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Une opacité qui tue

C’est comme ça depuis le début de l’année. Pravind Jugnauth étant à lui seul plus fort que le Covid, selon ses cireurs de pompe, Maurice a été présentée comme l’exception mondiale en matière de réussite à vaincre la pandémie. On aurait même fait mieux que ceux qui ont trouvé le vaccin et qui l’ont administré depuis la fin de l’année 2020.

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Après le discours triomphant, anesthésiant même, place ensuite à la minoration continue de faits. Lorsque les choses ont, en début d’année, commencé à s’aggraver et que des patients dialysés ont commencé à mourir les uns après les autres, une quinzaine au total, la thèse officielle était qu’ils étaient déjà fragiles et que l’infection au Covid les a naturellement achevés.

Ils avaient, en fait, pour la plupart, été infectés lorsqu’ils étaient en quarantaine. Et s’ils n’avaient pas été parqués ensemble, atteints du Covid ou pas, certains auraient été encore parmi nous aujourd’hui.

Malgré cette hécatombe et l’énorme émoi qu’elle avait suscité au sein de la population, et un Fact Finding Committee institué sous la pression des proches et de l’opinion, on ne connaît toujours pas les tenants et les aboutissants de cette enquête et, pire, le discours est resté le même: tout va très bien, madame la marquise: le Premier ministre miracle est là: il terrassera tout et c’est le Covid qui trépassera.

Et pendant que la maladie progressait de manière exponentielle dans la communauté et que le nombre de morts commençait à se compter par dizaines chaque jour, le ministre de la Santé a invariablement repris son refrain “everythiiiiing is under control”. Ceux qui prétendent le contraire ne seraient que des démagogues.

C’est ainsi qu’après avoir contesté les observations des professionnels de la santé, de l’opposition et de son leader, Kailesh Jagutpal a dû convoquer la presse en urgence un vendredi matin, le 19 novembre, avant même la réunion du conseil des ministres, pour venir reconnaître que “nous traversons une phase critique” et que l’on n’a pas encore atteint le pic de la pandémie.

Sur le variant Delta, même chose, aucune transparence sur les échantillons soumis au séquençage et de l’ampleur de la présence de ce variant très contagieux dans le pays qui doit, par ailleurs, être le seul au monde à ne pas oser dire avec quel vaccin il administre ces jours-ci les premières doses à sa population.

Après avoir accusé Xavier Duval d’avoir critiqué l’efficacité du vaccin chinois Sinopharm, ce qui est un fait mondialement reconnu, et accepté et justifié l’injection d’une 3e dose après les deux premières doses du même vaccin, le ministre de la Santé a fini par annoncer que le Sinopharm ne sera plus administré comme dose de rappel, et que les vaccins Pfizer et Jansen sont utilisés.

La transparence n’étant pas une des qualités premières de ce gouvernement, Alan Ganoo, qui a justifié le paradoxe et l’énormité de 60 passagers dans un autobus fermé, s’est offusqué que le leader de l’opposition ait déposé sur la table de l’Assemblée Nationale copie d’un lettre d’appel au secours à La Réunion pour obtenir de l’oxygène.

Pourquoi? Qu’est-ce qu’il y avait à cacher? Pourquoi les porte-parole du comité national ne sont-ils pas venus dire aux Mauriciens que le pays se tourne vers des pays voisins pour une augmentation de ses capacités en soins?

Non, faut tout cacher, même si les communiqués du conseil des ministres sont truffés de trivialités les unes plus insipides que les autres. Voilà une information, l’appel à l’aide à un voisin qui aurait été d’utilité publique et qui aurait eu, en plus, le mérite de rassurer que nous sommes pas seuls dans notre combat contre la pandémie.

Ce déficit en terme d’équipements de soins serait tributaire à l’octroi du contrat en fourniture de bouteille d’oxygène. Une vraie saga où l’on retrouve le Samlo du transfuge Mahen Gowressoo. Sil était, selon ce qu’il en a lui-même dit, un “poupett” au sein du conseil des ministres présidé par Navin Ramgoolam, il semble qu’il ait pris de l’épaisseur et de l’importance depuis qu’il s’est rapproché du MSM.

Comment, dans une telle situation aberrante de manque cruel d’équipements de première nécessité, ne pas comprendre ceux qui laissent exploser leur colère qu’un gouvernement puisse dépenser Rs 4,5 milliards pour moins de quatre kilomètres de tramway entre Rose-Hill et Réduit ?

Tout juste parce que la dernière agglomération nommée, qui abrite l’université de Maurice, se trouve au no 8, alors que sur un trajet d’une telle distance, ailleurs, ce sont des pistes cyclables pour vélos et trottinettes qui sont aménagées, lorsque les étudiants ne marchent pas carrément pour se rendre à la faculté. Et ce sont les mêmes qui vont venir parler de population malade et de comorbidités bien trop répandues au sein de la population mauricienne.

Entre extravagance et manque de transparence, on ne sait plus qui l’emporte. Le Parlement est devenu un véritable cluster mais, là aussi, les informations sont distillées avec parcimonie sur les élus infectés. Dans quel pays au monde l’absence d’un Speaker pendant trois semaines n’est pas du tout justifiée ni expliquée?

Ailleurs, on sait lorsqu’un Premier ministre, un ministre, un joueur de foot est infecté ou astreint à l’isolement, ou quand il est entré en soins et quand il en est sorti. Ici, tous les mardis, il y a des absents sur les bancs du gouvernement.

Tout comme Sooroojedev Phokeer, Kavi Ramano, Renganaden Padayachy et Joe Lesjongard n’ont pas mis les pieds dans l’hémicycle depuis trois semaines. Rien ne serait-ce que par respect pour ceux qui siègent et qui pourraient croiser des infectés comme Sudheer Maudhoo qui toussait derrière son masque, mardi dernier.

Cette opacité qui tue ne peut plus continuer. Elle se pratique à tous les étages. Le temps est venu de dire toute la vérité à la population. Remporter la bataille contre le Covid est, d’abord, à ce prix-là.

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