Le Chief Executive Officer (CEO) de la MCB Ltd, Alain Law Min, est d’avis que le déficit de financement, en particulier d’opérations commerciales, constitue « un gros problème » pour nombre de pays africains, ajoutant que l’inadéquation des ressources financières a constitué un frein à la croissance des entreprises africaines. Alain Law Min intervenait lundi lors d’une conférence à l’hôtel Maritim dans le cadre de la 8e édition d’Africa Forward Together, une initiative prise par le groupe MCB en vue de sensibiliser des banques africaines sur les opportunités d’affaires avec le groupe bancaire mauricien.
Axant son intervention sur les opportunités et les défis du continent africain, Alain Law Min a, dans un premier temps, fait la comparaison entre la croissance économique africaine et celle du reste du monde, relevant que malgré le récent ralentissement attribuable en grande partie à la baisse des prix des matières premières, l’Afrique a affiché pendant environ deux décennies une croissance soutenue, laquelle est dans une bonne mesure attribuable au renforcement de la base économique de la région. Ainsi, sur la période 201-2016, l’Afrique subsaharienne a enregistré un taux de croissance de 3,9%, contre 3,4% pour l’économie mondiale, et si l’on exclut l’Afrique du Sud et le Nigeria, le taux s’élèverait à 5,2%. Certains pays – dont l’Éthiopie (9,5%), la Côte d’Ivoire (8,9%) et le Rwanda (7,2%) – se sont distingués avec des taux de croissance plus importants, figurant même parmi le Top 10 des meilleurs « performers » pour la période en question.
Pour la période 2018-2020, il est prévu que la croissance de la région subsaharienne tournerait autour de 3,6% et, excluant l’Afrique du Sud et le Nigeria, on peut s’attendre, selon Alain Law Min, a un « more favourable outturn » pour l’Afrique subsaharienne avec l’Éthiopie (7,5%), le Rwanda (7,2%), la Côte d’Ivoire et le Sénégal (7,1%) donnant le ton.
Pour le CEO de la MCB Ltd, l’expansion démographique, la montée rapide d’une classe moyenne, l’urbanisation croissante, la diversification de la base économique et l’approfondissement de l’intégration régionale représentent des opportunités au niveau continental. Cependant, les défis sont aussi nombreux : une base manufacturière relativement faible, des problèmes de gouvernance à résoudre, un accès limité aux finances, un déficit d’investissement dans les infrastructures et un cadre des affaires favorables à mettre en place. « Demographics are favourably shaping Africa », a souligné Alain Law Min, qui précisera qu’en 2050, une personne sur quatre se trouvera en Afrique alors que 50,4% de la population mondiale âgée de moins de 25 ans seront du continent africain. Le développement démographique ainsi qu’une urbanisation accélérée auront un impact favorable sur la consommation.
Regorgeant de main-d’oeuvre et de matières premières, l’Afrique est bien placée pour remplacer le sud-est asiatique en tant que région la plus attrayante et la plus compétitive pour la production agricole et manufacturière. Il faudra que les pays africains, comme souligné dans une étude du Mc Kinsey Global Institute, prennent « les bonnes décisions » pour créer un environnement propice au développement des activités manufacturières.
Alain Law Min a ensuite parlé de l’évolution de l’investissement direct étranger en Afrique, prévoyant une légère reprise en 2017 dans le sillage de la remontée des prix des produits pétroliers, du changement d’orientation du FDI vers des secteurs d’activités autres que le pétrole et des progrès enregistrés au niveau de la coopération régionale. Toutefois, ajoutera le CEO de la MCB Ltd, « the challenge remains putting policies in place to leverage non-oil FDI to diversify domestic productive capacity ».
S’agissant des échanges commerciaux, Alain Law Min constate que la part des exportations intracontinentales dans les exportations totales est relativement faible (17%) en comparaison avec les niveaux atteints dans d’autres régions, en particulier l’Asie (56%) et l’Europe (68%). En dépit de la croissance significative et de la diversification des échanges commerciaux, l’expansion du panier de produits manufacturés pour l’exportation reste un défi. Le rythme des échanges entre pays africains demeure faible. Alain Law a fait mention des barrières tarifaires et non tarifaires aux échanges ainsi qu’à l’accès limité aux finances à des fins commerciales. Le taux moyen du « trade finance default » pour le continent africain est de 4% et est plus élevé que ceux d’autres régions. D’autres facteurs freinent également le développement de la « trade finance », dont la faible liquidité en dollars américains, les règles de conformité, la croissance économique et la crédibilité des emprunteurs potentiels. « In general, African firms are less likely to obtain a bank loan than firms in other developing regions », a fait ressortir Alain Law Min.
Pour le CEO de la MCB Ltd, la question du financement des opérations commerciales constitue un enjeu important, d’où son appel pour que des banques partenaires puissent apporter des solutions car les banques trouveront une opportunité pour accentuer leurs opérations financières en assurant la croissance des échanges intra-africains.