JACQUES DINAN

Les trois premiers mois de cette année ont été particulièrement sombres en ce qui concerne la sécurité routière alors même que les autorités avaient mis en place une campagne afin de promouvoir la sécurité sur nos routes !

En effet, au cours des trois premiers mois de l’année 2018, soit en 90 jours seulement, nous avons eu à déplorer le décès de pas moins de 47 personnes dans des accidents fatals.

À ce rythme, si rien n’est fait pour qu’il y ait plus de sécurité routière, nous risquons de terminer cette année avec un nombre plus élevé de décès sur nos routes qu’en 2017, lorsque nous avions eu à déplorer la perte de 157 personnes, victimes de nos routes meurtrières, soit 12,2 pour 100 000 habitants. Déjà, ce taux ne faisait guère honneur au pays et pas moins de 60 pays affichaient un nombre inférieur au nôtre et nous devancent par conséquent en termes de sécurité routière !

En fait, le nombre de décès causés par l’insécurité routière ne cesse d’augmenter : 139 en 2015 ; 144 en 2016, 157 en 2017, et 47 en 3 mois en 2018 ! Malheureusement, la tendance est nettement en hausse ! Quel sera le nombre total pour cette année au 31 décembre 2018 ? N’anticipons pas et n’extrapolons pas ! Agissons immédiatement afin de renverser la tendance !

Pour commencer, les autorités concernées pourraient lancer une campagne nationale avec la collaboration du plus grand nombre de partenaires possibles : entreprises privées et publiques, établissements scolaires aux niveaux primaire, secondaire et tertiaire, médias audiovisuels (radios et télévisions), presse écrite, sites Internet dédiés à l’information, fournisseurs de service de téléphonie mobile et annonceurs disposant d’immenses panneaux d’affichage sur nos routes principales, entre autres. De plus, last but not least, les autorités devraient rechercher l’étroit soutien du Conseil des Religions afin que toutes les organisations religieuses puissent apporter leur concours à cette campagne nationale de sécurité routière.

La campagne devrait non seulement être axée sur le partage d’informations bien ciblées pour toutes les catégories d’usagers de la route, mais devrait aussi insister sur les conséquences des accidents de la route. Des témoignages de familles éprouvées par des accidents fatals, des photos de véhicules gravement endommagés, des récits des erreurs commises et ayant causé de tels accidents, des exemples de bonnes conduites, des pratiques mettant en exergue de bonnes habitudes et attitudes au volant permettraient de motiver la population, d’amener les usagers en général à changer leur comportement sur la route en leur faisant prendre conscience de leur responsabilité sur la route : responsabilités non seulement envers leurs propres familles et leurs proches mais aussi envers les autres usagers de la route.

Ne pourrait-on pas, chaque jour, mettre l’accent sur un des éléments du Code de la Route ? Expliquer le code point par point. Pourquoi est-il important de le respecter ? Quels sont les risques pour les autres usagers de la route ? Que risque-t-on légalement en cas de non observance du Code de la Route ? Il faudrait en effet que la population dans son ensemble puisse avoir droit à un réel exercice pédagogique : un point, une idée par jour. Il est important que chaque élément du Code de la Route soit non seulement compris mais qu’il soit adopté par chacun, par chacune. La campagne sur la sécurité routière doit résulter en un changement d’attitude de chaque Mauricien, de chaque Mauricienne, de tous âges, qu’il soit piéton ou qu’elle soit piétonne, cycliste, motocycliste, ou au volant d’une voiture, d’un camion, d’un autobus.

Il s’agit de toucher chaque Mauricien, chaque Mauricienne. Il s’agit de pouvoir toucher l’intellect, l’instinct, l’émotivité, la bonne volonté et surtout le sens de responsabilité de chacun. Vaste programme, direz-vous ! Certes, mais il n’est jamais trop tard pour commencer !

Une telle campagne nationale, bénéficiant de toutes les parties prenantes et organisée de manière soutenue sur une longue période, devrait permettre de sensibiliser les usagers de la route. De plus, elle pourrait être régulièrement renouvelée afin que, dans le long terme, l’objectif de cesser l’hécatombe sur nos routes puisse être atteint.

Le moment est venu d’agir ! N’attendons pas !