L’affaire Sobrinho et la crise présidentielle étaient sur toutes les lèvres il y a une vingtaine

CHRISTIAN LECORDIER

de jours. Les clameurs se sont tues dans une certaine mesure depuis, et le peuple admirable vaque à ses occupations habituelles en attendant quelque autre rebondissement. Je ne veux pas insinuer que Sobrinho et consorts devraient être au centre de nos préoccupations. La léthargie de la population dans de telles circonstances est flagrante. De deux choses l’une. Soit on est dupe. Soit on s’exprimera par la voie des urnes.

Lors de la première séance parlementaire, l’on s’attendait à une salve de questions percutantes et pertinentes de la part de l’opposition. Nous restions sur notre faim. Il n’en fut rien. Nous avions eu droit à  un chef de gouvernement très sûr de lui sur la PNQ portant sur le cas Sobrinho. L’impression dégagée est que l’opposition avait épuisé toutes ses munitions. Malheureusement, la guerre de tranchées n’a pas eu lieu, alimentant les spéculations d’un rapprochement du MMM avec le gouvernement. La déclaration récente de Rajesh Bhagwan rejetant catégoriquement cette possibilité est à prendre avec des pincettes, dirait l’autre.

Nous sommes en présence, quoique pas définitif, des contours futurs du paysage politique. Il va sans dire que Navin Ramgoolam, requinqué par la victoire du Parti travailliste à l’élection partielle à Belle-Rose/Quatre Bornes (N° 18), se voit déjà en selle premierministérielle. Il sait que les aspirations légitimes du PMSD pour prendre du galon n’ont été qu’éphémères et que celui-ci subira son diktat en cas d’éventuelles négociations d’alliance électorale.

La cuisante défaite du PMSD à cette même partielle l’a réduit à sa juste proportion. Il s’agit d’un parti désagrégé et sa piètre performance n’a d’égal que son déficit de cadres et son obsession d’être au pouvoir coûte que coûte. Le parti bleu est un intermittent du spectacle politique et ses scores lors des joutes électorales en témoignent. En position d’infériorité, sa marge de manœuvre s’est considérablement amenuisée et il n’aura qu’à limiter la casse en termes de tickets et de positionnement de candidats.

Quant au MMM, il est face à son destin. Ce parti est un socle de valeurs, incarnant, entre autres la justice sociale et l’unité nationale. Quid d’aujourd’hui? Comment expliquer qu’une formation politique accréditée de quelque 47% de l’électorat dans les années 80 ait pu connaître une baisse de performance drastique de nos jours? Un parti, fer de lance de la sauvegarde de la dignité des travailleurs et dont la contribution dans tous les secteurs est indéniable, mérite-t-il un tel sort?

Le MMM a été victime de ses jeux d’alliance et le dernier en date avec le Parti travailliste lui a été fatal. Quoi faire pour lui redorer le blason et consolider ses assises comme parti national ? Paul Bérenger ne sera pas le prochain Premier ministre, semble-t-il, et les militants ont intériorisé cela… Le MMM se présentera seul aux élections sous la férule de Paul Bérenger. À terme, c’est la reconstruction du parti qui est primordiale. Le MMM devrait miser sur les jeunes en alliant intellectualité et connaissance du terrain. C’est à ce prix et, encadrés de vrais mentors, qu’ils s’épanouiront dans les circonscriptions qui leur seront proposées. À l’aube des 50 ans du parti, la sérénité est de mise et le MMM aura tout à gagner en se réconciliant avec un militant de calibre en la personne de Kavi Ramano.

Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth traînent des casseroles judiciaires. Paul Bérenger ne peut être pointé du doigt à ce plan; néanmoins, sa seule casserole demeure son appartenance ethnique!