Le troisième chapitre du rapport préliminaire de nTan Corporate Advisory Pte Ltd sur l’écroulement de l’empire Rawat avec la Daylight Robbery Operation fait le procès sans équivoque de la firme d’experts-comptables de KPMG (Mauritius), responsable de l’audit des comptes du groupe BAI depuis 2004. Un carton rouge à cette société, qui fait partie du Big Four mondial de la comptabilité ! La lecture des commentaires acerbes des Forensic Auditors de Singapour contre les « relations » entre KPMG et le groupe BAI laisse clairement comprendre que depuis 2009 tous les indicateurs de performance de BAI Co (Mtius) Ltd avaient viré au rouge et que les risques de Crash ne faisaient que s’accentuer d’autant plus que de 2007 à 2014, l’endettement de BA Investment, sous le contrôle direct du Chairman Emeritus, auprès de la BA Insurance était passé de Rs 300 millions à Rs 6,4 milliards. Ensuite, les BAI Audit Presentations préparées annuellement sous le contrôle de l’ex-Managing Partner de KPMG (Mauritius), Jean-Claude Liong, en particulier celles de 2010, 2011 et de 2013, avaient dressé une liste de « sept péchés capitaux » rongeant comme un cancer les opérations de la BA Insurance. Toutefois, le tandem Nicky Tan Ng Kuang/Michael Martin de Singapour n’arrive pas encore à digérer les « Clean Audit Reports »  émis par KPMG pour le compte de BAI. Sans donner l’impression d’une attaque frontale, le rapport nTan épingle également le laxisme des institutions comme la Financial Services Commission dans les affaires de la société d’assurance, ou encore la Banque de Maurice et la Stock Exchange of Mauritius en faisant état de la « questionable valuation » des avoirs de la Bramer Bank et de la Mauritius Leasing Company en date du 2 mai 2012. Cette dernière étape est présentée dans la chronologie des événements comme étant le facteur ayant précipité la chute de ce conglomérat évalué à Rs 33,6 milliards au 31 décembre 2014.
Abordant la responsabilité des auditeurs de KPMG (Mauritius) dans le Mega-Ponzi Scheme de Rs 25 milliards, avec au moins Rs 17,3 milliards détournées au profit du clan Rawat, les Forensic Auditors construisent leur analyse des faits et effets au sein du groupe BAI sur les relations incestueuses entre la BA Investment et la BA Insurance. « BA Investment was indebted to BA Insurance as early as 2004 », note le rapport préliminaire, qui confirme que cet endettement a pris l’ascenseur au cours de la Review Period de 2007 à 2014. Ainsi, lors de ces huit dernières années, l’endettement de BA Investment est passé de Rs 300 millions à Rs 6,4 milliards.
« BA Insurance Audit Committee and KPMG (Mauritius) were widely aware of the non-recoverability of the money owed by BA Investment as is apparent to KPMG 2010 and 2012 presentation to the BA Insurance Committee », soulignent les consultants de nTan Corporate Advisory Pte Ltd dans le document soumis au gouverneur de la Banque de Maurice depuis la fin de l’année dernière; le rapport poursuit que « surprisingly KPMG’s observations in regard to the non-recoverability of the money owed by BA Investment Ltd did not seem to BA Insurance from advancing more cash to fund BA Investment ».
Les auditeurs singapouriens citent des extraits des Minutes of Proceedings d’une Board Meeting de BAI en août 2009 pour confirmer que le groupe de Dawood Rawat était déjà au bord de la faillite. Ainsi, pour maquiller les comptes et pour contourner tout contrôle, qui allait être évident, la BA Treasury Co.  Ltd. fut incorporée pour camoufler les Excess Investment Concentrations avec des Related Party Transactions envisagées.
Dans cette perspective, le rapport intérimaire de nTan Corporate Advisory Pte Ltd s’appuie sur une série de BAI Audit Presentations annuelles de KPMG (Mauritius) pour étayer ses arguments au sujet de l’opération ferm lizie attribuée à cette dernière société. Sur la base de trois présentations, soit celles du 29 mars 2010, de 2011 et de 2013, l’équipe d’auditeurs de nTan établit une liste de sept péchés capitaux à la base de la démolition du royaume de Dawood Rawat, soit
BA Insurance was operating at a loss. En effet, même si les différents bilans financiers annuels présentaient des profits à la lumière des Fair Value Adjustments et des Paper Entry au sujet des dividendes et autres revenus, le rapport nTan révèle que pour la période de 2007 à 2014, les Adjusted Losses étaient de Rs 9,7 milliards au lieu des Rs 2 milliards annoncées. Les « Losses from Operations » étaient en réalité de Rs 8,6 milliards avec Rs 3,6 milliards payées sous forme de dépenses et de commissions;
BA Insurance was relying upon Fair Value Adjustments to show profits. Ainsi, les Fair Value Adjustments et l’Amalgamation Surplus attribuent des avoirs de Rs 2,7 milliards à trois entités liées à Iframac, notamment ILSAT et ACRE, Rs 4,7 milliards à la participation au sein de Britam Kenya et Rs 4,8 milliards à l’amalgame Bramer Banking Corporation Ltd et la Mauritius Leasing Company Ltd ;
BA Investment was solvent only after the injection of Rs 3,6 billion on 31 December 2009. This is from a regulatory perspective, note encore le rapport des Singapouriens avec cette opération de Window-Dressing et de Reverse Window-Dressing pour sauver Dawood Rawat de la banqueroute dès la fin de 2009;
BA Insurance était engagée dans des Related Party Transactions avec des répercussions conséquentes sur sa performance financière;
BA Insurance’s doubtful recoverability of investments,
Significant shortfall entre les Returns on Investments promis aux clients du Super Cash Back Gold et les Actual Returns sur les placements et les investissements. Le rapport nTan révèle que « with such high yields (entre 5,05% et 12,75%), it was little wonder that premiums on the Super Cash Back Gold accounted for some 80% of the cash premium ». De 2007 à 2014, les fonds levés par le groupe BAI se montaient à Rs 51,6 milliards, soit Rs 45,8 milliards de la poche des policyholders, Rs 1,6 milliard de dividendes sur les investissements du groupe, Rs 600 millions d’emprunts et l’opération de Round Tripping du 31 décembre 2009 avec la participation de la Banque des Mascareignes de Rs 3,6 milliards. En contrepartie, au cours de cette même période, BA Insurance a remboursé Rs 31,2 milliards aux policyholders, Rs 4,5 milliards au titre des frais opérationnels et commissions, Rs 7,2 milliards d’Investment in Related Parties, Rs 5,1 milliards d’avoirs, Rs 3,1 milliards de virements directs à BA Investments pour le compte du Chairman Emeritus de BAI, Rs 2,5 milliards à Apollo Bramwell et
BA Insurance’s high reliance on renewal to finance the mature ones.
