DR WASSEEM BALLAM (PRÉSIDENT DE LA MHOA) : « Priorité Budget : un personnel qualifié pour réparer les appareils de pointe »

À l’issue d’une troisième rencontre avec le Dr Anwar Husnoo depuis que celui-ci est ministre de la Santé, le président de la Medical and Health Officers Association (MHOA), Dr Wasseem Ballam, affichait l’optimisme quant aux diverses préoccupations du syndicat dont le Shift System. En amont du prochain Budget, le Dr Ballam indique qu’une des priorités dans le secteur de la Santé est d’avoir un personnel qualifié dans les hôpitaux pour réparer les appareils de pointe et assurer leur bon fonctionnement. Il se prononce aussi sur la nécessité de recruter plus de médecins et d’infirmiers.

On a un nouveau ministre depuis janvier. Comment voyez-vous les choses évoluer avec le ministre Anwar Husnoo ?
Nous venons de le rencontrer pour la troisième fois ce lundi 27 mars. Il avait convoqué tous les syndicats de médecins du public. Sans égratigner qui que ce soit, il y a un monde de différence depuis que le ministre est en poste, surtout au niveau du dialogue et de la communication avec les syndicats. Je pense que les choses évolueront dans la bonne direction.
Il semble que le nombre de nouveaux médecins ne cesse d’augmenter. Nous avons déjà presque 3 000 médecins à Maurice, ce qui serait amplement suffisant pour la population. Les jeunes qui arrivent peinent souvent à décrocher un poste. Y a-t-il une saturation de médecins ?
Définitivement. Cela dure depuis quelques années. Il ne faut pas oublier qu’en 2010, la MHOA avait déjà mis en garde la population. Nous avions déjà prévu une telle situation. Il est malheureux de constater que nombre de parents ne nous ont pas entendus. Dans cinq ans, le service hospitalier ne pourra recruter tous les nouveaux médecins. Beaucoup de parents souhaitent voir leurs enfants devenir médecins, architectes, avocats ou ingénieurs. Loin de nous d’être jaloux en dissuadant les jeunes aux études de médecine mais c’est une filière qui, déjà, n’est pas facile. Il faut consentir à beaucoup de sacrifices. Cela, pour se voir, après tant d’années d’études, au chômage et dans certains cas, endettés. Certes, il y a beaucoup qui veulent vraiment faire la médecine pour aider les personnes malades. Mais, contrairement à autrefois, quand vous entreprenez des études de médecine, aujourd’hui, vous n’avez pas la garantie d’un emploi.

