La municipalité de Port-Louis veut éviter un débordement des marchands ambulants durant cette période de fêtes et elle distribue depuis lundi dernier des « identification badges » à 2 163 marchands. Un chiffre arrêté sur la base d’un récent recensement mais qui mécontente les marchands ne figurant pas sur la liste municipale. Lors d’une réunion à la mairie mercredi dernier le Front Commun des Commerçants de l’Ile Maurice a protesté contre la distribution de ces badges. « En donnant ces badges la municipalité de Port-Louis est en train de cautionner des activités illégales et cette démarche va à l’encontre d’un jugement de la Cour en notre faveur », réagit Raj Appadu, président de ce Front Commun. Par ailleurs, un renforcement de contrôle a provoqué quelques étincelles à la Rue Farquhar mercredi dernier, des marchands s’opposant aux forces de l’ordre qui voulaient les déloger de la zone interdite.
À la mairie de Port-Louis l’on est convaincu de la pertinence de cet « identification badge ». « C’est pour empêcher le débordement des marchands durant cette période de fêtes », explique un cadre de cette municipalité. « La police agira contre ceux qui n’ont pas de badge et la mesure est déjà en vigueur », dit cet employé. Le recensement pour déterminer le nombre de badges à distribuer a eu lieu au mois d’octobre et la municipalité avait fait appel aux inspecteurs des autres collectivités locales pour l’aider dans cette tâche. « C’est un survey fiable et les inspecteurs ont arpenté les principales rues de la capitale où ces marchands travaillent habituellement », affirme ce cadre municipal. La mairie distribue deux types de badge, l’un pour 829 « registered hawkers » et l’autre, pour ceux qui d’après ce recensement seraient des « habitués de la capitale » et des « genuine cases ». Il y a 1 334 marchands dans cette dernière catégorie.
Il n’est un secret pour personne qu’il y a plus de 5 000 marchands de rue à Port-Louis en période de fin d’année et la remise des badges municipaux à seulement 2 163 d’entre eux a donné lieu à une certaine tension dans ces milieux. Certains reprochent à la municipalité d’avoir remis la majorité de ces badges « a bann dimounn ki pros avek politisien dan gouvernman ». « Mo pa dakor avek sa seleksion ki minisipalite inn fer. Koman sa resansman-la inn fer ? Mo travay dan Port-Louis komie banane e personn pa finn vinn poz moi okenn kestion » dit un marchand vendant ses articles à la rue John Kennedy. « De tout temps il y a eu des « pro-gouvernement « et des « pro-opposition » parmi les marchands ambulants et les politiciens des deux bords tirent les ficelles quand la situation les arrange », observe un commerçant de la capitale. Les contrôles de la police durant la semaine écoulée ont provoqué dans certains endroits, comme à la Rue Farquhar, des situations tendues.
Les dirigeants des associations de commerçants sont remontés contre la mairie ces jours-ci à cause de ces fameux badges, valides jusqu’au 30 janvier 2016. Lors d’une réunion à la mairie mercredi dernier ils ont exprimé leur colère à ce sujet. « C’est absurde ! » dit sur un ton irrité Raj Appadu, le président du Front Commun des Commerçants de l’Ile Maurice. « Nous avons protesté en donnant nos raisons. Cet identification badge avec le logo de la municipalité correspond ni plus ni moins à une légalisation de ce qui est illégal et qui en outre a été condamné par une Cour de Justice », explique-t-il. Selon ce dernier, les associations n’écartent pas la possibilité de loger une mise en demeure contre les autorités concernées. « Nous allons discuter avec nos hommes de loi pour voir quelle est la marche à suivre », dit-il. Les protestataires contestent la manière dont le recensement a été fait par la mairie et sont très sceptiques « Il y a plusieurs milliers de marchands dans la capitale, croyez-vous que les inspecteurs aient eu le temps d’arpenter toutes les rues pour les interroger ? Nous ne pensons pas que ce recensement a été fait dans la transparence et que la mairie a posé les questions qu’il fallait aux concernés », dit un représentant d’une de ces associations de commerçants.
Mais les responsables de la mairie se défendent. « Bien au contraire ce badge nous permet d’exercer un meilleur contrôle sur les activités et sur les mouvements des marchands ambulants en cette fin d’année. Ce badge n’est pas un permis pour aller travailler n’importe où. Ceux qui portent cet identification badge sont au courant des places où ils ne sont pas autorisés à vendre leurs articles », soutient un des cadres. Celui-ci se réfère au communiqué émis par la mairie cette semaine et qui fait état des endroits où les marchands ayant obtenu ce badge ne sont pas autorisés à vendre leurs articles. « Ils ne sont pas autorisés à travailler dans un rayon de moins de 500 mètres du Marché central ainsi que dans 14 rues/angles de rues comme mentionné dans un jugement de la Cour suprême datant de 2012 », dit cet officier de la municipalité de Port-Louis. Pour rappel, il s’agit d’un jugement rendu en faveur de la Market Traders Association de Port-Louis et de la Taxi Providers Union.
L’accroissement des activités des marchands ambulants est bien visible dans les rues de la capitale en cette fin d’année. La municipalité a-t-elle les ressources humaines nécessaires pour faire respecter ce jugement de la Cour suprême et pour respecter l’ordre ? « Nous sommes sur le terrain et nous assumons nos responsabilités mais il revient d’abord à la police de faire respecter le law and order » répondent des inspecteurs.