A 27 ans Béryl compte parmi les magiciens les plus prometteurs de France. Avec en ligne de mire les prochains championnats d’Europe, elle porte dans son sillage de la fraicheur à une expression artistique qui requiert beaucoup plus de dextérité et d’investissements que l’on pourrait imaginer. Née d’une mère mauricienne et d’un père français, la magicienne nous entraine dans son univers à la découverte des grands secrets de ce monde féérique.

“Savez-vous garder un secret ?” lance-t-elle en réponse à notre indiscrète, mais évidente, question. Le sympathique visage entouré d’une belle chevelure noire devient sérieux. Le regard reste franc et profond. Le ton de la conversation est à la confidence dans le coin de ce pub où nous nous rencontrons loin des regards et des oreilles indiscrets. Idéal pour ce genre de discussions surtout lorsqu’il s’agit de demander à notre interlocutrice en robe bleue le secret derrière le numéro qui lui a permis d’entrer dans le cercle élitiste et fermé des magiciens de France. Face à nous donc, une des héritières de Gandalf qui s’apprête à nous parler d’un secret…

Symphonie magique.

Elle l’a baptisé Bolduc – Les ballons fantastiques. Sur son site (béryl-magie.com), sur Facebook, Instagram, Youtube, on y voit des extraits de ce numéro où Béryl se transforme en sympathique marchande de ballons. Les petites vidéos la montre commandant aux ballons du bout des doigts pour les faire voler et danser à sa guise. Elle en éclate d’autres pour faire apparaître des pigeons, et se cache derrière une grappe pour changer de robes en un clin d’œil. Sur son site, la présentation de Bolduc précise : “Béryl, dans ce numéro très tonique, joyeux et plein de fraîcheur, a créé un univers fantastique autour d’objets simples qui nous font retrouver notre âme d’enfant : les ballons. C’est une incroyable symphonie magique , pleine de grâce, de légèreté , de colombes et de dynamisme autour de ces ballons merveilleux qui entre ses mains, s’animent, dansent, virevoltent et stupeur finissent par évoluer au dessus du public !”

Ce numéro a été primé deux fois aux championnats de France de Magie FFAP (en 2016 et 2017). Sept minutes ; si sa durée peut sembler anecdotique aux yeux des néophytes, pour la magicienne, en revanche, cela implique une somme de travail considérable. Presque deux années avant qu’elle se soit prête pour le montrer au public, Bolduc comprend aussi l’étroite collaboration d’autres professionnels : techniciens, ingénieurs, costumiers, danseurs, etc.

Un numéro joyeux.

Mais, même là, précise la jeune femme le numéro n’était pas forcément abouti. “En magie, au fur et à mesure que l’on joue on note ses erreurs. Et, ces erreurs que nous constatons nous permettent de nous améliorer”, explique-t-elle davantage tandis que nous nous rapprochons du secret des ballons dansants. En magie, nous apprend-elle encore, un numéro est pleinement abouti et maîtrisé au bout d’une dizaine années. En ce moment, Béryl semble particulièrement confiante. La vice championne de France a la foi. Cette fois ses ballons la porteront vers les championnats d’Europe prévus plus tard dans l’année.

Ce tour, la franco-mauricienne l’a imaginé il y a cinq ans tandis qu’elle était en quête d’un numéro qui lui permettrait d’accéder à la reconnaissance en tant que jeune magicienne. En sus de l’originalité, elle cherchait : “Un numéro joyeux avec un personnage qui parle aux enfants, aux femmes et à tous les spectateurs.” Etant l’une des rares femmes engagées dans ce domaine elle s’était fait un point d’honneur de ne pas miser sur d’autres atouts, que son talent, pour se positionner.

L’autre Poudlard.

Béryl était l’un des membres de l’Equipe de France de Magie FFAP qui pour objectif, explique-t-elle, d’exposer les jeunes aux conseils et à l’encadrement de professionnels. “C’est une structure qui nous donne l’occasion de progresser plus rapidement à travers les échanges et les conseils qui nous sont prodigués par des magiciens, dont certains sont des stars.” Elle fut l’une des rares privilégiées à avoir accéder à cette structure qui ailleurs aurait pu s’appeler Poudlard. “Le magicien est souvent un solitaire qui doit progresser de lui-même. Il ne parle pas de ses secrets et conserve ses acquis pour lui. Au sein de l’Equipe de France l’approche était autre puisque sa structure est basée sur l’entraide et le soutien mutuel.”

Béryl y a fait une immersion intensive étant à ce moment convaincue du choix de carrière qu’elle avait fait. Cela faisait quelques années que la lycéenne qu’elle était avait quitté Maurice pour rejoindre son père en France. Elle avait alors 15 ans, et, ce changement devait aussi lui ouvrir une nouvelle voie. Une année auparavant tandis qu’elle était en vacances, son père, un professionnel du monde du spectacle, lui avait donné l’occasion d’assister aux championnats du monde de magie. Au programme des concours, des ateliers, des spectacles… En plongeant dans ce monde féérique Béryl se retrouva sous le charme de la magie convaincue quelque part qu’elle aurait un jour son spectacle.

