Scope vous propose une critique du roman d’Alain Gordon-Gentil, J’attendrai la fin du monde. Un ouvrage truffé de références, où le personnage central pourrait à bien des égards être confondu avec l’auteur. Un roman écrit selon une politique passionnelle…
Écrire avec conviction le contraire de ce à quoi l’on croit. C’est le quotidien du journaliste Horace Baudelaire. Ces éditoriaux anti-indépendance rencontrent du succès auprès du gratin urbain et dans les soirées mondaines données par le gouverneur. Mais, au fond, cet éditorialiste est favorable à un pays libéré du joug britannique. Il croit en la capacité des Mauriciens à prendre en main la destinée du pays, malgré les arguments avancés dans ses propres chroniques. Horace Baudelaire sera témoin d’une machination qui mettra le feu aux poudres… dans les rues de Port-Louis.
Nous sommes en 1967. Le Parti de l’indépendance a remporté les suffrages. Un vote massivement motivé par des considérations ethniques. Le camp adverse est soutenu par les créoles et les musulmans… Les discussions entre Horace Baudelaire et le rédacteur en chef, Raoul Laurent, à propos des tactiques politiques, sont édifiantes. La correspondance politique n’est pas le seul clin d’oeil à la réalité historique. Le roman est truffé de références à des personnages ayant existé et existant…
Alain Gordon-Gentil ose par des flash-back faire remonter l’ascendance d’Horace jusqu’au célèbre poète maudit, Charles Baudelaire. Par un soir de pluie, une nuit d’amour, le futur auteur des Fleurs du mal dépose sa semence en Mylla. Une beauté indienne cherchant le frais sous une varangue portlouisienne. Aussi est-ce une charmante liberté que prend Gordon-Gentil. Pourquoi pas, après tout ? J’attendrai la fin du monde est une fiction.