ASSEMBLÉE NATIONALE : Coup d’envoi sur un ton de confrontation

Le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, qui tient tête à la Speaker, Maya Hanoomanjee, se fait expulser de l’hémicycle à peine les échanges autour 
de la PNQ sur le Metro Express terminés

Moins d’une heure après la reprise des travaux de l’Assemblée nationale, à la mi-journée, le ton était à la confrontation avec, pour conséquences, que le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, s’est fait expulser de l’hémicycle sur ordre de la Speaker, Maya Hanoomanjee. Devant le refus de Xavier-Luc Duval d’évacuer son siège, la Speaker n’a eu d’autre choix que de suspendre la séance. Avec la suspensioin de séance, des consultations ont eu lieu entre la Speaker et le leader de l’opposition avec un Ruling attendu avec l’éventuel retour de la Speaker au sein de l’hémicycle en début d’après-midi. Le litige porte sur le nombre d’interpellations parlementaires allouées au leader de l’opposition sur la Private Notice Question (PNQ) axée sur le projet Metro Express. Sur le coup de 12h20, Maya Hanoomanjee devait intimer à Xavier-Luc Duval, qui venait à peine d’amorcer cette tranche, qu’il ne lui restait encore que deux interpellations. Mais le leader de l’opposition étant d’avis que le ministre des Infrastructures publiques, Nando Bodha, avait abusé du temps de la Chambre lors de la réponse liminaire, ne voulait rien entendre. Il devait ainsi tenir tête à la Speaker en refusant de reprendre sa place alors que « Madam Speaker was on her feet ». La tradition parlementaire veut que tout parlementaire doit céder quand la Speaker intervient en se tenant debout. Malgré au moins cinq rappels de Maya Hanoomanjee, le leader du PMSD ne devait pas céder, d’où la décision : « I order you out ! ». 

