Si Maurice dans son ensemble se réjouit religieusement et émotionnellement de la visite éclair du pape, on ne peut occulter la dimension politique de ce déplacement. Et surtout de la récupération qui en sera faite. À l’origine, ce voyage du pape François 1er en Afrique avait été organisé pour lui permettre d’aller exprimer sa solidarité et de réconforter les habitants de deux pays du continent récemment dévastés par des catastrophes naturelles: le Mozambique et Madagascar. S’il est vrai que toutes les communautés catholiques du monde rêvent de pouvoir un jour accueillir un pape dans leur pays, c’est à la demande du gouvernement mauricien que l’escale, qui n’a rien à faire avec la thématique du déplacement papal, a été ajoutée à son itinéraire.

Le fait que cette escale ait lieu le jour de la célébration de la fête du Père Laval laisse croire à beaucoup que le pape profitera pour annoncer l’élévation de celui que l’on surnomme l’Apôtre de l’île Maurice au rang de saint. Or, selon les observateurs avertis, cette possibilité, que des centaines de Mauriciens espèrent, doit être écartée, l’enquête pour l’éventuelle canonisation de Jacques Désiré Laval n’étant pas encore terminée. Ce n’est certainement pas seulement pour faire plaisir aux Mauriciens, à la communauté catholique en particulier, que le gouvernement a demandé au Vatican d’ajouter une escale au voyage du pape. Cette demande politique s’insère dans la stratégie mise au point par ses “spin doctors” pour permettre à Pravind Jugnauth d’essayer de se faire élire comme Premier ministre full fledge aux prochaines élections. Car, ne l’oublions pas, François 1er sera accueilli à Maurice par un chef de gouvernement qui est en campagne pour sa réélection.

Cette stratégie consiste à bâtir une image positive à Pravind Jugnauth pour faire oublier l’étiquette “Premié minis limpost” qui lui colle à la peau, en montrant ses réalisations et ses fréquentations internationales dignes d’un chef d’État. C’est ainsi que la dernière édition des Jeux des Iles de l’océan Indien a été récupérée au profit médiatique du gouvernement. Les gradins des stades et des gymnases étaient pris d’assaut par les politiques se battant, en faisant fi du fair-play sportif, pour remettre les médailles en reléguant loin des feux des projecteurs les véritables champions de ces Jeux : les athlètes.

C’est dans ce cadre qu’a été bâti et inauguré le complexe sportif de Côte d’Or qui n’a pas été beaucoup utilisé pendant les Jeux. Au niveau des réalisations infrastructurelles, les stratèges misent beaucoup sur l’inauguration du Metro Express – censé régler le problème de la congestion routière – prévue dans quelques semaines. Au niveau des fréquentations internationales, il y avait une visite du Pm indien, Narendra Modi inaugurant le métro, qui a été, malheureusement pour les stratèges de Pravind Jugnauth, annulée. Au niveau des visiteurs de stature internationale, il y a également la visite éclair du pape à Maurice. Dans une période préélectorale ou les “spin doctors” organisent quotidiennement les défections des adversaires politiques du Pm et utilisent la moindre image de ses déplacements, on imagine l’utilisation qui sera faite des clips et photos du leader du MSM avec le souverain pontife. Il est assez surprenant que le Vatican, dont le service diplomatique est, dit-on, très efficace, et le diocèse de Port-Louis, très au fait des réalités politiques locales, n’aient pas mesuré l’exploitation politique qui serait faite par le gouvernement de la visite du pape lors des prochaines élections. La récente polémique à propos des écolos utilisant l’image du Saint-Père pour une campagne sur la propreté, donne une idée de ce qui pourrait être fait lors de la prochaine campagne électorale.

Tout ce que le pape dira demain sera sujet à interprétations et, sans nul doute, à appropriation pour une récupération. Prions pour que les “spin doctors” du pape François 1er sachent éviter dans ses discours toute phrase qui pourrait être utilisée par ceux de Pravind Jugnauth. Pour éviter de donner à cette visite éclair une connotation politique partisane. Sans cette vigilance, on pourrait avoir l’impression que le pape est venu donner sa bénédiction à Pravind Jugnauth pour les prochaines élections. En dépit de ce qu’on peut reprocher à François 1er – et certains de ses cardinaux et évêques sont de plus en plus critiques vis-à-vis de son pontificat –, il ne mérite en aucun cas d’être assimilé à un atout politique dans une stratégie électorale.