L’équipe de football Grande-Rivière-Sud-Est Wanderers, alias Rasta, a créé l’exploit d’être la toute première équipe d’une division inférieure à se qualifier pour une coupe d’Afrique. Ceci grâce à un parcours exceptionnel dans la MFA Cup où elle n’a été battue qu’en finale. Le tout avec une équipe composée de joueurs amateurs, dont beaucoup de mineurs. Qui plus est, la formation ne disposait que de 13 joueurs, alors que les autres équipes en ont au moins une vingtaine. Nous les avons rencontrés lors d’une séance d’entraînement nocturne sur le terrain de la Mauritius Football Association à Trianon.

Grande-Rivière-Sud-Est Wanderers a déjà inscrit son nom en grand dans l’histoire du football mauricien en étant la première équipe de division inférieure à se qualifier pour une coupe d’Afrique, en l’occurrence la Coupe de la Confédération Africaine (CAF) qui commence en décembre. Un exploit retentissant compte tenu de la situation du club qui n’avait aucun sponsor et qui avait perdu tous ses joueurs avant de commencer le

Rexjoe Panain, le président du Club

championnat. “Nous sommes fiers de ce que nous avons réalisé, c’est une équipe qui a été colmatée, kase ranze. À un moment, nous ne souhaitions même pas jouer la MFA Cup vu que nous avions que très peu de joueurs. Mais le team manager avait beaucoup insisté. Heureusement d’ailleurs, puisque c’est ce fabuleux parcours dans la coupe qui nous a menés vers la qualification pour la CAF”, confie Rexjoe Panain, président du club.
Une équipe de 13 joueurs.

Quand on réalise que cette équipe s’est qualifiée pour la CAF avec un effectif de 13 joueurs uniquement, l’exploit prend une tout autre ampleur. Au début de la saison, ils n’étaient d’ailleurs que 15. Deux joueurs se sont blessés en cours de route. Sachant qu’il faut onze joueurs sur le terrain pour débuter un match, il ne reste alors que deux joueurs à mettre sur le banc des remplaçants alors que tous les autres clubs en ont 7. C’est d’ailleurs le gardien de but remplaçant, Ashfaq Eydatoula (16 ans), qui est entré en jeu en tant qu’attaquant pour inscrire le but égalisateur contre l’équipe de Boulet Rouge en 16e de finale. Ce qui a permis à GRSE Wanderers de se qualifier par la suite, pendant les tirs aux buts.

Les deux attaquants qui ont porté le club en finale de la MFA Cup n’ont que 17 ans

Pendant tout son parcours, l’équipe a dû puiser dans ses réserves surtout au niveau de la fatigue. Mais la motivation et le talent ont aidé les joueurs à se transcender. “C’est grâce aux tout jeunes que nous sommes arrivés jusque-là. Au début, je ne nous accordais aucune chance mais au fur et à mesure ils ont montré leurs talents. Je m’extasiais devant le beau football qu’on pouvait jouer. C’est formidable de vivre quelque chose comme ça. Pendant ce parcours, il nous arrivait très souvent de rêver de cela la nuit”, dit Kirsley Martinet, capitaine de l’équipe qui, à 25 ans, fait partie des plus vieux.

Le capitaine, Kirsley Martinet se dit très fière de ses jeunes joueurs

Amateurs.
Ce club a une histoire pour le moins différente des autres formations footballistiques du pays. Après la saison de football 2015/2016, il est relégué en deuxième division. Beaucoup de joueurs s’en vont mais l’équipe continue d’exister. Après la saison 2016/2017, ponctuée par une défaite en finale de la Coupe de la République, presque tous ses joueurs s’en vont, répondant aux sirènes de formations locales plus huppées. Seuls trois joueurs, tous des mineurs, restent au club. L’équipe repart à zéro, ce sont les joueurs de l’équipe junior qui viennent remplacer les joueurs partis. Dans le même temps, l’entraîneur va lui-même chercher des jeunes qu’il voit jouer dans les villages avoisinants, parfois dans la rue.
Ce sont ces jeunes qui sont à la base de ce formidable parcours. Quand on sait que Stewart Roussety, un jeune de 17 ans, a terminé meilleur buteur du club avec ses 22 buts, on comprend un peu plus la portée de l’exploit. Ce dernier, et son compagnon d’attaque, Jordan Moutoula (17 ans également), ainsi que d’autres jeunes, étaient d’ailleurs en pleine période d’examens pendant les rencontres. “C’était assez compliqué de concilier les examens, les entraînements et les matchs, mais nous avons donné le maximum car nous aimons le football”, disent-ils.