 
Auparavant, Xavier-Luc Duval avait tout simplement répondu à six sommations de la Speaker de l’Assemblée : « I have no respect for you ! » Ce qui a eu pour effet l’ordre d’expulsion et, ensuite, la suspension de séance vu le refus du leader de l’opposition de quitter l’hémicycle. Une situation de jamais vu dans les annales de l’Assemblée nationale avec une “stale-mate” car, tant que Xavier-Luc Duval ne quittera l’hémicycle, la séance ne devrait reprendre, à moins d’une intervention pour le faire partir.
En début de séance, l’Assemblée nationale avait rendu de vibrants hommages à la mémoire de Prem Nababsing, l’ancien Deputy Prime Minister décédé durant le week-end, et Lutchmeeparsadsing Ramsahok, ancien ministre des Administrations régionales. Dans les deux cas, le Premier ministre et Leader of the House, Pravind Jugnauth, devait retracer la carrière politique des anciens parlementaires décédés, notamment en qualifiant Prem Nababsingh de « perfect gentleman ». Le leader de l’opposition s’est associé à la déclaration du Premier ministre en rappelant qu’il avait déjà eu l’occasion de servir en tant que ministre dans un même gouvernement que Prem Nababsingh. Il devait ainsi souligner les « calm manner and extensive experience » de Prem Nababsingh.
Toutefois, la touche la plus émotionnelle et personnelle de ces hommages devait revenir au leader du MMM, Paul Bérenger. Les deux parlementaires font partie des membres fondateurs du MMM, et même si des désaccords politiques étaient survenus, ils auront su garder de « bonnes relations » personnelles. « Celui qui s’en est allé était quelqu’un d’intègre jusqu’au bout des ongles. Quelqu’un qui était à cheval sur les principes et qui n’a jamais fait honte à cette Assemblée », devait faire comprendre Paul Bérenger, la gorge nouée d’émotion. « Je perds un vrai ami... un ami de longue date », a-t-il ajouté, tout en présentant ses sympathies à la famille du défunt.
Paul Bérenger a fait état de la longue carrière de lutte de Lutchmeeparsadsing Ramsahok, aussi connu sous le nom de Ram, ancien foreman dans l’industrie du thé, devenu par la suite président de la General Workers Federation. « Ainsi, Ram s’en est allé sans crier gare. Malgré nos différends en politique, nous avons continué à entretenir de bons rapports. Je me souviens des visites qu’il me rendait. We all remember him as Ram. A good joker », a ajouté Paul Bérenger.
La tension devait littéralement monter d’un cran vers midi, soit une demi-heure après le début de la tranche de la PNQ. Devant la longueur de la réponse liminaire du ministre Bodha sur le projet Metro Express aussi bien que les réponses aux premières interpellations supplémentaires, le leader de l’opposition n’avait pu contenir son énervement. Suite aux accusations du ministre Bodha à l’effet qu’il avait approuvé le rapport de 2013 pour le projet de métro sous l’ancien gouvernement, il devait trouver que « the minister seem to be under the disillusion that... ». Il devait être interrompu par la Speaker, qui voulait que les interpellations supplémentaires soient dépouillées de tout commentaire. 
Speaker : Honourable Leader of the Opposition, these are comments...
XLD : I’m sorry. I’m going to make the comments. 
Le leader de l’opposition devait reprendre la suite de ses interpellations au sujet de l’effet de l’introduction du métro sur la décongestion routière. Il ne fut nullement convaincu de la réponse du ministre, soit de 10%. C’est à ce moment précis qu’est survenu le début des échanges chauds entre la Speaker et Xavier-Luc Duval. Il devait être 12h20 à la pendule de l’hémicycle.
Speaker : You have only two additional supplementary questions.
XLD (visiblement remonté par cette annonce de la présidence) : I won’t accept...
Sur ce, la Speaker se met debout pour intervenir et tenter d’expliquer sa décision. Xavier-Luc Duval lui tient tête et ne regagne nullement sa place, à la surprise de Maya Hanoomanjee, qui rappelle en trois occasions : « I’m on my feet. »
Speaker (reprenant la même rengaine : “I’m on my feet” en deux autres occasions) : I’m on my feet, please sit down. Honourable Leader of the Opposition, you are a seasoned member of the House. En refusant d’obtempérer aux ordres de la présidence, you are confronting the Chair. (A ce même moment, d’autres parlementaires des deux côtés de la Chambre interviennent : “On a Seating position”). Honorable Henri, ce n’est pas à vous de me dicter ce que je dois faire. Honourable Rutnah. (Puis, s’adressant à Xavier-Luc Duval) Now I’ making an ultimate appeal to you. You know the rules of the House. When you continue to stand up when I’m on my feet, you are confronting the Chair. This is against the rules of the House ? Je vous demande de ne pas confronter la présidence, sinon je vais prendre des actions...
XLD : I have no respect for you...
Speaker : Dans ce cas précis, je n’ai pas d’autre choix. I’ll order you out.
Xavier-Luc Duval refuse encore d’obéir aux directives de la présidence.
Speaker : I’ll suspend the sitting.
La PNQ du leader de l’opposition, Xavier Luc Duval, pour la reprise parlementaire, portait sur le Metro Express. Il a demandé au ministre des Infrastructures publiques et du transport Nando Bodha de faire le point sur le projet et déposer des copies de la dernière version de l’étude de faisabilité et des prévisions financières, de l’Environnement Impact Assessment Report en relation avec les contrats signés avec Larsen and Toubro et Rites Ltd et le rapport de Pricewaterhousecoopers sur l’industrie du transport.
Le ministre a expliqué que le projet de Metro Express s’inscrivait dans le cadre d’une vision et d’une philosophie claire, à savoir obtenir « value for money », de faire en sorte que ce soit dans l’intérêt national et de développer des infrastructures de transport modernes pour le pays. Le projet a été mis en route grâce à l’aide financière de l’Inde et contrat a été accordé à Larsen and Toubro pour ce qui concerne la construction et Rites agira comme consultant dans le cadre de la construction du Metro Express pour lequel le gouvernement indien a alloué un subside de Rs 9,9 milliards. Les travaux préliminaires sont en cours et les travaux de construction débuteront en janvier 2018.
Le ministre s’est longuement appesanti sur le financement du projet et a expliqué que le gouvernement indien a, en plus des subsides accordés à Maurice, mis à la disposition du gouvernement une ligne de crédit à un taux d’intérêt de 1,9 %. Ce qui est nettement plus avantageux que le modèle de financement envisagé par l’ancien gouvernement et qui a permis de réduire les coûts de construction sensiblement avec des économies variant entre Rs 8 milliards et Rs 11 milliards. Par ailleurs, le ministère des Finances a mis au point un mécanisme qui protégera la ligne de crédit contre toute fluctuation des devises. Concernant l’impact sur l’environnement, le ministre a annoncé qu’un rapport de Larsen and Toubro est attendu en décembre.
Concernant les autobus, le ministre a indiqué que 39 routes seront affectées. Ce qui affectera les compagnies opérant sur cette ligne, d’où l’élaboration d’une nouvelle stratégie le long du corridor du Metro Express. Le ministre a indiqué que 334 autobus et 1 000 employés seront affectés. Aux termes de la nouvelle stratégie, 50 % des autobus continueront à opérer sur la ligne et l’autre moitié seront redéployés. De plus, les employés seront redéployés. Ainsi, 34 nouvelles routes ont été créées et 31 Feeder Routes sont prévues afin de s’assurer que le Metro Express soit alimenté régulièrement et que les passagers disposent d’un transport immédiatement à leur sortie du Metro Express pour compléter leur voyage. Entre Rose-Hill, Ébène et Bagatelle il y aura un autobus toutes les cinq minutes. Des discussions sont en cours avec les compagnies d’autobus et les syndicats des employés. De plus le projet ne doit pas être réalisé au détriment des parties prenantes. Le comité présidé par le VPM se chargera de rencontrer tout le monde afin de s’assurer que tous sont parties prenantes.
Le ministre a finalement déposé la dernière version de l’étude de faisabilité et l’executive summary du rapport de 2013 ainsi que le rapport de Pricewaterhousecoopers et un rapport réalisé par la NTA sur les effets du Metro express sur le transport.
 

