Médaillé d’or des Jeux des Îles de l’Océan Indien au volley-ball, Allan Esther est ce grand gars (1m98) au physique taillé pour le mannequinat. Malgré les temps morts et coups durs dans sa vie, la volonté de se surpasser a toujours recadré ce réceptionneur-attaquant vers ses objectifs premiers. À 28 ans, sur le terrain ou en amour, cet as de cœur n’est pas du genre à botter en touche. Rencontre.

27 juillet 2019. Une date inoubliable pour Allan Esther, Aurélien pour les plus intimes. Portée par un public en effervescence au gymnase Pandit Sahadeo à Vacoas, la sélection masculine de Maurice remporte haut la main la finale de volley-ball des JIOI face aux Malgaches. Plusieurs sentiments se bousculent dans la tête de ce jeune homme, qui prend peu à peu conscience de l’exploit réalisé avec son équipe.

Mouiller le maillot.

“Nous avons gagné avec l’art et la manière. Une consécration après toutes ces années de sacrifices. On se dit que ça en valait la peine. Je repense à l’encadrement dont j’ai bénéficié et à toutes ces personnes qui m’ont soutenu. C’était aussi la joie de rendre fier ma famille et mon pays.”

La sélection masculine de volley-ball a connu une belle montée en puissance lors des JIOI, pour terminer en apothéose sur la plus haute marche du podium. “Nous avons foulé le terrain avec succès. Lorsqu’on entend tous ces encouragements, on se sent pousser des ailes. Nous nous devions de mouiller notre maillot.”

Allan Esther exerce comme Service Desk Specialist chez Orange Business Service à Ébène. C’est dans un petit café non loin de son lieu de travail que nous rencontrons l’habitant de Mare d’Australia. Très classe dans sa tenue classique, un pull gris noué autour des épaules, il a fière allure. Il se décrit comme “timide”, mais l’est pourtant moins sur le terrain. Très expressif, Allan Esther est du genre à joindre généreusement le geste à la parole. Il aime plaisanter à propos de tout et de rien, dans la bonne humeur. “J’ai même pensé faire du théâtre à un certain moment”, nous lance-t-il sur un ton enjoué. Plus sérieusement, “Allan Esther, c’est aussi ce petit garçon joufflu à l’adolescence qui a pris sa revanche sur la vie”. Il a encaissé des coups, sans jamais flancher. Du désenchantement au volley, des études avortées et une mère décédée d’un cancer quatre ans plus tôt : autant d’épreuves qui l’ont poussé à grandir et assumer des responsabilités, sans pour autant perdre son âme d’enfant.

Le volley dans les gènes.

Avec un père policier et une mère vendeuse dans un magasin spécialisé en carrelage, Allan Esther a grandi dans le quartier de Ste-Croix. Vers cinq ans, la petite famille s’installe à Mare d’Australia.

Allan parle de son sport de prédilection avec passion, mais ce n’était pourtant pas son premier amour. Il a pratiqué le tennis de table au niveau national pendant trois ans au secondaire. “Le volley est une histoire de famille et une discipline qui coule dans mes gènes”. Son père et ses oncles ont longtemps joué au volley dans l’équipe de la famille, le Port-Louis Red Star. “Amateur de sport collectif, mon père me disait souvent que le volley était primordial.”

Au collège Bhujoharry à La Tour Koenig, il intègre l’équipe de volley, réputée de haut niveau. La manche n’était pas gagnée d’avance pour ce “timide joufflu” qu’on aimait bien taquiner. “Tous ceux qui me critiquaient au sujet de mes rondeurs se sont demandé ce que j’avais fait pour intégrer cette équipe, mais surtout ce que ça allait donner. Par mes performances, j’ai prouvé aux autres, mais aussi et surtout à moi-même, que j’avais beaucoup de capacités. Ça a été beaucoup de sacrifices, de douleurs, car je m’entraînais avec des gars costauds, champions au niveau national”.

Tragique événement.

Pas aussi “flamboyant” dans les études, Allan Esther abrège son parcours scolaire en Lower Six. Parallèlement à des cours d’informatique, il fait des stages, exerce de petits boulots, sans lâcher complètement le volley-ball. Surmené, essoufflé et découragé, le jeune homme fait souvent des pauses.

Le décès de sa mère l’a énormément perturbé et déstabilisé. Présélectionné pour les JIOI de 2015 à La Réunion, il renonce à cette opportunité pour mettre l’accent sur sa famille. Allan Esther a soutenu son père et a encadré autant que possible sa petite sœur dans ses études. L’année suivante, la petite famille s’envolera pour la France. Un voyage prévu de longue date. “Au retour, je me suis retrouvé chômeur”, dit-il en rigolant. Devenir adulte comprend son lot de responsabilités. “Il me fallait construire ma vie, me stabiliser professionnellement et surtout me trouver.”

Autre coup dur : parmi les treize présélectionnés pour les Jeux de la CJSOI 2008, Allan Esther est évincé à la dernière minute pour des raisons de logistique. Une frustration terrible qui l’a fait stopper pendant un an le volley et qui a engendré une longue période de remise en question. “Je n’en donne peut-être pas l’impression, mais je manque parfois de confiance. Cet épisode m’a presque achevé.”

Un bon vivant.

Aujourd’hui, il vit à fond sa passion, devenant même l’atout sportif de sa compagnie au volley-ball. Grâce à la flexibilité de ses supérieurs hiérarchiques, il a été en mesure de reprendre le volley de haut niveau. Depuis le début de la saison 2019, Allan Esther a intégré le club masculin de Trou aux Biches Sharks Sports Club. Dans le passé, il a alterné entre le Port-Louis Red Star (équipe de sa famille) et le Faucon Flacq Camp Ithier VBC, qui compte de grosses pointures. Évoluer au sein de cette équipe “qui a la niaque” est ce qu’il lui fallait pour l’aider à dépasser ses limites.

Allan Esther est aussi un “bon vivant”, qui ne passe par quatre chemins pour avouer qu’il aime profiter de la vie. Un peu moins depuis qu’il est en couple avec sa “chérie”. Même si depuis son succès aux JIOI, sa cote de popularité a grimpé, surtout auprès de la gent féminine, il n’a pourtant d’yeux que pour sa belle. C’est avec des étoiles plein les yeux qu’il nous parle d’elle. “Nous nous sommes bien trouvés et avons su nous comprendre mutuellement. Il y a une bonne alchimie entre nous. Croyez-moi, ce n’était pas gagné d’avance.”

Que ce soit au niveau professionnel ou sportif, le volleyeur vise loin. Un de ses objectifs est d’exporter son talent vers d’autres horizons…

BIO EXPRESS

Profession : Service Desk Specialist chez Orange Business Service.

Totem : Un jaguar. Un félin très rapide et imprévisible, comme moi.

Plat préféré : Tagliatelle.

Plus grande frayeur : Serpent.

Plutôt film ou série ? Les deux.

Chanteur préféré : The Prophecy et Coldplay.