S’ils doivent s’entraîner sur le terrain de la MFA à Trianon, c’est parce que les autorités ont fermé les stades. Du coup, en ce moment, ils ne peuvent avoir des entraînements au Stade Auguste Volaire à Flacq. “On n’avait plus de terrain pour faire nos entraînements, on a dû solliciter la MFA pour pouvoir utiliser son terrain. Le problème que cela pose, c’est que la plupart de nos joueurs viennent de très loin. Une grande partie est issue de l’est du pays, il y en a qui sortent du Sud-Ouest également. C’est compliqué pour beaucoup de sortir du boulot, de venir s’entraîner et de faire la longue route pour chez eux après. Du coup, les entraînements sont limités à deux fois la semaine alors que nous aurions besoin de plus de séances”, confie Jayesh Ramparadath, team manager.

Accent social.
Lors de l’entraînement, l’ambiance est amicale. On se charrie, on s’amuse, l’esprit d’équipe est visible. “Non seulement ils sont très talentueux, mais les joueurs sont aussi très attachés les uns aux autres. Ils sont comme des frères, il y a une très bonne entente entre eux. C’est ce qui explique pourquoi ils jouent aussi bien ensemble”, dit Jayesh Rampadarath. Mais on redevient sérieux dès que le coach, Joseph Junior, donne des consignes. Ce dernier, un Camerounais d’origine nigérienne, qui est venu terminer sa carrière de joueur à Maurice, a pris les rênes de l’équipe il y a deux ans. En sus de l’exploit de la saison dernière, il avait conduit cette même équipe à la finale de la Coupe de la République la saison d’avant.

Outre l’exploit sportif, GRSE Wanderers se démarque avec son fort accent social. En effet, afin d’avoir suffisamment de joueurs pour participer à la D1, le club a dû aller dénicher des talents au sein de villages voisins. Parfois, dans la rue. “La plupart de nos joueurs viennent de familles vulnérables mauriciennes. Qui plus est, sept joueurs sont des travailleurs manuels payés au jour le jour. En leur donnant la possibilité de s’épanouir à travers le football et avec des chaussures et des équipements sportifs adéquats, nous avons aidé ces joueurs à se construire une nouvelle identité dans leurs localités respectives. Nous avons d’ailleurs aidé quelques-uns à trouver un emploi”, explique Jayesh Rampadarath.

Ambitions.
Après ce parcours remarquable, l’équipe aborde cette nouvelle saison avec des ambitions revues à la hausse. Ainsi, le club a recruté quatre internationaux mauriciens ainsi que quatre jeunes joueurs africains pour, entre autres, compléter l’effectif. “Nous voulons aller le plus loin possible et arriver à un stade de la compétition où aucun autre club mauricien n’est allé”, martèle le président du club. Et d’ajouter : “Quant à la compétition locale, nous ferons tout pour retrouver la Premier League, pour mettre de côté la déception de n’avoir pu y accéder la saison dernière pour une poignée de points.”

GRSE Wanderers est actuellement à la recherche de sponsors afin de grandir davantage et, comme le disent ses dirigeants, “rendre au football mauricien ses lettres de noblesse.”

L’équipe Rasta

Si son nom officiel est Grande-Rivière-Sud-Est Wanderers, l’équipe est davantage connue sous le sobriquet de Rasta. Ceci après une série d’événements. “Nous devions jouer un match un beau jour et nous n’avions pas de maillots. Nous avons dû emprunter ceux d’une équipe se situant à Boulet Rouge dont le nom était “l’équipe rasta”. Puis, le président du club est décédé et le club s’est désagrégé. On a alors décidé d’adopter ce surnom pour notre équipe. Ceci dit, on ne pouvait pas mettre Rasta comme nom officiel du club, du coup on a opté pour Grande-Rivière-Sud-Est Wanderers”, relate Rexjoe Panain.