DROGUE — COMMISSION D’ENQUÊTE : Raouf Gulbul pris dans l’étau !

Nouvelle audition devant la commission Lam Shang Leen demain pour le Chairman de la Gambling Regulatory Authority et de la Law Reform Commission avec des décisions controversables au niveau de la GRA à l’ordre du jour

Depuis la reprise des auditions, la commission d’enquête sur la drogue, présidée par l’ancien juge de la Cour suprême, Paul Lam Shang Leen, a épousé une nouvelle tangente. Certes, les révélations accablantes du témoin George au sujet ds VVIPs Politically Connected dénoncées comme des maillons forts d’importants réseaux de drogue à Maurice et au niveau de l’océan Indien continuent à faire l’objet de vérifications systématiques et méticuleuses sur le terrain. Mais un nouveau développement est venu apporter la preuve que ce témoin de dernière heure s’avère être extrêmement gênant dans certains milieux. En effet, la commission d’enquête serait en présence d’informations sûres que l’appel téléphonique au QG de l’Anti-Drug and Smuggling Unit déclenchant une perquisition au domicile de ce témoin le vendredi 13 octobre, soit au lendemain de son passage à huis clos devant l’ancien juge Lam Shang Leen et ses deux assesseurs, Sam Lauthan, et le Dr Domun, a été fait à partir d’un numéro de téléphone aux Police Headquarters des Casernes centrales. L’irritation initiale du président de la commission d’enquête au sujet de cette tentative d’intimidation d’un des plus importants témoins à ce jour a été « compouded » depuis le début de cette semaine, avec des informations troublantes au sujet de l’origine de ce soi-disant appel anonyme à l’ADSU. La commission devait boucler en fin de semaine les dernières étapes de cette enquête avant de convoquer le Deputy Commissioner of Police et Commissioner of Police-in-Waiting, le DCP Jhugroo, en vue d’élucider cette sinistre affaire. Toutefois, cet épisode n’a pas mis off track la commission d’enquête puisque le Chairman de la Gambling Regulatory Authority et de la Law Reform Commission, un des Senior Members at the Bar, Me Raouf Gulbul, a été entendu jeudi. Une séance n’aura pas suffi pour entendre le Legal Counsel du Premier ministre, qui devra revenir demain avec « le naufrage du Titanic » comme hantise puisque l’ancien juge Lam Shang Leen a choisi ses mots pour parler de « tip of the iceberg » pour le début de ce que des hommes de loi du pouvoir, dont Sanjeev Teeluckdharry, qualifie de « Spanish inquisition. »

