DIPLAL MAROAM

En ce moment de morosité économique, un accent particulier aurait dû être mis sur des mesures concrètes pouvant faire renaître la confiance au sein de la population et soulager les plus vulnérables de la société. Certes, les élections générales étant derrière la porte, certaines mesures sociales et populaires non négligeables ont été annoncées mais, dans le fond, la ligne directrice de la politique gouvernementale n’a pas bougé d’un iota. Or, sortir des sentiers battus et tordre le cou aux idées préconçues requièrent, bien évidemment, une volonté politique intransigeante. Existe-t-elle réellement aujourd’hui ? Ce budget, comme tous ses prédécesseurs, se focalise sur la consommation, négligeant la production; ce qui explique, dans une grande mesure, l’accumulation de la dette publique d’année en année et la contrainte aujourd’hui de puiser des réserves de la Banque centrale pour l’éponger. Bref, ce dernier budget du quinquennat ne fait que titiller le sens de l’espérance mais suscite, en même temps, la consternation.

Gouverner c’est prévoir mais surtout savoir prendre les décisions qui s’imposent. Dans cette jungle économique et financière où les plus puissants s’arrogent toujours le droit d’accaparer la plus grosse part du gâteau national pour ne laisser que des miettes aux autres, il va sans dire que l’État ne peut demeurer spectateur indifférent mais a l’obligation d’intervenir de façon résolue afin de rétablir l’équilibre au sein de la société. Car, sans pour autant entrer dans les méandres idéologiques de l’actuel système de développement, ce serait faire preuve de négligence flagrante que d’occulter ceux qui n’arrivent pas à suivre la cadence et tombent souvent en cours de route. Pourtant, de budget en budget, des mesures sociales sont annoncées – construction des maisons pour la classe défavorisée, exemptions fiscales, création d’emplois, formation des jeunes, etc, mais l’ascenseur social, paraît-il, ne décolle toujours pas ; la mobilité étant quasi inexistante. Notre plus grand challenge aujourd’hui demeure une répartition convenable de la richesse créée afin qu’elle puisse effectivement atteindre toutes les couches de la population. La réorientation de la politique fiscale a un grand rôle à jouer dans ce sens mais qui oserait même attraper le taureau par les cornes au risque de couper le pont aux grands bailleurs de fonds de la campagne électorale ?

  Par ailleurs, une proportion importante de la population active, particulièrement des jeunes, est, ces jours-ci, privée de travail alors que certains amassent des fortunes sans que cela n’apparaisse comme lié au mérite ou au talent. L’exploitation du domaine de la sécurité alimentaire aurait permis non seulement d’avancer vers l’autosuffisance et de réduire nos dépenses et nos dettes mais aussi de sortir des milliers de gens de la précarité et la pauvreté, phénomènes qui gagnent du terrain de jour en jour. Or, le budget 2019/20 passe complètement à côté de ce secteur vital de notre économie et ce alors qu’une bonne partie des 2000 arpents de terres obtenus des sucriers en 2007 n’ont toujours pas été exploitées comme il se doit et que dans le cadre de la restructuration de l’industrie sucrière, beaucoup de terres sont actuellement abandonnées et personne ne sait quoi en faire avec. Dans le contexte actuel, plus d’accent aurait dû également être mis sur l’économie de l’énergie, l’utilisation optimale de nos ressources, la crise écologique, la population vieillissante, l’économie océanique,  le combat contre le gaspillage et les largesses démesurées, comme dénoncés chaque année par l’Audit. Or, il est malheureux que ceux-là mêmes qui devraient donner le bon exemple, accaparent la plus grosse part du gâteau. Et il va sans dire qu’une des causes principales de la pauvreté et l’aggravation de ses conséquences demeurent justement la corruption mais aussi les malversations, passe-droits, copinage, entre autres.

Avec les moyens disponibles, aussi modestes soient-ils, il est tout à fait possible d’assainir la situation sociale et économique de façon significative et durable. À condition que les bonnes décisions soient prises au bon moment et que the right person be put in the right place. L’intérêt populaire ne peut être sacrifié éternellement sur l’autel de la politique.