Le Chili prend de plus en plus conscience de l’importance de protéger sa biodiversité. C’est notamment le cas des manchots de Humboldt, en grand danger de disparition, et qui obtiennent un répit après l’arrêt d’un projet minier à l’allure pharaonique, signant ainsi une nouvelle victoire de David contre Goliath.
Ils mesurent moins d’un mètre de haut mais viennent de remporter une bataille colossale. Les manchots de Humboldt, une espèce menacée de disparition, ont stoppé un vaste projet minier dans la ville chilienne de La Higuera. Il faut dire que les défenseurs de ces animaux, qui ne se reproduisent qu’au Chili et au Pérou, se sont battus pendant des mois contre les plans de l’entreprise Andes Iron, qui voulait installer une mine à ciel ouvert de fer et de cuivre, et un port. Baptisé Dominga, le projet visait une production annuelle de 12 millions de tonnes de fer et 150,000 tonnes de concentré de cuivre.
Ce projet a fait la une des journaux pendant des mois, mais a aussi divisé le gouvernement de la présidente Michelle Bachelet et transformé les réseaux sociaux en champ de bataille. La décision d’y couper court est tombée il y a quelques semaines : un comité rassemblant les ministres de l’Environnement, de l’Agriculture, de l’Économie, de la Santé, de l’Énergie et des Mines a mis son veto au projet, estimant qu’il ne garantissait pas la sécurité des manchots. Car la zone choisie pour implanter la mine et le port est en effet toute proche de la Réserve nationale des manchots de Humboldt, créée en 1990 sur les îles de Dama, Choros et Gaviota, connues pour leurs ballets de dauphins, baleines et lions de mer.
Rodrigo Flores, vice-président du syndicat de pêcheurs de Punta Choros, une petite crique d’où l’on embarque vers ces îles, se félicite de ce veto. “Dominga est un projet invasif, pour la nature et pour la société”, dit-il. “Il est incompatible avec un lieu considéré comme un “point chaud” de la biodiversité au niveau mondial”, c’est-à-dire une zone où la richesse de l’écosystème est menacée par l’activité humaine.