Où en est-on avec le shift system dans les hôpitaux ? Êtes-vous satisfait ?
Le Shift System a été implémenté dans le département des Urgences l’an dernier. Nous avons connu beaucoup de frustration et de problèmes. Le taux d’absentéisme a été très fort. Nous avons eu plusieurs rencontres avec le ministère et nous avons même eu recours à la Commission for Conciliation and Mediation (CCM). Heureusement, aujourd’hui, le nouveau ministre fait de son mieux pour nous aider mais nous avons encore des éclaircissements à avoir de ses techniciens. Ce n’est que depuis l’arrivée du nouveau ministre que nous avons eu des développements concrets. Nous avions plusieurs demandes au sujet du Shift System et petit à petit elles sont entendues. Cela a fait l’objet entre autres des discussions lundi 27 mars.
Le Shift System, le syndicat le souhaiterait comment ?
Dès le départ, nous avions demandé un système avec des horaires convenables, qui ne soient pas pires qu’avant. Notre insatisfaction se situe principalement au niveau des horaires et des conditions de travail, précisément le nombre d’heures de travail qu’on nous imposait. Mais, beaucoup de nos problèmes sont en voie d’être réglés.
En amont du prochain Budget, quelles sont selon vous les priorités à être considérées dans le secteur de la santé ?
Il y a d’abord le recrutement au niveau des médecins et des infirmiers. Ensuite, côté infrastructures, des rénovations et l’agrandissement des espaces sont nécessaires. Il faudrait un Casualty plus spacieux dans les hôpitaux et des équipements de pointe. Nous disposons à Maurice de bons équipements. Malheureusement, il y a un manque de personnel formé pour les réparer quand ils sont en panne. D’où les plaintes du personnel. Il faut recruter un personnel qualifié pour assurer le bon fonctionnement de ces appareils.
On critique souvent les longues files d’attente dans les hôpitaux. Quelle serait la solution à ce problème selon vous ?
La solution, c’est de centraliser nos hôpitaux. Il y a beaucoup de dispensaires à travers l’île qui sont sous-utilisés. On pourrait faire comme en Angleterre où le patient se rend d’abord dans le centre de santé le plus proche de son domicile sauf en cas d’urgence. Si, au dispensaire, le médecin trouve qu’il lui faut consulter un spécialiste, il peut l’envoyer à l’hôpital. Nous avons un dispensaire dans chaque région de l’île mais les patients se ruent tous vers les hôpitaux pour des problèmes aussi banals qu’un rhume. En Angleterre, on a des médecins de famille par lesquels le patient passe avant de se rendre à l’hôpital. On ne peut se rendre à l’hôpital sans avoir eu une référence d’un médecin. Le ministre a dit que les services dans les dispensaires seront optimisés et qu’il y aura aussi des consultations de spécialistes dans des Area Health Centres.
Il y a eu l’annonce de la construction d’un hôpital dédié aux cancéreux. Pensez-vous que c’est nécessaire ?
Bien sûr ! Nous sommes en 2017. Maurice se targue de vouloir devenir un Medical Hub. Nous ne manquons pas de personnel qualifié. Pourquoi ne pas perfectionner le système de santé, surtout que le nombre de cancéreux à Maurice ne cesse d’augmenter. Il est grand temps qu’on ait un tel hôpital. Nous accueillons toute chose qui soit pour le bien-être des patients. Et, pourquoi pas un hôpital spécialisé en gynécologie ou en ophtalmologie. Cela réduirait aussi les files d’attente dans les hôpitaux. Qu’on fasse se spécialiser les nouveaux médecins au chômage et ils pourront travailler dans ces hôpitaux spécialisés.
Comment conciliez-vous le fait que d’une part, on parle de manque de personnel dans les hôpitaux et d’autre part on parle de saturations de médecins ?
Les hôpitaux ne pourront recruter tous les médecins au chômage. Bientôt, 300 médecins seront recrutés pour le Shift System mais il n’y aura pas un tel recrutement chaque année. Et, même si on recrutait un tel nombre chaque année, le problème serait encore là… Il faut souligner que la majorité des médecins aujourd’hui ont moins de 40 ans. Ce n’est pas demain qu’ils prendront leur retraite.
La majorité des médecins ont moins de 40 ans. Cela traduit-il un manque d’expérience ?
Pas du tout. À Maurice, un médecin doit effectuer un an et demi d’internat avant de pouvoir se débrouiller tout seul. Et, il doit passer par toutes les spécialités, soit six mois par département. Au bout de cinq ans, il devient un médecin d’expérience. Je ne conseillerais pas à un jeune d’aller étudier la médecine aujourd’hui. Pas avant dix à quinze ans vu le nombre excédent sur le marché. À moins qu’il voue une véritable passion à la médecine ou qu’il n’ait pas l’intention de revenir à Maurice. Dans le privé, ce n’est pas non plus un conte de fées. Il y a aussi une saturation.
Si le système de gestion des patients devait être revu, que suggéreriez-vous ?
Décongestionner les hôpitaux et informatiser le système pour éviter les gaspillages et les longues files d’attente. Pourquoi pas ouvrir un hôpital dans les Plaines-Wilhems car l’hôpital Victoria n’est pas suffisant pour répondre au nombre de patients.
Qu’en est-il de la salubrité dans les hôpitaux ?
Encore une fois, lors de notre première rencontre avec le ministre, il a été beaucoup question de propreté.
Un mot sur le rétablissement du privilège de la pratique privée aux médecins spécialistes du service public ?
Je suis très content pour eux. C’est quelque chose qui est là depuis plusieurs années et cela permet aux patients une liberté de choix.

 


MHEU : « Tenir compte de la santé du personnel »

Pour le président de la Ministry of Health Employees Union (MHEU), Amaljeet Seetohul, la santé du personnel est à prendre en compte dans le prochain exercice budgétaire. « Il est important que le personnel soit en bonne santé. Dans le passé, nous avions fait une demande en ce sens mais le ministère ne nous a pas entendus. Il faudrait des centres de fitness dans nos hôpitaux régionaux ». Tout aussi important, selon M. Seetohul, le recrutement de Health Care Assistants et d’infirmiers au vu du manque de personnel. Ensuite, « il faut prévoir des allowances pour la Bank Nurse pour un meilleur service. Le système de santé est en expansion et il y a une demande illimitée ». La MHEU souligne aussi l’importance de « crèches rattachées aux hôpitaux pour encourager les femmes médecins et infirmières à allaiter leurs enfants ». Enfin, le syndicat souhaite plus d’appareils de pointe.