Un quatrième album solo pour marquer ses 25 ans de carrière. De Linite avec le groupe Ravannes Frontières à Fer Fass (lancé le 5 septembre), Clarel Armelle a connu une riche carrière. Poussé par des vents favorables, l’enfant de Cassis qui a grandi à Barkly compte quelques tubes alors que la musique l’a conduit sur des scènes dans plusieurs pays. Ayant posé sa ravanne et ses bagages à Poudre d’Or, le chanteur parti de rien scrute l’horizon pour avancer vers de nouvelles destinations sur un rythme de séga d’ambiance.

La voile blanche et le mât ramenés, la pirogue glisse sur les eaux bleues du lagon de Poudre d’Or vers son point d’attache tout près de la jetée. Devant le monument Paul et Virginie rendant hommage aux victimes du naufrage du St Géran, Clarel Armelle observe la manœuvre du pêcheur qui rentre, curieux de savoir ce qu’il peut bien ramener aujourd’hui. Sa compagne a déjà pris les devants, et commande de loin deux poissons qu’elle proposera au menu de sa table d’hôte plus tard. “C’est ainsi tous les jours”, raconte le chanteur d’un air posé, la tête protégée d’un chapeau blanc aux rebords relevés. Le dépaysement est total par rapport à la Résidence Barkly d’où sa voix avait s’était élevée pour la première fois au tout début des années 90 sur Linite de Ravannes Sans Frontières. Cette formation née dans la cité avait remis la ravanne dans l’air du temps à travers, entre autres, cette chanson où Clarel Armelle chantait “Titataleo (…) Nou zanfan Barkly nou pe dir zot.”

Les premières notes.

“On m’associe souvent à Résidence Barkly à cause de cette chanson. C’est vrai que j’y ai vécu. Mais mon histoire, comme celles de plusieurs autres artistes locaux, débute à Cassis. C’est là que je suis né et que j’ai passé une partie de mon enfance avant de bouger avec ma famille”, confie-t-il sur le gazon au bord de l’eau, pour préciser que la vie sur la côte lui est quand même familière. Clarel Armelle parle aussi de Cassis parce que c’est dans cette région de la périphérie de Port-Louis qu’a débuté sa passion immodérée pour la musique. D’accord, les siens n’avaient pas forcément les moyens pour l’inscrire au conservatoire ou dans des cours plus conventionnels. Mais la rue, le voisinage et l’encadrement familial lui ont offert le plus profond et le plus complet des apprentissages.

Les souvenirs de cette période ne l’ont jamais quitté. “Alain Ramanisum habitait une rue plus loin. Souvent je voyais Désiré François et mon oncle Eddy Armelle jouer sous l’arbre. Ils chantaient Séparation”, c’était à l’aube du lancement de Cassiya et d’une nouvelle page de l’histoire de la musique de Maurice. “J’étais petit, je les voyais faire et cela m’avait marqué”, raconte-t-il encore. Et puis il y avait les grandes fêtes familiales chez sa grand-mère. “Toute la grande famille se réunissait dans la cour et là ce n’était que du séga. Moi aussi je participais.”

Le van diri de grand-mère.

Parmi ceux présents dans ces fêtes, le ségatier Georges Armelle, cet oncle qu’il allait souvent visiter à Pointe aux Sables. “Il avait beaucoup d’instruments. Mais, bien entendu il ne les confiait pas aux enfants que nous étions. Je devais donc les emprunter en cachette pour jouer.” Devenu un des noms incontournables au niveau de la ravanne et des percussions traditionnelles, Clarel Armelle sourit quand il raconte son apprentissage. “Je n’avais pas de ravanne avant. Je prenais le van que ma grand-mère utilisait pour trier le riz. C’est avec ça que j’ai appris les techniques.”

