Elena Gentil, 11 ans, a disparu de sa cité, à 16e Mille, le soir de Pâques. Elle est introuvable depuis, et les résidents de son quartier se disent peu étonnés de ce drame qui frappe la famille de l’enfant. Mais le désespoir de sa mère reste profond.
Qui a « enlevé » Elena Gentil ? Introuvable depuis 11 jours, Elena, 11 ans, aurait été enlevée, insiste sa mère, Mirella Gentil. S’il s’agit d’un “kidnapping”, dans ce cas pourquoi la petite fille aurait été enlevée ? Et par qui ? En attendant des réponses à des questions qui s’enchaînent depuis plusieurs jours, la disparition d’Elena, le soir de Pâques, n’a pas laissé le pays insensible.
Hypothèses.
Malgré les scandales financiers qui monopolisent actuellement l’attention, le cas de cette jeune fille, d’apparence frêle, ne laisse pas indifférent. Car, plus les jours passent, plus le mystère autour de sa disparition s’épaissit. A ce jour, les recherches n’ont rien donné. Tandis que Mirella Gentil, une ancienne ouvrière de 29 ans, n’a de cesse de réclamer le retour de sa fille cadette et se dit convaincue que celle-ci n’a pas fugué, à la Cité Anoska, d’aucuns observent ce drame avec une certaine distance. Critiques envers les proches d’Elena, des résidents du quartier concèdent : “Nous ne sommes pas étonnés qu’un tel drame les frappe. Et nous savons pourquoi nous disons cela. Si seulement la police pouvait s’intéresser de plus près à cette famille. D’ailleurs, elle est connue de la police ! Les fêtes souvent organisées ne se terminent pas toujours bien.” Pour ceux qui nous ont parlé sous le couvert de l’anonymat, il n’y a aucun doute : “Elena est une petite fille sans histoire. Ou kone ki gran dimounn abitye dir : inosan ki paye !” Entre-temps, personne ne semble savoir où se trouve Elena. Est-elle encore en vie ? “Je ne sais plus”, lâche sa mère, qui n’évoquera pas la thèse de la vengeance. Mais, à plusieurs reprises, la jeune femme relèvera ce qu’elle considère être “des coïncidences”, le soir de la disparition de sa fille.
Fausses rumeurs.
Les coïncidences les plus flagrantes, selon Mirella Gentil, sont d’une part “la présence des grands-parents paternels” de sa fille le soir de cette fête familiale. “Zis zour zot vini, li perdi”, insiste-t-elle. Et d’autre part, il y a eu aussi “la présence d’un homme à qui Rs 500 avaient été remises pour qu’il donne des informations sur une fille qui fait partie de la famille et qui avait aussi disparu !” Selon la mère d’Elena, cet homme devait renseigner des proches d’une mineure de 15 ans qui avait fugué avec son petit ami et qui ne donnait plus de nouvelles. Toutefois, en associant cet homme à la disparition d’Elena, les Gentil ont attiré la colère des proches de celui-ci. Lundi matin, la mère de celui-ci n’a pas manqué de faire de vifs reproches à Mirella Gentil et au père de la jeune femme, les accusant de colporter de fausses rumeurs sur son fils. Les Gentil auraient-ils tout dit à la police ? “Oui”, affirme Mirella Gentil. “Mais, j’ai oublié de lui dire de vérifier une piste, la maison où nous avons vécu avec son père !” lâche cette dernière avant de s’insurger contre une déclaration que celui-ci aurait faite à la police. Il aurait déclaré ne pas être le père d’Elena. “Pourquoi ?” se demande Mirella Gentil.
CDU.
La mère, le frère aîné et les deux jeunes soeurs d’Elena vivent avec d’autres membres de la famille dans une maison en tôle, insalubre, annexée à un logement social dont avait bénéficié la grand-mère de Mirella Gentil. Cette dernière confie qu’elle y vit depuis quelques mois, avant sa séparation d’avec son compagnon, lequel lui rend toujours visite. Elle explique aussi que c’est suite à l’intervention de sa mère auprès de la Child Development Unit que ses enfants, dont Elena, lui ont été retirés alors qu’elle vivait avec cet homme : le père de ses deux benjamines. La tête drapée dans un châle, Mirella Gentil insiste sur la bonne entente entre Elena et son beau-père.
Akmez.
“Je ne peux pas m’empêcher de penser au petit Akmez”, confie une proche des Gentil, venue soutenir Mirella. Disparu, un jour de janvier 2003, le petit garçon qui jouait non loin de sa maison, à Camp-Chapelon, n’a jamais été retrouvé. Mais contrairement au cas d’Akmez, “comment est-ce que de tous ceux qui étaient non loin de la maison où se déroulait la fête, personne n’a pu voir Elena se diriger quelque part après avoir salué son grand-père ?” se demande-t-on dans la cité. Et de soulever une autre question : “Est-ce que tous ces étrangers présents ce soir-là ont été interrogés ?” De plus, “la voix entendue dans les bois de 16e Mille”, il y a quelques jours, laisse sceptique dans la cité.