Les arbitres, découragés par les agressions dont ils sont victimes, boudent très souvent les matchs qualifiés comme “chauds"

● Le président Hedley Han concède qu’il est devenu très diffi cile de manœuvrer avec moins de 10 arbitres

● Ce qui inquiète c’est qu’aucune formation n’a été dispensée depuis novembre 2017

La rencontre mettant aux prises Mahebourg Flippers à Roche Bois Warriors comptant pour la Super League n’avait pu être, dans un premier temps, disputée le 18 août dernier, au gymnase de Phoenix. La faute aux arbitres qui n’avaient tout bonnement pas fait le déplacement. Malheureusement, ce genre de situation est devenue récurrente ces dernières saisons, mettant ainsi les clubs dans une position fort embarrassante. Idem pour la Fédération mauricienne de basket-ball (FMBB) qui n’est toujours pas parvenue à trouver une solution durable.

Il faut croire que les problèmes à la FMBB sont loin d’être résolus. En effet, après les problèmes relatifs au basket féminin et un niveau global qui laisse à désirer, cette fédération se retrouve devant un autre problème, encore plus sérieux, soit un manque d’arbitres. Une situation occasionnée par l’insécurité dont les arbitres sont souvent victimes, notamment d’agression verbale et même physique. Certes souvent critiqués pour leurs modestes performances, rien n’excuse cependant toute forme d’agression.

Insécurité

Dans ces conditions, les conséquences sont désormais très lourdes, puisque certains refusent carrément d’arbitrer des matchs qui sont considérés comme « chauds ». C’est du reste pour cette raison que la fédération ne recense qu’une toute petite poignée, soit même moins de 10 selon le président de la FMBB Hedley Han, pour arbitrer dans trois championnats (Super League, D1 et D2). D’ailleurs, plusieurs  rencontres ont été renvoyées, depuis le début de la présente saison, gênant le bon déroulement et causant aussi d’autres inconvénients.

Hedley Han dit ne pas être insensible devant ce problème et reconnaître qu’arbitrer « est désormais devenu un gros inconvénient. » Il s’est lui-même retrouvé dans une situation compliquée l’année dernière, lorsqu’il a dû assurer l’arbitrage, après le désistement de l’arbitre d’un match de la Super League (Ndlr : Roche Bois Warriors-Curepipe Starlight), alors qu’il avait pourtant rangé son sifflet, depuis 2014. Un retour qui ne s’est malheureusement pas passé comme prévu. « J’ai été agressé en plein match ce jour-là. C’est justement cette insécurité, voire ces agressions physiques, qui les découragent d’arbitrer, lors de certains matchs et je les comprends parfaitement », a-t-il fait remarquer.

Il n’empêche, a-t-il précisé, que ce problème ne date pas d’hier. « En 2 000, alors que j’étais arbitre, j’avais recommandé à la fédération d’encourager les clubs à déléguer chacun, deux arbitres pour être formés. Malheureusement, les clubs n’ont pas joué le jeu », a-t-il déploré. Si cette mesure avait été appliquée, a-t-il ajouté, la FMBB se serait retrouvée avec au moins 200 arbitres. « La même idée a été adopté à Madagascar et aujourd’hui, le corps arbitral est constitué d’environ 300 arbitres. Ce qui me chagrine, c’est qu’en tant qu’instructeur de la fédération internationale, j’ai formé pas mal d’entre eux »

Manque d’intérêts

Le problème à Maurice, a-t-il précisé, « c’est une absence de réaction des clubs. » Du reste, la dernière formation mis en place par la FMBB, en novembre de l’année dernière n’a enregistré que moins de cinq aspirants-arbitres ! Idem pour les sessions précédentes, alors que la fédération recense 20 clubs et qu’il était convenu que chacun y délègue au moins, un représentant. Hedley Han se dit déçu par ce « manque d’intérêts » pour l’arbitrage qui pourtant, est un maillon essentiel dans le bon fonctionnement d’un championnat et par ricochet,  à la progression, voire même la survie de la discipline.

Le plus regrettable selon le président de la FMBB, c’est que « je suis un instructeur reconnu par la fédération internationale abilité, à former les arbitres de la zone 7, au niveau zonal. Quand je vais dans d’autres pays, je suis payé pour le faire. À Maurice, je le fais gratuitement et malgré cela, on ne veut pas saisir cette opportunité », se plaint-il avant d’ajouter : « Le corps arbitral est vieillissant. Dans quelques années encore, certains prendront leur retraite. Nous arrivons, tant bien que mal, à boucler notre programme annuel. Mais pendant encore combien de temps ? Il est temps que les jeunes prennent la relève. Car il est très important qu’ils comprennent qu’ils ont aussi leur part de responsabilité dans l’avancement du basket à Maurice. »

Leslie Chérubin, responsable de la formation des arbitres et arbitre international, abonde dans le même sens. Et pour lui, le mal est encore plus profond. « Bon nombre de joueurs, en particulier la nouvelle génération, ne connaissent pas la base, voire les fondamentaux du basket. Il y a des règles à respecter et elles ont évolué. Il y a tout un travail à faire à ce niveau. Pour ce qui est des arbitres, il est tout aussi important qu’ils soient en phase avec l’évolution et qu’ils soient constamment encadrer dans leurs formations. Je suis aussi d’avis qu’on devrait les superviser, en situation réelle et ensuite les regrouper chaque deux mois, pour un atelier de travail », a-t-il fait ressortir.

Reste maintenant qu’il faut joindre le geste à la parole, à commencer par la FMBB, elle-même. Certes, les intentions d’Hedley Han sont bonnes, mais il gagnerait, en tant que président, à se montrer beaucoup plus persuasif et surtout être ferme par rapport à l’importance de l’arbitrage pour le bon fonctionnement de sa fédération. Certes, les clubs ont une grosse part de responsabilité dans cet échec, mais toujours est-il qu’il est du devoir de la fédération à faire respecter les consignes.


En marge des 10e JIOI – Préparation spécifique pour les arbitres

Une demande a été faite par Leslie Chérubin à la FMBB, pour que les arbitres puissent utiliser le gymnase de Phoenix, en même temps que la présélection de Maurice pour se préparer pour les Jeux des Îles de l’océan Indien de 2019 (19-28 juillet). Ces derniers se regrouperont chaque semaine pour travailler sur leur condition physique. Ils déclarent « Il faut que nous soyons près mentalement aussi, arrivée le jour venu. Dès maintenant, nous devons nous mettre dans les conditions, au préalable des Jeux des Îles. Les arbitres sont aussi des athlètes », souligne-t-il. Après la fermeture du gymnase pour les travaux de rénovation, le stage de préparation devrait se poursuivre dans une autre infrastructure, soit celle qui sera mise à la disposition de l’équipe de basket national, pour continuer les entraînements..