Les premières scènes.

Ayant une mère mauricienne chanteuse et professeure de théâtre et un père français directeur artistique, comédien, passionné de théâtre, de magie et directeur de cabaret, Béryl ne pouvait pas tomber très loin de l’arbre. En sus des différentes expressions artistiques auxquelles elle s’intéresse tôt la magie, comme à travers d’un puissant envoutement, l’a conduite très tôt sur la scène. Elle fait ses débuts durant l’adolescence en binôme avec sa sœur pour des numéros de télépathie, de cartes, d’illusion, entre autres.

Après le Bac, sa sœur décide de ne plus continuer poussant ainsi Béryl à se réinventer. Partagée entre la magie et l’envie de poursuivre ses études elle prend le risque d’opter pour les deux. Durant deux années les jours de semaine étaient consacrés à ses études en communication tandis qu’elle remontait sur la scène comme danseuse ou magicienne durant le week-end. Les études plus approfondies en marketing qui ont suivi avaient pour objectif de lui donner les moyens de prendre sa carrière en main de manière professionnelle et en toute autonomie. C’est après quoi qu’elle a rejoint l’Equipe de France de Magie FFAP qui n’ouvre ses portes qu’aux plus prometteurs.

Bas les masques.

Dans cette nouvelle étape il s’agissait d’innover afin de forger son identité et de jeter les véritables bases d’une carrière professionnelle. En sus des grands classiques auxquels elle s’intéresse elle crée ses propres numéros. Parmi, un tour réalisé avec des masques que lui avait inspiré un voyage en Chine. Ainsi le Bian Lian, l’art traditionnel des masques chinois lui donnera l’idée de Historymask où elle change des masques rapidement tout en faisant apparaître et disparaître des choses. Même Batman n’aurait pas fait mieux.

Au niveau des numéros de gala on peut aussi citer la Féérie des étoiles où à travers des lumières led la fée qu’elle devient jongle avec les étoiles un soir de clair de lune. Pour Cliquetis, en cinq minutes, elle réinvente un grand classique “comico-magique” avec des pièces. Béryl s’intéresse aussi à d’autres genres plus conventionnels avec des cartes et autres accessoires pour le grand public aussi bien que pour les enfants. Si le monde de la magie comprend plusieurs catégories et spécialisations elle a définitivement opté pour la magie de scène. Un genre qui comprend différentes avenues à explorer durant toute une vie. “J’espère vivre suffisamment longtemps pour les explorer toutes”, confie-t-elle.

Tout du monde en ballon.

Bolduc – Les ballons fantastiques représente une étape décisive dans son cheminement. D’où aussi notre curiosité de comprendre comment tout cela fonctionne, et ce que peuvent bien cacher les coulisses d’un numéro salué pour son élégance. Ce tour et les autres ont été présentés sur plusieurs scènes dans différents pays : Chine, Portugal, Seychelles, France, Espagne, Maroc et d’autres destinations en Afrique.

Les arts ont fait d’elle une infatigable globetrotteuse avide de partager de la joie et du bonheur dans son sillage. Puisque c’est ainsi qu’elle définit sa magie. “La magie, je la ressens en moi. C’est quelque chose qui transcende l’objet, qui crée du rire et de l’émotion”, nous explique-t-elle. Le but n’est pas de pousser le spectateur à tenter de résoudre l’énigme du trucage, mais de le faire apprécier l’instant et d’accepter la magie. “Je veille à ce que cela reste poétique et cool même si pour moi le numéro est périlleux et me demande une très grande concentration.”

Abracadabra ?

Finis les grands chapeaux, les capes noires, la baguette magique et les incantations abracadabrantes. Béryl a opté pour une magie qui évolue et qui reste en phase avec son époque. Quant aux questions et aux réactions du public elles restent les mêmes du moment que le numéro est réussi. A la base cela requiert, dit elle : “Beaucoup de travail, il faut être opiniâtre, savoir résoudre des énigme et cela demande de la folie. On en a souvent besoin pour aller au bout de nos projets.”

Un pied à Maurice en ce moment, Béryl continue à voyager pour des représentations dans différents pays tout en se rendant régulièrement à La Réunion où elle un important projet. Au bout de la route un destin moins funeste qu’Houdini, elle espère une carrière remplie dont la pertinence ne sera mesurée que par l’envoutement que ses numéros continueront à voir sur le public. Puisque la finalité d’autant d’efforts reste le plaisir, la stupéfaction, les émotions et la curiosité des spectateurs.

Le secret.

Voilà pourquoi notre question sur les trucages derrière Bolduc – Les ballons fantastiques. “Savez-vous garder un secret ?” nous demande-t-elle en guise de réponse. Et, si d’emblée vous lui confirmez être digne confident de ce grand secret, elle vous répondra avec une pointe d’espièglerie : “ Moi aussi !”