L’importance d’un alignement entre le secteur public, le secteur privé et le régulateur a été soulignée hier après-midi par les intervenants d’une table ronde organisée par l’Africa Business Club sur le thème « The evolving international environment of International business and financial centres » à Voilà Bagatelle.
La table ronde était marquée par la participation de Rama Sithanen, président d’IFS, Richard Arlove, CEO d’Abax, et de Nishi Kishenin, CEO de Juristax, avec Afsar Ibrahim, comme facilitateur. L’invité d’honneur de la rencontre était Joe Moynihan, qui a travaillé pendant de longues années à Jersey en tant que directeur des services financiers et qui a agi comme conseiller auprès de plusieurs ministres des Finances. Ce dernier, présenté par Amédée Darga, s’est appesanti sur « l’importance de la consolidation du secteur des services financiers dans les juridictions, comme Maurice ». Il a également parlé des effets néfastes de la désinformation entretenue par certaines Ong internationales au sujet des centres financiers, insistant sur « l’importance de la transparence et de la performance de ce secteur ».
Concernant Maurice, Joe Moynihan a insisté sur le fait qu’un alignement « est essentiel » entre les secteurs privé et public ainsi que le régulateur. Il s’est par la suite attardé sur le développement du secteur financier, estimant que l’Afrique « a un potentiel immense » et que « la richesse continuera à y croître ». Il ajoute : « Des trillions de dollars d’investissements seront nécessaires pour le développement et pour assurer la croissance du continent. L’avenir sur le continent est florissant pour ceux qui pratiquent des “quality businesses”. »
Rama Sithanen, lui, a affirmé « être sur la même longueur d’onde avec Joe Moynihan », et ce sur plusieurs points, notamment au sujet de l’importance de la consolidation, du développement futur et de l’avenir du centre financier. Il considère que Maurice se trouve à la croisée des chemins. « Il s’agit pour les autorités de formuler les politiques appropriées afin d’être partie prenante de ce qui se passe dans le monde et d’assurer la survie du centre financier mauricien », a-t-il dit, avant de souligner l’importance de l’alignement du secteur public, du secteur privé et de l’opérateur. Il a de même reconnu le rôle du “blue print” dans le secteur financier bien qu’il aurait préféré, dit-il, « qu’on parle de feuille de route qui est beaucoup plus flexible ».
L’ancien ministre des Finances a également évoqué les effets de la désinformation sur le travail et les activités des juridictions, comme Maurice. « Nous ne sommes pas à New York ou à Londres, mais nous ne menons pas nos activités financières allongées sous les cocotiers bien que nous les aimions », a-t-il lancé. Il a exprimé ses appréhensions quant à certaines ambiguïtés entretenues par l’OCDE et l’Union européenne dans les Multilateral Instruments (MLI) afin de contrer les BEPS. Les termes comme “substantial activities”, “adequate number of professionals” ou “adequate operative expenditure” méritent d’être clairement définis, étant susceptibles d’être interprétés selon les circonstances.
Dans le cadre de l’élaboration d’une feuille de route, il importe, selon lui, de prendre en compte plusieurs points, « en particulier de savoir ce que la communauté internationale attend de nous ». Il s’agira aussi de bien définir avec les amis africains la question d’investissement direct et la question de taxe. Certains pays veulent non seulement avoir des investissements directs étrangers, mais également leurs parts dans les taxes perçues.
Pour sa part, Richard Arlove estime « qu’on n’a pas suffisamment fait » pour contrer les propagandes diffusées par les groupes de pression. « Il est évident que la différence entre la mauvaise perception d’une juridiction et la réalité réside dans la communication. Nous n’avons pas à avoir honte, car nous sommes une juridiction qui ajoute de la valeur au continent africain dont nous faisons partie et nous avons stimulé la croissance dans d’autres pays », a-t-il affirmé. Et d’ajouter qu’il « est important d’associer la question de centre financier international avec le business park car c’est de cette façon que nous ajoutons de la valeur aux investissements ». Prenant en compte le montant des transactions tombant sous le GBS1, Richard Arlove se demande s’il ne faudrait pas encourager les grosses compagnies utilisant notre profil financier à ouvrir leurs quartiers généraux à Maurice ou à s’installer dans l’île. Cela pourrait représenter une importante contribution à la croissance au niveau local tenant compte des activités dans les domaines de l’éducation, du transport et du commerce « qui pourraient se développer ». Richard Arlove estime également que les accords de traités de non double imposition devraient être assortis à l’accord de coopération. Répondant à des remarques de l’assistance, Richard Arlove s’est demandé « s’il ne serait pas mieux que Maurice prenne les devants pour demander la révision des accords de non double imposition conclus avec les pays africains afin d’éviter certaines confusions entre les investissements et la perception des taxes ». Les opérateurs mauriciens ont d’ailleurs participé au développement économique de la Tanzanie à travers des investissements. Des problèmes au niveau de la politique fiscale de ce pays ont été mentionnés. Nishi Kitchenin s’est pour sa part appesantie sur la perception des investisseurs dans les pays africains qui sont souvent associés à la corruption, à l’instabilité politique et au manque du personnel formé. « Les défis à relever sont innombrables », indique-t-elle. Elle souligne l’importance que tout investissement en Afrique « doit considérer le développement de la personne dans les pays concernés ».