Le groupe de reggae français Danakil se présente à Maurice sous le signe du partage. Joint par téléphone de France, Guillaume Basile, chanteur de la formation, relate son ardente envie de rencontrer et d’échanger avec les Mauriciens. Le concert du 3 mars au stade Anjalay prévoit des sons “reggae roots” des précédents albums du groupe, mais également du dub de leur tout nouvel opus.

“Des rencontres.” C’est ce que Guillaume Basile, dit Balik, attend du public mauricien. Joint par Scope de France, le chanteur de Danakil dépeint sa brûlante envie d’échanger avec nous et d’apprendre de notre culture. Ce groupe de reggae français en a conquis plus d’un en raison de sa proximité avec le public. “À trois heures du matin, après un concert énorme joué devant plus de vingt mille personnes au Reggae Sun Ska (un des plus grands festivals de reggae d’Europe), je tombais au détour du camping sauvage sur Balik tapant le bœuf avec des festivaliers autour d’un feu”, raconte Sacha Grondeau sur reggae.fr. Dans notre île, Guillaume Basile souhaite vivre une expérience plus tropicale. “Ici, je veux pouvoir croquer dans des mangues et des papayes. Je n’ai jamais mis les pieds à Maurice. J’invite les gens à venir en nombre, à venir discuter, à boire des jus de fruits non synthétisés, pas comme chez nous en France. Je m’attends à ce qu’il y ait des partages.”
Danakil, c’est le fruit d’une rencontre entre huit étudiants réunis entre 1998 et 2000. L’avenir du reggae français prend sa source à Marly-le-Roi, une commune des Yvelines située à quelque 20 km du centre de Paris. Aux sonorités de la Jamaïque s’agglutinent des textes français, pour la plupart. Puissantes et profondes, les paroles regroupent les pensées du peuple, les observations du monde et offrent une voix à l’indignation. Une identité que Danakil affirme lors d’une centaine de concerts précédant la sortie du premier album, en avril 2006. Microclimat fait de la résistance au capitalisme, à la guerre, à la dictature, tout en plaidant pour l’amour, la paix et la confiance entre les hommes.
“Le reggae est universel et fédérateur”, nous décrit Guillaume Basile. L’engagement social du groupe s’étend à plusieurs causes : des peuples d’Amazonie, dont la vie est menacée par la déforestation, jusqu’à Nuit Debout à Paris. De ce mouvement de protestation contre la Loi du travail découle le titre 32 Mars, qui “synthétise les pensées de la rue”. (voir interview plus loin).

“Nous avons grandi ensemble”.

Les thématiques sociales dépeintes dans les textes de Danakil rappellent celles de Bob Marley, l’une des inspirations du groupe. Un des titres lui est d’ailleurs entièrement consacré dans Dialogue de sourds, album sorti en 2008. Devenu un classique, Marley retrace en cinq minutes la vie de l’icône du reggae : de son enfance en Jamaïque “dans les champs à répéter les mêmes gestes”, jusqu’en 1981, qui “marque la fin” de son ère.
“Depuis nos débuts, l’âge et l’expérience ont amené pas mal de changements. Nous n’avons pas les mêmes choses en tête que lorsque nous avons sorti notre premier album. Aujourd’hui, l’expérience et le recul nous permettent d’aborder d’autres sujets”, confie Guillaume Basile.
Deux facteurs ont largement contribué à la pérennité de Danakil. D’abord les liens qui unissent le groupe depuis le début des années 2000. “Nous avons grandi ensemble. Nous avons commencé comme étudiants. Nous aimons donner du plaisir. Et comme groupe de musique, on connaît bien la qualité et les défauts de chacun”, souligne Guillaume Basile. Les obstacles et défis qui se présentent, les membres de la formation les surmontent ensemble. “Nous fonctionnons comme un depuis nos débuts”, poursuit-il. “On rigole avant même qu’il y ait un problème. Nous sommes ensemble tous les jours depuis 16-17 ans et nous prenons encore du plaisir par notre approche simple et limpide.”

“Le dub, j’adore !”

