas encore question du nouveau et inquiétant variant du covid 19, l’Omicron (B 1.1.529 ) qui a poussé plusieurs pays à fermer leurs frontières avec l’Afrique du Sud. Il existe à Maurice une flambée de cas positifs des premiers variants et la menace de l’Omicron: nous sommes, donc, comme le disait Cassam Uteem, dimanche dernier, «en situation d’urgence sanitaire.» Une situation dont la gestion devrait avoir priorité sur tous les autres sujets.

C’est dans cette perspective que le leader de l’opposition – dont les questions parlementaires sont de plus en plus pertinentes et percutantes – a demandé que l’ordre du jour du Parlement soit remplacé par un débat d’urgence sur la situation sanitaire. Mais la gestion de la situation sanitaire du pays n’est pas la priorité du gouvernement MSM/ML/transfuges. C’est ce que son chef, le Premier ministre, a fait comprendre en rejetant la motion du leader de l’Opposition.

Pour le gouvernement, la priorité des priorités c’est de débattre sur le « toilettage » de l’Independent Broadcasting Authority qui permettra, entre autres, à cette autorité, qui est tout sauf indépendante, d’obliger les journalistes et animateurs de radios à lui révéler les noms, adresses et numéros de téléphone de leurs sources. Surtout celles qui seront jugées trop critiques de l’action gouvernementale et des performances des ministres. Les autres, celles qui, comme la MBC, se comportent comme les haut-parleurs ou les brosses à reluire de l’Hôtel du gouvernement et de la kwizinn n’ont rien à redouter de l’amendement.
En parlant de performance, il faut retenir une autre démonstration du ministre de la Santé, capable de dire tout et son contraire sans le moindre problème.

Il a tenu une conférence de presse, cette semaine, pour affirmer qu’il n’y a pas eu et qu’il n’y aura pas de pénurie d’oxygène médical dans le service hospitalier. Cette affirmation est démentie par la lettre – le SOS – que son chef de cabinet a envoyée à l’ambassadrice de France pour lui dire que « notre pays a besoin en urgence d’oxygène » et demander des facilités pour une importation rapide de gaz de La Réunion. Si, comme le ministre l’affirme, il n’y avait pas de problème d’approvisionnement en oxygène médical dans les hôpitaux, pourquoi est-ce que le gouvernement a envoyé d’urgence le « Barracuda » à La Réunion chercher le gaz que celui qui a obtenu le contrat d’approvisionnement est incapable de fournir ? D’autant plus qu’il est plus un agent qu’un fabriquant puisqu’il s’approvisionne sur les marchés asiatiques, ce qui nécessite quelques semaines pour le transport du produit jusqu’à Maurice. Cette affaire d’oxygène illustre la manière dont fonctionne le gouvernement MSM/ML/transfuges.

Au lieu d’allouer le contrat de fourniture à des entreprises ayant un passé et de solides références, on s’arrange pour que ce soit un petit copain qui l’obtienne. Sans même faire provision dans le contrat pour une augmentation substantielle du produit pour faire face à la demande qui ne pouvait qu’augmenter considérablement, eu égard au covid 19, dont une des caractéristiques est de s’attaquer au système respiratoire de ses victimes. Le ministère de la Santé a été incapable de faire une prévision de l’évolution de l’épidémie et d’augmenter ses achats en oxygène pour y faire face. Résultat de la politique de « protez nou bann dimounn »: c’est dans les poches des contribuables qu’on va puiser les centaines de milliers de roupies pour payer les frais d’achat et d’importation de gaz indispensable au service hospitalier mauricien depuis La Réunion.

Restons sur l’appel d’offre pour la fourniture de gaz médical. Depuis le changement de gouvernement, c’est celui qui n’a pu fournir le produit qui obtient le contrat, alors que les offres des deux plus anciennes compagnies sont rejetées. Quand elles ont voulu faire un joint venture pour optimiser leurs coûts de production, elles ont été accusées de vouloir instaurer un cartel, et une enquête a été ouverte. Quand la situation s’est détériorée, ce sont ces deux entreprises qui se sont organisées pour venir à la rescousse de celui qui avait obtenu le contrat mais ne pouvait le respecter.

C’est grâce aux contacts de deux entreprises que l’achat et le transport d’oxygène ont été organisés le plus rapidement possible, ce qui a possiblement permis de sauver des vies. Savez-vous comment les deux entreprises ont été remerciées ? Elles viennent de recevoir un papier de la Competition Commission les informant qu’elles ont droit à une amende de Rs 2 millions pour collusion. Selon cette logique, ces deux compagnies auront sûrement à payer une autre amende pour avoir travaillé ensemble afin d’éviter une pénurie d’oxygène médical au service hospitalier mauricien…

Jean–Claude Antoine

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