IL Y A DE LA FRITURE SUR LA LIGNE : Comment Pravind Jugnauth évince la presse (sauf quand ça l’arrange)

Allégations de Peroumal Veeren? Financement de la compagne électorale du MSM en 2014? Raouf Gulbul? Roubina Jaddoo? Mahen Gowressoo? Sanjeev Teeluckdharee? Délocalisation des habitants de La-Butte? Élections partielles au No 1 8? Affaire Lara Rijs?… Autant de questions qui intéressent la population, mais auxquelles le Premier ministre ne répond plus directement à la presse. Du moins, depuis quelque temps, Pravind Jugnauth a choisi la voix du silence, alors que les journalistes qui tentent de lui arracher une déclaration sont bousculés et brutalisés par son service de sécurité, récemment plus renforcé, et trop zélé. Il préfère faire de longs discours d’autosatisfaction et adresse ses flèches acerbes contre ses adversaires… et la presse sur un ton et dans un verbe qu’on ne lui connaissait pas jusqu’ici.

Ce changement dans sa communication a pris cette tournure depuis son retour de Rodrigues, principalement après qu’il y a eu de graves allégations formulées contre lui par le détenu Peroumal Veeren relatives au trafic de la drogue à Maurice. Pravind Jugnauth, d’habitude très avenant et poli, se prêtait avec entrain à l’exercice de communication avec les journalistes à la fin des fonctions auxquelles il assistait. Son changement d’attitude et de ton a été très visible lors de ses récents déplacements : « Non pas zordi… » ;  « Non pas aster… » ; « Non mo pena nanien pou dire… » ; « Non, pas ici, l’événement la pa pou ca… » Tous les prétextes semblent bons pour éviter de répondre aux questions (trop embarrassantes ?) des journalistes, dont selon le Premier ministre, certains auraient choisi « le camp de Peroomal Veeren ».
Mais le chef du gouvernement — s’il s’est accordé quelques jours de repos à Rodrigues « en famille » — n’a pas pour autant disparu de la scène médiatique. Tant s’en faut, puisque depuis la fermeture du Parlement, il multiplie les sorties publiques — plus particulièrement, comme à son habitude, dans sa circonscription à Moka/Quartier-Militaire — et les fonctions officielles et autres inaugurations.
Pravind Jugnauth choisit d’éviter la presse, mais quand ça l’arrange. On l’aura constaté lors de son retour de Rodrigues où seules la MBC et une radio privée, chère à l’un de ses plus remuants conseillers, furent conviées au VIP Lounge pour évoquer sa réplique aux allégations de Peroumal Veeren et sa mise en garde contre ceux qui seraient contre lui. Ou lorsqu’il a émis le communiqué annonçant sa volonté de déposer devant la Commission d’enquête sur la drogue, présidée par l’ancien Juge Paul Lam Shan Leen.
Brutalité des gardes du corps
S’il s’est défendu de faire le tri des médias dans ses déclarations à la presse lors de son retour de Rodrigues, insistant qu’il aurait souhaité parler à toute la presse, la question de l’un de ses gardes du corps, samedi dernier à la Rodrigues Students’ House, à l’adresse d’un journaliste : « Ou ki radio ou été ? », en sa présence, avait de quoi surprendre et susciter des interrogations. Mais aujourd’hui, le doute n’est plus permis, puisqu’au menu de ses discours, Pravind Jugnauth se fait un devoir de critiquer sévèrement la presse, après avoir vilipendé ses adversaires dans un langage inhabituel qui est plus proche de celui de son père.
Pour mieux tenir à distance la presse, sa garde rapprochée, dont les effectifs se sont multipliés depuis peu, veille au grain et va jusqu’à des brutalités physiques (bousculades et coup de poing à l’appui) envers les hommes ou femmes qui tentent de lui arracher une déclaration. Les photographes en prennent aussi pour leur grade et ne sont pas exempts de cet excès de zèle dès lors qu’ils tentent un cliché inédit du PM. Par contre, c’est le tapis rouge qui est déroulé pour la MBC et le GIS qui ont, eux, une liberté exclusive de travailler dans les lieux où pénètre le chef du gouvernement, comme ce fut le cas lors du baptême du CGS Valiant, nouvelle acquisition de la National Coast Guard, ou de la site visite du projet de construction Mont Choisy Le Parc. Cela au grand dam des hôtes qui invitent la presse pour médiatiser leurs événements.
En trois ans, les choses ont bien changé entre celui qui prônait le dialogue et celui qui est totalement fermé à la communication, voire devenu belliqueux. Certes, il n’est pas anormal pour un Premier ministre de gérer sa communication. Il est légitime qu’il veuille se protéger des affres d’une actualité défavorable et d’un certain harcèlement médiatique prôné par ceux qui confondent parfois spectacle et professionnalisme. Mais en vérité, un Premier ministre n’a rien à redouter de la presse, car elle est une courroie de transmission commode entre le pouvoir et le public. Mais il n’est pas de bon aloi de court-circuiter les journalistes sous prétexte qu’ils ne « représentent pas lepep », car à écouter la colère du peuple ces jours-ci, il peut sans doute être autrement plus risqué de l’affronter directement. L’exemple du président américain, Donald Trump, qui a tenté de décrédibiliser la presse depuis son accesion au pouvoir et qui se retrouve aujourd’hui à remercier un à un ceux qui l’ont aidé à se porter au pouvoir, devrait inspirer le PM et le pousser à plus s’occuper de son encombrant entourage que de la presse.


