En dépit du fait qu’il affirme le contraire, le gouvernement est, malgré sa majorité parlementaire et ses goalkeepers, officiels ou embusqués, sur la défensive.

Sinon, pourquoi mettrait-il au point ces stratégies désastreuses qui finissent par se retourner contre lui? S’il n’avait rien à redouter des questions du leader de l’opposition, pourquoi est-ce qu’il s’est arrangé, en utilisant le Speaker et l’ordre du jour, pour qu’il ne puisse pas les poser?

Si le dossier Angus Road ne contenait rien de répréhensible, si celui de la mort de Soopramanien Kistnen, le suicidé qui, on l’a découvert grâce à l’enquête judiciaire, était, en fait, un assassiné, ne comportent pas des éléments troublants, gênants, pourquoi mettre tant d’énergie à tenter d’empêcher qu’ils soient ouverts? Si les questions de Shakeel Mohamed ne causaient pas de dégâts, pourquoi l’expulser et le suspendre du Parlement aussi fréquemment? Si les émissions de Top FM sur les deux affaires précitées, avec le concours d’avocats qui savent utiliser le micro, ne suscitaient pas d’aussi troublantes et inquiétantes questions, est-ce que l’IBA aurait, une fois de plus, essayé de censurer cette radio? Il faut dire qu’à chaque fois que l’IBA s’en prend à Top FM avec ses suspensions, elle lui fait gagner des centaines de nouveaux auditeurs.

D’autant plus que le prétexte utilisé cette fois est plus que ridicule: des paroles prononcées dans une émission diffusée… l’année dernière! Toutes ces tentatives pour détourner l’attention des dossiers qui gênent le gouvernement ne font que braquer sur eux les projecteurs de l’actualité, car les questions que l’on empêche de poser au Parlement le sont sur certaines radios et certains titres de presse.

Les indépendants, pas ceux qui se comportent comme des MBC bis. Les émissions que l’on essaye de censurer sur la bande on peut les écouter sur les réseaux sociaux et sur internet.

Nous vous le disions dimanche dernier: Maurice ressemble de plus en plus à une série mafieuse qui n’aurait rien à envier aux meilleures productions des sites de téléchargement. Les épisodes de la semaine écoulée confirment cette affirmation. Pendant que l’enquête judiciaire fait apparaître des faits de plus en plus troublants, journellement commentés par les avocats sur les ondes de… Top PM, le gouvernement et le commissaire de police ont demandé aux avocats plus de retenue.

Le CP a tenu une conférence de presse de moins de trois minutes pour faire passer le message! Il a été suivi par le ministre Lesjongard, un des habitués des conférences de presse destinées à attaquer l’opposition que certains surnomment les «aboyeurs du MSM». Le ministre du Tourisme a trouvé que dans le cadre de l’affaire Kistnen «l’opposition était en train de développer une stratégie pour semer la psychose dans le pays». Il a ajouté que les avocats engagés dans cette affaire font des déclarations qui dégradent nos institutions. Est-ce créer une atmosphère de psychose pour un membre de l’opposition que de dire qu’il est choqué qu’un agent du MSM déclaré suicidé par la police a été, en fait, assassiné? Que son épouse est déclarée comme Constituency Clerk par un ministre, alors qu’elle n’a jamais touché un sou pour ce travail? Qu’un Premier ministre se fait enquêteur et magistrat pour innocenter son ministre, alors qu’une enquête judiciaire est en cours? Est-ce que les avocats qui commentent l’actualité de l’enquête judiciaire «dégradent les institutions» quand ils révèlent que la police, Mauritius Telecoms et le ministère de la Technologie jouent au pas moi ça, li ça pour tenter d’expliquer qu’il est impossible de retrouver les dernières images de l’agent politique assassiné sur les archives des cameras de Safe City qui ont coûté Rs 19 milliards? On n’a pas besoin de dégrader certaines de nos institutions, elles le font très bien elles-mêmes!

N’en déplaise au ministre du Tourisme, l’atmosphère de psychose et la dégradation des nos institutions suivant les révélations de l’enquête judiciaire vont reprendre à partir du 15 janvier quand, à la demande de la magistrate, seront produits les derniers contrats de la State Trading Corporation, dont ceux des équipements médicaux et médicaments octroyés en urgence pendant le confinement à des bijoutiers, des poissonniers, des quincailliers et des parents des membres de la direction de la même STC. Est-ce que le ministre reconnaîtra alors que, comme commencent à le dire les Mauriciens, une atmosphère mafieuse règne dans le pays, plus particulièrement dans certains ministères?