Dans l’immédiat, le talk des Line Barracks et au sein de la commission est consacré à cet appel téléphonique en vue de dénoncer le témoin George comme étant en possession d’un colis avec un maximum d’un kilo d’héroïne et d’une importante somme d’argent en devises étrangères. L’escouade de l’ADSU qui a été dépêchée pour exécuter cette mission suspecte devait rentrer bredouille. Cette intimidation, qui aurait eu pour effet de faire dérailler la commission, a profondément irrité l’ancien juge Lam Shang Leen, qui a donné des instructions en vue de déterminer les circonstances de cette affaire. Depuis le début de la semaine, un séisme ébranle les Police Headquarters aux Casernes centrales. Le numéro de téléphone utilisé pour faire cet appel n’est autre qu’un de ceux attribués à des officiers de police dans une zone des plus sécurisées et contrôlées des Line Barracks. Le commissaire de police a été informé de ce fait.
Aprtès avoir hésité entre la convocation du commissaire de police, Karl Mario Nobin, et du Deputy Commissioner of Police et celui, qui est pressenti par le pouvoir politique pour devenir le prochain CP, le DCP Jhugroo, la commission d’enquête pourrait décider d’entendre ce dernier au sujet de l’accès à ce téléphone spécifique en général et surtout au moment des faits, soit dans la matinée du vendredi 13. Aux Casernes centrales, le nom de l’officier de police en question est un secret de Polichinelle, alors que dans son entourage, l’on s’évertue d’accréditer la thèse que cette affaire d’appel téléphonique s’apparente à une tentative de déstabiliser le gouvernement de Pravind Jugnauth, avec une « nouvelle pièce à conviction présumée » relative au trafic de drogue. À la commission, la quête de vérité sur cet appel téléphonique s’annonce sans merci, au nom de la protection de témoins.
D’autre part, pour la séance de demain, le président de la commission d’enquête jouera dans un autre registre avec la suite de l’audition de Raouf Gulbul, dont la convocation était évoquée depuis au moins le début de cette année. En guise d’entrée en matière, Paul Lam Shang Leen a préféré se concentrer sur des détails d’un money trail et d’un relevé des avoirs de cet homme de loi, dont la proximité avec le trafiquant Peroumal Veeren, entre autres, peut difficilement être occultée, dont parmi des transactions financières de l’ordre de Rs 18,9 millions en l’espace de quatre mois en 2014 ou encore ses liens avec Rajendra Persand Lallchand, propriétaire du London Cheshire Hotel à Tottenham Court Road, Off Oxford Street, à Londres.
Sujets à rebondissements
Même si en tant que Chairman de la GRA, Raouf Gulbul n’a pas fait de déclaration des avoirs au terme des dispositions du Declaration of Assets, son patrimoine se décline comme suit :
— deux portions de terrain à Mesnil, payé in full, avec une résidence construite avec l’acte de vente remontant à 1997 ou 98, et plus précisément en 1999, selon les documents en possession de la commission ;
—l un terrain à Bagatelle acheté d’ENL Property en 2012, le président de la commission précisant que l’acquisition remonte à 2014, tout en ajoutant que « Rs 6 millions hors de la vue du notaire et Rs 4 millions payées à la vue de ce dernier » ;
— un terrain à Highlands acheté le 23 novembre 2014 et réglé par un prêt bancaire de Rs 5,6 millions de la Barclays Bank, mais Paul Lam Shang Leen ajoutait son grain de sable en affirmant que la somme payée était de Rs 8 millions. Il a voulu obtenir des précisions sur le montant restant ;
— des office spaces à Hennessy Tower à Port-Louis, dont l’acquisition a été faite en juin 2011. Raouf Gulbul affirme avoir tout réglé par chèque et Paul Lam Shang Leen se montrant plus incisif en révélant « 4 lots au 2e étage et 2 espaces parking d’une valeur de Rs 9, 7 millions. »
À un certain moment, le ton devait monter, le président de la commission d’enquête sommant ce Senior Member at the Bar à l’effet que « moi je vous dis que vos revenus ne correspondent pas à vos Tax et VAT returns. Asseyez-vous et pensez bien. » Ou encore ; « Moi je veux juste savoir d’où provient votre argent. » Ce ne sera qu’un avant-goût, car le ton allait devenir encore plus hostile de nouveau quand le président de la commission a fait état des détails du Visitors’ Book de la Prison centrale en égrenant la liste des trafiquants de drogue.
« Amenez-moi tous vos reçus de vos clients pour les affaires de drogue. Cessez de fabuler. Vous êtes ici parce que nous avons des faits qui nécessitent vos explications. Vous avez tenté de manipuler vos clients pour qu’ils incriminent d’autres personnes », dira un Paul Lam Shang Leen de plus en pus cinglant, avant de conclure cette première tranche avec un remarque à l’emporte-pièce au visage de cet homme de loi : « Nous allons terminer sur une dernière question. Était-il éthique de votre part de représenter Veeren et Jeeva en même temps ? »
L’audition de demain s’annonce encore plus révélatrice si la commission d’enquête décide d’ouvrir le chapitre des décisions controversables au niveau de la Gambling Regulatory Authority (GRA). Et si le président Lam Shang Leen se décide de demander à Raouf Gulbul de justifier la présence du DCP Jhugroo sur le board de la GRA alors que jusqu’ici, techniquement, le directeur général de l’ADSU, qui a un droit de regard sur la Police des Jeux, y siège de facto.
Les éléments d’explication de Raouf Gulbul à cette question des plus anodines, somme toute, devront valoir leur pesant d’or, même si des dossiers comme lé déplacement nocturne de Raouf Gulbul à Saint-Pierre en pleine campagne pour les législatives de décembre 2014 pour aller à la rencontre d’un soi-disant homme religieux, avec à la clé une somme de Rs 9,7 millions en liquide placé dans le coffre d’une des voitures et ses déplacements à l’île de la Réunion constituent potentiellement des sujets à rebondissements…