En jetant ses dernières forces dans la bataille et en y croyant jusqu’au bout, Fabrice Bauluck a acquis en Hongrie son deuxième titre de champion du monde seniors de kick-boxing et le quatrième de sa carrière. Un palmarès exceptionnel pour ce tireur qui a fêté ses trente ans samedi dernier et qui demeure les pieds bien sur terre. Conscient qu’il est désormais attendu au tournant et qu’il lui faudra être à son summum en 2019 afin de conserver sa suprématie dans la catégorie -54 kg. Ce sera somme toute une nouvelle mission pour celui qui avoue que les défis le motivent.
 
De retour des championnats du monde, auréolé d’une nouvelle consécration, quelles images marquantes gardez-vous de cet événement ?
De très bon souvenirs, mais que ce fut dur d’aller de nouveau décrocher ce titre mondial. C’était certainement plus dur qu’en 2013. Il existait énormément de pression avant la compétition et il me fallait surtout m’adapter au nouveau système de pointage. D’autant que je suis beaucoup plus technicien que tacticien et bagarreur. Des doutes se sont créés quand j’avais été compté et que j’étais mené de sept points à l’issue du premier round du quart de finale. Je ne me suis pas précipité, j’ai gardé mon calme et j’ai boxé avec intelligence. Cela m’a ainsi permis de combler graduellement mon retard. En demi-finales, tout s’est joué au cours des toutes dernières secondes, avec ce low-kick pas réellement propre qui a néanmoins touché mon adversaire. Il aurait pu ne pas être comptabilisé, mais au bout du compte j’ai ressenti plus de soulagement que de la joie au moment du verdict. Surtout quand j’ai vu mon entraîneur, Judex Jeannot, lever les bras au coin du ring. Je garde également l’image d’une finale au cours de laquelle j’ai fait montre de mes qualités et de mon expérience face à un adversaire intelligent qui en était de son côté à sa première finale mondiale et qui a préféré évoluer en contres. Il me fallait être vigilant.
 
Le défi était donc de retrouver votre titre. Étiez-vous prêt pour cette mission ?
Comme je vous l’ai dit, il existait beaucoup de pression. Je voulais récupérer mon titre perdu au cours des dernières secondes lors de la demi-finale de 2015. C’était un défi car je vis chaque défaite très mal. Je considère cela comme une trahison envers ceux qui croient en moi. Donc, j’ai fait abstraction de tous les éléments externes qui ne m’auraient pas permis d’être performant et je me suis ainsi retrouvé dans ma bulle. En mon for intérieur, il fallait que je me fasse confiance, que je me lance dans la bataille et que je croie que mon corps sera prêt pour les défis. Je ne me suis pas posé de questions et je me suis dit ou ça passe, ou ça casse. Les résultats ont heureusement suivi.
 
N’estimez-vous pas que la déclaration de Judex Jeannot à l’effet que vous serez champion du monde cette année a amplifié cette pression ?
C’était plutôt une confiance mutuelle entre nous. Je voulais montrer à Judex qu’il avait raison, que ses paroles comptaient beaucoup pour moi et je ne voulais donc pas le décevoir. D’autant que j’étais conscient qu’il avait pris un risque en tenant ces propos. Néanmoins, je peux avancer que Judex a toujours été à mes côtés depuis mes débuts dans cette discipline et cette présence au fil des années m’a permis de tenir le coup.
 
Selon vous, une défaite aurait-elle eu des conséquences pour la suite de votre carrière ?
Si j’avais effectivement perdu, cela aurait été très compliqué pour me remotiver et attendre encore deux ans pour une nouvelle chance mondiale. Le fait d’avoir concédé la défaite deux ans de cela était très dur à encaisser. Un low-kick concédé au cours des toutes dernières secondes avait alors brisé mon rêve en demi-finales. De 2015 à 2017, j’ai encouru beaucoup de sacrifices pour retrouver ce titre. J’ai énormément souffert afin de maintenir le rythme d’entraînement. C’est pourquoi le soulagement a primé au moment des différents verdicts. À mon avis, quand on est champion, on est mieux dans sa peau.
 
Vous êtes désormais attendu au tournant dans l’optique des prochains championnats du monde en 2019. Le défi pourra-t-il être relevé ?
C’est sûr que plus les années passeront, plus mes capacités physiques diminueront. Je serai âgé de 32 ans en 2019, et je suis conscient que mes principaux adversaires sont encore jeunes et possèdent une meilleure marge de progression que moi. Ce sera donc dur de conserver mon titre, mais pas impossible. Il me faudra bénéficier de la meilleure préparation voulue et avoir toujours cette envie de me surpasser.
 
En attendant 2019, quels seront vos objectifs la saison prochaine ?
Les principaux objectifs seront les championnats d’Afrique et la Coupe du Monde en Italie. Un combat à Maurice pour l’obtention d’une ceinture pro est également prévu.
 
Croyez-vous au destin, du fait que tout s’est joué de si peu et que ce titre a été acquis la veille de votre anniversaire ?
J’estime que cette consécration était écrite quelque part. Surtout au vu de trois combats où tout aurait pu basculer. Ma religion c’est la vie, et c’est ce que j’essaie d’inculquer à mon fils. Lui apprendre à regarder le monde avec ses yeux, tout en étant conscient dans quel monde nous vivons et en analysant ce qui se trouve autour de nous.
 
Quoi qu’il en soit, vous êtes reconnu sur la scène mondiale et l’appellation Fabulous Fab semble bien vous coller à la peau….
Le fait d’être reconnu sur la scène internationale demeure à coup sûr valorisant. Nous sommes sans doute petits sur la carte mondiale, mais pas invisibles. Cela rend fier, même si nous n’évoluons pas dans les meilleures conditions et ne bénéficions pas de la reconnaissance voulue dans notre pays. Aujourd’hui, je suis heureux d’avoir acquis deux médailles d’or, deux d’argent et deux de bronze lors de mes six participations aux Mondiaux seniors.
 
Une carrière pro vous tente-t-elle ou est-ce trop tard pour y penser ?
Certes, les défis me motivent. Toutefois, vu le contexte à Maurice, les opportunités sont difficiles.
 
Ce titre est-il parfois lourd à porter ?
C’est sûr que j’ai une réputation à défendre. Il n’est pas question d’être champion du monde et d’être médiocre par la suite. C’est sans doute le fardeau à porter, soit avoir la maturité voulue pour porter ce titre. Je pense quand même être à la hauteur de mes responsabilités depuis mon premier titre chez les seniors, n’ayant concédé que trois défaites depuis 2012 et en étant invaincu depuis 2015.
 
Quadruple champion du monde, vous considérez-vous comme un role-model ?
J’essaie à ma façon d’inspirer les jeunes, car tous doivent avoir une direction, des buts et des rêves dans leur vie. Cela permet de ne pas dériver et d’être à l’abri des fléaux qui nous guettent. Il est vraiment dommage que plusieurs jeunes ne rêvent plus et ne font que vivre au jour le jour. Il faut donc croire en des lendemains meilleurs et se donner les moyens pour y parvenir.
 
Quel message transmettrez-vous à un jeune qui se veut être inspiré par vous ?
Encore une fois, d’y croire et ne jamais renoncer. Certes, il aura des coups et trouvera sur sa route un entraîneur qui le poussera à bout. Même si ce sera physiquement et psychologiquement difficile, il lui faudra faire montre de persévérance. Cette volonté de surmonter les obstacles et le fait d’être un passionné lui permettront alors de réaliser ses rêves.