Évoluer avec son temps permet également à Danakil de persévérer dans l’univers de la musique. “Chaque album est un redémarrage”, affirme Guillaume Basile. Là où plusieurs formations prometteuses peinent à se renouveler et s’éteignent inéluctablement, Danakil s’approprie de nouvelles sonorités, telles le dub. “Le dub, j’adore !”, lâche le chanteur. Echos du Dub – produit en 2012 par le Franco-Malien Manjul (Julien Souletie), “un spécialiste du dub de l’Afrique de l’Ouest”, selon Guillaume Basile – transforme en version dub des reggaes d’Echos du temps. “Le dub est une culture propre au reggae. Je l’écoute depuis longtemps. Sur le dernier album, on a collaboré avec Ondubground, groupe qui puise son inspiration des dub anglais et français.” De cette rencontre est né, en 2017, Danakil Meets Ondubground.
La musique de Danakil constitue ainsi un reflet de diverses cultures rencontrées au gré des voyages à travers le globe. Elle peut ravir tant les fans de Skrillex, les peuples de l’Orient et de l’Afrique, que les amoureux d’Edith Piaf, dont l’une des chansons (Non, Je ne regrette rien) est reprise en version reggae. “Lors de nos concerts, les gens ne se connaissent pas mais ils sont pourtant là et partagent les mêmes émotions. Notre musique permet à des gens différents de passer du temps ensemble”, assure Balik.
À Maurice, c’est un “super show” que Danakil donnera, le 3 mars au stade Anjalay. “Nous allons présenter notre dernier album ainsi que les précédents.” Une question taraude cependant Guillaume Basile : “Je me demande si, comme pour La Réunion et la Calédonie, les Mauriciens connaissent notre musique.”

Questions à…
Guillaume Basile (chanteur de Danakil) :
“Ras-le-bol de cette politique enracinée dans l’inaction”

À l’occasion la sortie de l’album La Rue Raisonne, vous aviez confié en 2016 que le fil conducteur de cet opus était cette réflexion : “Où en sommes-nous aujourd’hui sur les plans politiques et écologiques.” Selon vous, où en sommes-nous en 2018 ?
La politique et l’écologie sont liées. La majorité des peuples est consciente de l’importance de l’écologie, mais il y a une autre partie qui reste dans le déni. Tout comme des dirigeants américains, dont Trump et son administration. Nous avons l’impression qu’avec eux, c’est un dialogue de sourds. Ce n’est pas dans leur intérêt financier d’en finir avec ce système capitaliste.

Voyager fait partie intégrante de l’histoire du groupe. Qu’en tirez-vous comme expérience ?
Quand on va si loin, c’est un peu un aboutissement. On est passé de notre salon à l’autre bout du monde. Aujourd’hui, comparés à l’époque, les moyens de diffusion ont bien changé. La première fois que nous sommes allés à La Réunion ou en Calédonie, nous avons été surpris que le public connaissait nos chansons. On dit d’internet qu’il détruit l’industrie de la musique, mais nous, on marche avec le temps. Nous n’avons peut-être pas vendu autant d’albums que dans le passé, mais nous sommes en face d’un public qui connaît notre musique.

De vos voyages, considérez-vous que le monde est prêt à “se passer de vous (Ndlr: des politiciens )”, comme vous le chantez dans 32 Mars ?
Il y a un ras-le-bol de la politique enracinée dans l’inaction, de ces semblants d’actions pour de grands discours. La France en a ras le bol. Avec 32 Mars, j’ai voulu synthétiser les pensées de la rue, ces mouvements intenses que j’ai eu envie de comprendre. Mais le capitalisme s’oppose au changement politique, même si les gens en ont marre. Pour Nuit Debout, toutefois, j’ai vu les gens s’organiser. Mais je ne vois pas comment ce changement pourrait se faire avec le système actuel.

  • Info

Le concert de Danakil est prévu aujourd’hui au stade Anjalay. La première partie sera assurée par Ti Rat Rouge de La Réunion, Les Inkonus, Zilwa, VJ Kingdom et Avneesh. Les billets sont en prévente à Rs 600 (normal) et Rs 1,000 (VIP), et seront disponibles à la porte à Rs 700 (normal) et Rs 1,200 (VIP). Plus d’infos au 58-46-81-81.