 

Malaise à la cellule de communication
Si Pravind Jugnauth doit finalement assumer ses choix, il n’est peut-être pas totalement responsable de cette tension, car autour de lui gravitent une ribambelle d’advisors, chacun « plus mari ki so camarad ». Une question qui mérite d’être posée, car sur le plan de la communication, il y a définitivement un malaise. Des informations circulent qu’au sein de la cellule de communication du chef du gouvernement, les choses ne sont pas au beau fixe. Après les départs de Leevy Frivet et de Kim Catlow au tour de Jonathan David de prendre la porte de sortie. Les bruits courent selon lesquels l’influence de « lakwizin » sur les membres les plus influents de ce département de communication du PMO serait préjudiciable à son bon fonctionnement. La source sans doute d’autres raisons qui expliqueraient la mauvaise humeur du PM… avant qu’il ne revienne à de meilleurs sentiments.


 

SORTIES DE PRAVIND JUGNAUTH: « Mo sel juge c’est lepep ! » dit-il

Pravind Jugnauth est d’humeur guerrière. Sa nouvelle cible : la presse. Hier à Circonstance, où il assistait à une Family Fun Day organisée par le Sugar Industry Welfare Fund, en présence du ministre des TIC, Yogida Sawminaden, et de la ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Lutchoomun, le Premier ministre a une nouvelle fois critiqué le travail des journalistes. Se défendant de sa présence sur des photos aux côtés de personnes inculpées par la justice, il condamne ce qu’il estime être « les faussetés ki éna pe écrire.  » Loin s’en faut pour le décourager, dit-il, avançant que « mo sel juge c’est lepep ! »

Sixième sortie publique depuis dimanche, et cinquième attaque contre la presse. Pravind Jugnauth a durant toute la semaine pris les médias pour cible, accusant les journalistes de véhiculer « des faussetés ». Hier encore, dans sa circonscription, il a pris la défense de la PPS Roubina Jadoo, arguant que « la presse pé rod zet labou. » Selon lui, jour après jour, les médias ont relaté qu’un trafiquant de drogue versait de l’argent sur le compte de Roubina Jadoo. « Séki totalement fos », dit-il. Et de citer, une nouvelle fois, le cas du Deputy Chief Whip Ravi Rutnah également en exemple. « Li pa le lieu pou mo dir sa, mais mo bizin dir li. So madame ti malade, tou lézour zot écrire gouvernement finn paye frais médical déor, alors ki gouvernement pa’nn débourse enn sou ! » Dans son cas, « ki zot pas pé dire lor mwa ? » se demande-t-il. Ajoutant « zot ti arrêté, alla zot recomansé après ki Peroomal Veeren finn dir ki mo le plus grand parrain de la drogue ! » Le chef du gouvernement demande à l’assistance « eski kikenn kapav croire sa bann bêtise-la ? »

« Tou kalité  laryaz expert »
Selon lui, même les photos ne veulent rien dire. « Zot fort lor photo ! » Et s’explique. « Mwa en tant ki Premier ministre beaucoup dimounn demann pou prend photo ek mwa. Mo kapav dire dimounn-la non ? » Selon lui « koumadir kan zot finn montré enn foto sa même preuve-la. Atann nou guété ! »
Pour appuyer son argument, le chef du gouvernement avance que « moi kan mo dir kiksoz, mo pa dir dans vide. Mo koné ki travay mo pé fer. » Il affirme que pendant des années, c’est le gouvernement PTr-PMSD qui a « soutiré » la mafia de la drogue. Et de déplorer que lorsqu’il est arrivé pour mettre de l’ordre, « pou kass zot lerein, zot pé zet labou. Aster éna tou kalité kozé. » Mais il ne se laissera pas démonter, dit-il, car « mo sel juge c’est lepep. »
Et ce n’est pas un Navinchandra Ramgoolam qui peut lui faire la leçon, dit-il, déplorant les propos du leader du PTr à l’effet que « zot (le gouvernement MSM-ML) pé déclare piti pa pou zot » concernant les logements NHDC. « Enn boug ki ti éna Rs220 M dans so coffre lakaz ki pa’nn donn explication, li dire « droit au silence », pé vinn questionne moi zordi. Al guet to figir dans laglace avant to kozé ! » Puis il lance à l’intention de la presse : « Zot écrire zordi, zot condamne moi, mais nou atann. Nou pou zwenn, nou rékozé. » Selon lui, la population verra ce qu’il a accompli lorsqu’il présentera son bilan.
Auparavant, il a invité les citoyens à prendre avantage des facilités offertes par les centres communautaires, car à travers les activités organisées, ce sont non seulement des occasions de partage communautaire, mais aussi pour l’apprentissage. À cet effet, il est revenu sur la réforme entreprise par le gouvernement dans le secteur éducatif qui vise à donner la chance à tous de s’épanouir.  Là encore, il s’en est pris à la presse, estimant que les articles entourant le projet métro express visent à discréditer le travail du gouvernement. « Zordi tout dimounn expert. Tou kalité laryaz expert. La presse, sa kalité faussetés ki pé écrire… » Or, il argue que ce projet est avantageux pour la nation, avec d’une part l’objectif de régler le problème de congestion routière et d’autre part d’offrir un système de transport moderne au public.
« Mo conscience kler »
Jeudi dernier à Cottage, lors d’une visite d’une maison témoin de la NHDC, il a déclaré que « zordi népli bwat zalimet ki PTr ti donné, mais enn lakaz décente et confortable. » S’en prenant à la presse toujours, le Premier ministre a déploré que les projets du gouvernement ne sont pas répercutés dans les médias et a reproché, dans un langage de charroyeur, à certains journalistes de l’avoir comparé à Navin Ramgoolam. « Moi mo conscience kler, mo kapav debout devant n’importe kisannla. Zour mo conscience répros moi, mo pou ferm mo labous », a-t-il promis.