Lors d’une rencontre qu’ils disent avoir eue hier avec le ministre du Travail, des Relations industrielles, de l’Emploi et de la Formation, Soodesh Callichurn, les représentants de la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP) ont évoqué leur crainte d’un non-renouvellement de la main-d’oeuvre dans le secteur de la construction. La fédération syndicale lance une campagne nationale contre la discrimination à l’encontre des travailleurs mauriciens et alerte la Building and Wood Workers International.
« Alors qu’on constate une reprise des activités dans le secteur de la construction après trois années de morosité, les employeurs mauriciens privilégient les étrangers pour des raisons évidentes. Et c’est ce que nous avons fait comprendre au ministre Callichurn », explique le porte-parole de la CTSP, Reeaz Chuttoo. « Pour justifier le recrutement des travailleurs étrangers dans le secteur de la construction, les compagnies avancent comme preuves auprès du ministère de l’Emploi que leurs annonces pour le recrutement de Mauriciens ne donnent aucun résultat. Selon eux, les Mauriciens ne montreraient aucun intérêt pour le travail manuel. Mais ce que les employeurs omettent de dire, avons-nous fait ressortir auprès du ministre Callichurn, c’est que ces grosses compagnies offrent des contrats renouvelables de deux ans minimum aux étrangers alors qu’aux Mauriciens, elles leur demandent de signer un contrat de quatre mois maximum. Lesquels contrats prennent fin en novembre tout au plus, et ce afin de ne pas avoir à payer le boni de fin d’année. Comment voulez-vous dès lors que les Mauriciens soient encouragés à vouloir travailler dans de telles conditions ? » se demande le syndicaliste.
Autre préoccupation syndicale que la CTSP a évoquée hier avec le ministre : le non-renouvellement de la main-d’oeuvre locale. Et Reeaz Chuttoo d’expliquer : « Pendant ces trois dernières années de morosité dans le secteur de la construction, durant lesquelles plus de 10 000 travailleurs qualifiés ont perdu leur emploi, il n’y a eu aucune formation en raison du manque de nouveau recrutement. De ce fait, il y a désormais un vide au niveau de travailleurs mauriciens qualifiés. C’est ce qui explique qu’actuellement 60% à 70% de la main-d’oeuvre dans notre secteur de la construction est constitué de travailleurs étrangers. Et tout ça se fait au détriment de la main-d’oeuvre locale. »
Le syndicaliste demande aux autorités gouvernementales, aux compagnies de construction et au public en général de prendre conscience de cette situation cornélienne. « Pour justifier le recrutement de la main-d’oeuvre étrangères, on affirme notamment que les Mauriciens ne veulent pas travailler. Alors que la vraie raison, c’est que les travailleurs étrangers coûtent moins cher à ces compagnies de construction parce qu’ils sont surexploités », s’insurge-t-il.
Pour conscientiser les autorités, les compagnies de construction et le public contre cette discrimination envers les Mauriciens, la CTSP se propose de lancer une campagne nationale et va jusqu’à alerter la Building and Wood Workers International. La CTSP est affiliée à cette confédération mondiale du bâtiment, dont Reeaz Chuttoo est un des vice-présidents mondiaux. « Dans tous les pays du monde, le secteur de la construction est constitué d’abord de locaux. Ici, à Maurice, pour des raisons purement mercantiles, nous menons ce secteur vers une catastrophe annoncée avec notre trop grande dépendance à la main-d’oeuvre étrangère », soutient-il.
Selon le syndicaliste, cette campagne de conscientisation prendra d’abord la forme d’une distribution d’affiches et de tracts sur les chantiers de constructions. « Cela culminera avec une action nationale d’éclat », dit-il. “Travayer Morisien kontra kat mwa maximum, travayer etranze kontra de-z-an minimum. Zot dir Morisien pale travay !” sera le slogan utilisé, indique Reeaz Chuttoo. « Faire prendre conscience aux uns et aux autres de l’importance de recruter d’abord des Mauriciens relève du patriotisme », déclare-t-il.