« Connivence présumée »…
Sur la base de ces « Major Deficiencies » relevées dans les différentes BAI Audit Presentations de KPMG, les consultants de nTan font ressortir que « KPMG (Mauritius) had highlighted a number of significant risks. We note that KPMG (Mauritius) gave a clean (audit) opinion for each year. KPMG (Mauritius) knows its obligations under section 43 of the Insurance Act to report to the Financial Services Commission (any misgiving). Given that, it is unclear to us what kind of assurance BA Insurance could have provided to KPMG (Mauritius) which resulted in the said KPMG giving an unqualified opinion of audit ». Une manière des plus diplomatiques des Singapouriens de condamner une « connivence présumée » avec le groupe BAI pour assurer le maquillage des comptes en vue de leurrer les clients et autres partenaires d’affaires.
En conclusion au chapitre réservé à KPMG (Mauritius), nTan Corporate Advisory Pte Ltd maintient que la FSC aurait dû être informée formellement par les auditeurs que la BA Insurance n’était plus une « Going Concern », que la « financial soundness » du groupe suscitait des préoccupations, de l’incapacité du groupe « to meet the solvency test » et encore de la Round Tripping Operation de Rs 3,6 milliards du 31 décembre 2009 avec la filiale mauricienne de la banque n° 2 en France, la BPCE.
En dépit de cette absence de communication de KPMG (Mauritius) au sujet des sérieux manquements de BA Insurance, la Financial Services Commission n’est pas, pour autant, absoute de responsabilité. En aucun cas, le régulateur du secteur des services financiers ne peut plaider l’ignorance. En 2011 et le 6 décembre 2013, la FSC avait émis des instructions « to BA Insurance to stop further investment in its related entities in order not to increase its exposure in related parties investment ».
La question du suivi par la FSC de ces directives se pose quand, au 31 décembre 2014, le bilan du groupe BAI indique que sur des avoirs évalués à Rs 33,6 milliards, Rs 27,8 milliards ont été injectés dans des Related Party Transactions comme suit :
Rs 6,6 milliards dans des actions ordinaires dans ACRE et ILSAT
Rs 6,4 milliards dans BA Investments
Rs 300 millions dans Greensboro, la société gérant les Diplomat Gardens de Floréal
Rs 5,1 milliards dans BA Kenya
Rs 4,8 milliards dans des Debentures de Bramcorp
Rs 2,5 milliards dans Apollo-Brawell et
Rs 2 milliards dans d’autres Related Party Businesses.

La FSC n’est pas la seule institution régulatrice du secteur des services financiers à se retrouver en posture délicate face aux « various questionable transactions and the adoption of questionable accounting practices ». Un exemple type de ces opérations de maquillage de comptes pour créer cette « aura of profitability » aux opérations de BAI porte sur le Merger de la Bramer Banking Corporation et la Mauritius Leasing Company le 2 mai 2012. À ce chapitre, la Banque de Maurice, en tant que régulatrice du secteur bancaire, et la Stock Exchange of Mauritius (SEM) pour le volet boursier peuvent être appelées à élucider des zones d’ombre.
L’évaluation à Rs 8,5 milliards de ce merger entre la Bramer et la MLC est contestée et cet exercice n’aura pas été mené en tenant compte des paramètres comptables. D’ailleurs, pour se couvrir contre toute accusation, la société ICFL, qui a procédé à l’évaluation, note que « valueing the superbank is a potentially treacherous exercise as it involves valuing a business that does not exist ». Avec une telle affirmation, le rapport nTan remet en cause cette « questionable valuation » de ce merger à Rs 8,5 milliards. La conclusion est que « the company was under-capitalised and this under-capitalisation would be the source of continuous capital problems for the company. The deficiencies were present since 2012 and culmination in the 2014 accounts ». En tout cas, un détail majeur qui aurait échappé à l’attention de la Banque de Maurrice et de la SEM en mai 2012, semble-t-il, même si « the price to book multiples » dans le cas de la Bramer était de 3,5 fois alors que dans le cas des deux plus grosses pointures du secteur bancaire, qui contrôle 75% du marché, ce ratio était de 1,6 fois pour la Mauritius Commercial Bank et de 1,3 fois pour la State Bank of Mauritius…