Au cimetière de St Julien à Flacq, certaines tombes retracent une période oubliée tandis que d’autres évoquent le commun des mortels. À deux jours de la fête des morts, Scope a rencontré Stewart Azor, un tombaliste connu de la région de l’Est. Il nous raconte son métier, un gagne-pain pas comme les autres.
Sous le soleil de plomb de St Julien, le cimetière rayonne loin des légendes lugubres à faire claquer les dents. Dès l’entrée, ça sent la rénovation et la peinture fraîche. Pas de noix de coco ni de limons offerts aux entités invisibles devant la grande croix. Bref, nous ne sommes pas passés à l’heure des rituels noirs. Plus de peur que de mal, nous sommes saisis par le son d’un marteau. Stewart Azor, le tombaliste, sculpte une stèle à l’aide d’un marteau et d’un ciseau dans son chantier à côté du cimetière. Il taille des tombes pour les morts depuis vingt ans.
Ce boulot, il l’a choisi à la suite de diverses circonstances. “À l’époque, j’étais maçon et j’avais des difficultés à joindre les deux bouts. C’est là que je me suis lancé dans cet emploi”, raconte cet habitant de Camp Marcelin. Il a appris ce métier au fil du temps et en regardant les autres. “Gérard Perrine, un de mes collègues, m’a appris à tailler les pierres.” Aujourd’hui avec son équipe constituée de quatre personnes, il sillonne toute l’île. “Mon fils et mes deux neveux bossent avec moi. Ce n’est pas un travail à exercer seul. C’est impossible,” confie cet homme de 47 ans.
Un métier de forçat qui attire de moins en moins la jeune génération. “Il faut faire avec.” La difficulté réside dans la recherche des matières premières. Pour dénicher les pierres, il part dans les forêts. Il les taille sur place et les raffine dans son chantier. Si certains ne tarissent pas d’éloges sur son travail, sa profession est parfois mal vue. “Ce que certains pensent ne m’affecte pas. Certains m’ignorent à cause de mon choix de carrière. L’important pour moi est que je gagne ma vie honnêtement.”
Délaissant son marteau, son collègue finit les dernières petites retouches à la stèle. Les deux autres hommes finissent le soubassement. Stewart Azor nous emmène alors voir quelques tombes qu’il a réalisées. Certaines sont en pierre, en porcelaine, en granite et d’autres en béton. “Les tombes en pierre sont coûteuses. Les prix varient mais elles peuvent coûter au-delà de Rs 50 000. Celles en béton coûtent dans les Rs 8 000. » Pour réaliser les tombes, il se sert de son imagination pour créer des modèles rares et uniques. “Ça m’arrive quelques fois de copier les idées des autres tombalistes.”
Quid de la sépulture de ceux enterrés au cimetière de St Julien pour la fête des morts ? Il reçoit plusieurs commandes et réparations des familles des défunts. Semelles, stèles et soubassements sont posés un peu partout au chantier afin d’être réparés. “Je ne sais où donner de la tête.” Avec ses employés, il redonne une seconde vie aux pierres usées. La marbrerie funéraire, il la connaît par coeur à tel point que Scope n’a pas tardé à lui poser la question fatidique : la mort et la tombe ? “Je n’ai pas peur de mourir. Mo ladan tou le zour, kan li vini, li ava vini. Me mo pann anvi rant dan enn vilin tom”, rigole-t-il.