Ces débuts modestes ont porté Clarel Armelle loin. Très loin. Lipie gri, Ti poket, Bal souki souki, Lucky Luke, etc., plusieurs des chansons qu’il a reprises ou composées ont reçu un accueil très chaleureux du public. Poussé par des vents favorables, ses lives attirent la foule à Maurice, aussi bien qu’ailleurs. À quelques pas de la maison où il vit maintenant au bord de la mer à Poudre d’Or, Clarel Armelle est vite repéré par des visiteurs parlant kreol avec un accent anglais. Venant d’ailleurs, ces derniers se souviennent avoir entendu parler de lui chez eux. Un brin de causette, quelques photos avec la mer en arrière-plan, un CD qu’il fallait à tout prix acheter et ils repartent avec le souvenir de cette rencontre inopinée avec l’un de ceux qui ont fait danser les Mauriciens d’Australie. Clarel Armelle a aussi chanté en Chine et a visité plusieurs pays d’Europe où il avait été invité pour se produire en concert.

Rasin Nu Zanset : il y a 20 ans.

“Je n’avais jamais imaginé que je voyagerai autant. Je n’étais même pas sûr que je mettrai un jour les pieds dans un avion”, confie le chanteur. “Tout cela a pu se faire grâce à la musique.” Clarel Armelle n’avait jamais pensé faire autre chose que de la musique dans sa vie. Cette conviction et la détermination qu’il a eues pour construire sa carrière lui ont fait gravir les échelons un à un. Ravannes sans Frontières, monté par son ami Gabriel Fortin, fut pour lui un tremplin. Il opta ensuite pour la formation Rasin Nu Zanset dont le premier album a été lancé il y a 20 ans ce mois-ci. Produit par Cassiya, ce groupe a connu aussi une certaine notoriété grâce à la chanson Tififi ou encore Marin avec Désiré François en featuring.

Le chanteur de Cassiya a toujours été une inspiration pour Clarel Armelle, qui cite aussi Menwar et Ram et Nitish Joganah. Un de ses oncles l’avait amené rencontrer Lataniers en studio et régulièrement il voyait ce groupe sur les podiums politiques quand il accompagnait ses parents. Tout en se rapprochant des frères Joganah, Clarel Armelle devait aussi comprendre que la musique peut être un véhicule pour faire entendre des messages que l’on tente d’étouffer.

Ti poket.

Sa reprise de Ti poket sur l’album Enn zanfan lor later lui avait donné raison de tenter l’aventure en solo, alors qu’il avait fini par rejoindre le circuit hôtelier. Cette chanson dénonce le trafic de drogue et évoque la souffrance des proches des utilisateurs. Ce thème, qu’il a repris après, reste toujours présent dans son quatrième album Fer fass qu’il lance ce 5 septembre. Cette fois, il propose une reprise de Sa lapoud la de Georges Armelle, toujours pour tenter de mettre les jeunes en garde contre ce fléau qui n’arrête de prendre de l’ampleur. S’il ne s’était pas accroché à la musique, Clarel Armelle sait qu’il aurait pu être lui-même une victime. Des amis musiciens, des amis d’enfance, raconte-t-il, ont été pris dans les filets et ne s’en sont jamais sortis. C’est aussi pour cela qu’il n’arrête pas d’en parler.

Faisant toujours dans le séga d’ambiance, sur ce nouvel album il rajoute le tabla de Manish Sackrapanee et la voix de Vani Jodhun pour une touche orientale sur la chanson Etat Civil. Un autre message qu’il tenait à faire passer à travers ce duo. D’autres invités l’accompagnent aussi au micro en studio, dont Blakkayo, Claude David, Nitish Joganah, Ziakazom et Nasty Black. Cet album comporte en outre la reprise de Foufoune de Balik Taroo.

Trois années de travail ont été nécessaires pour ce quatrième album produit par Metro Music. Les artistes qui ont pris part à cette nouvelle aventure comptent parmi les références du moment, Chris Jo, Didier Baniaux, Jean Michel Ayoung, Mitchwel Louis, Samuel Dubois, Jason Heerah, Ludmilla Ono, entre autres. Les arrangements sont d’Elvis Heroseau et de Jean Paul Marthe. Le mixage a été fait par Richard Hein.