 
 
Le leader de l’opposition suspendu pour 2 séances
Suite aux incidents survenus un peu plus tôt lors des échanges sur la Private Notice Question (PNQ), le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, a été suspendu des travaux de l’Assemblée nationale pour deux séances à moins qu’il présente ses excuses à la Speaker, Maya Hanoomanjee. Cette motion a été présentée à 13 heures 45 par le Premier ministre, Pravind Jugnauth, secondée par le DPM, Ivan Collendavelloo. Auparavant, la Speaker avait «Named» le leader de l’opposition, comme le veut la procédure.
 

 
Baloomoody prévoit d’intervenir sur les femmes-cleaners
Vu que la PNQ était axée sur le projet Metro Express, le MMM a pris la décision de soulever tout le dossier des femmes “cleaners” percevant des salaires mensuels de Rs 1 500 à l’ajournement des travaux de l’Assemblée nationale du jour. La mission avait été confiée au député Veda Baloomoody, qui évoquera l’indifférence des autorités face à la grève de la faim des représentants de ces femmes “cleaners”, qui réclament un « traitement dans la dignité ».
En début d’après-midi, une manifestation symbolique pour dénoncer le traitement des femmes-cleaners s’est déroulée devant l’hôtel du gouvernement. La police a tenté de les intervenir alors que le leader du MP, Alan ganoo, a tenté d’obtenir de manière urgente l’ajournement des travaux pour interve,ir sur ce même dossier.